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mercredi 16 avril 2014

IVème Forum Du Livre Péplum.


                                        Samedi dernier se tenait à Nîmes la quatrième édition du forum du livre péplum, organisé par l'association Carpefeuch. Je vous en avais parlé ici, en vous présentant les conférences, films et activités proposés dans le cadre de la manifestation. Je vous en livre aujourd'hui un petit aperçu en images - à défaut d'un compte-rendu détaillé.




Une première visiteuse matinale...


Quand Eric Teyssier rencontre Auguste...


                                        Cette année encore, le forum a rencontré un joli succès, et nous avons eu des retours très positifs, autant des visiteurs que des participants. Les conférences ont été très appréciée et Jean d'Aillon, Claude Aziza, Eric Teyssier, Luc Mary et Valérie Mangin ont su passionner leur auditoire. Surtout,  nos auteurs et intervenants se sont montrés très disponibles et accessibles - en un mot, adorables ! En marge du salon proprement dit, trois films étaient projetés au cinéma Kinépolis du centre ville : "La Légende d'Hercule", "300 : Naissance d'Un Empire" et "Noé". Là encore, les spectateurs étaient ravis - en particulier de la présentation des films par Claude Aziza.  


Claude Aziza...

écouté avec attention.



                                        Dédié cette année à l'Empereur Auguste, le forum du livre péplum avait en outre l'insigne honneur de l'accueillir à la fois en tant qu'Octave et en tant qu'Auguste (la version impériale étant incarnée par notre Guillaume, de toute évidence fait pour le rôle) ! Deux personnages pour le prix d'un, qui se sont prêtés au jeu des photos avec beaucoup de gentillesse.


Notre Auguste... frère d'Alix ?!!



Les allées du forum s'animent.


                                        Responsable de la tombola, je ne peux pas me faire l'écho des interventions de nos illustres invités, auxquelles je n'ai pas assisté. Mais, quitte à faire de mon billet un discours de gagnant des Oscars, j'en profite pour remercier à nouveau tous ceux qui ont eu l'immense gentillesse de nous apporter leur concours en nous fournissant les lots. Parce qu'une tombola sans cadeau, c'est comme un repas romain sans garum, un péplum sans toge, Carpefeuch sans Martine Quinot et Cécile Esparcel : ça n'a pas de sens ! Je remercie donc à nouveau McDonald's, Ferrero France, Metropolitan Film Exports, les éditions Faton, Le Petit Atelier, les librairies Teissier, le Bédéphile et Silöe, et tous les membres qui ont donné des lots. Last but not least, les Tibères du Gard étaient à l'honneur pour la deuxième année consécutive, l'entreprise ayant offert à nos visiteurs la possibilité de remporter des boîtes de bonbons et des affiches à l'effigie du successeur d'Auguste. (Je vous renvoie à mon article sur ces petits délices, ici.) Et bien sûr, un grand merci à tous ceux qui ont acheté des tickets !


Deux de nos "sponsors" à l'affiche !


                                        Je conclus en vous renvoyant sur le site de Carpefeuch pour y trouver prochainement d'autres photos et un panorama plus complet de l'évènement :  http://association.carpefeuch.over-blog.com/ Et j'espère que chacun, visiteur ou organisateur, aura pris autant de plaisir que moi. En attendant déjà avec impatience la Vème édition...


Avec l'Empereur Auguste...


et avec son successeur Tibère !






dimanche 21 octobre 2012

Musée de Saint-Romain-En-Gal et Exposition Péplum.

                                        C'est à nouveau avec l'association Carpefeuch (site web ici) que j'ai pu découvrir ce Dimanche le musée de Saint-Romain-En-Gal, près de Vienne. Et croyez-moi : pour que je daigne me lever aux aurores un Dimanche, il faut vraiment que ce soit pour la grandeur de Rome ! Mais le sacrifice en valait la peine, et la journée fut agréable - bien que fraîche - pour une visite en deux parties : le musée à proprement parler le matin, puis l'exposition temporaire consacrée au péplum l'après-midi. Et bien sûr, je ne peux résister au plaisir de me faire l'écho de cette expérience sur mon blog.

LE MUSÉE DE SAINT-ROMAIN-EN-GAL.


                                       Malheureusement, un timing serré a donné à la visite l'allure d'une campagne napoléonienne au pas de charge ! Ce qui est d'autant plus dommage que notre guide était aussi sympathique et dynamique qu'intéressante... En un temps record, elle nous a permis de découvrir quelques-uns des trésors du musée, et d'appréhender grossièrement le parcours proposé. Construit sur le site archéologique, l'établissement recrée en effet tout un quartier de la Vienne antique, à travers de nombreuses maquettes et reconstitutions qui permettent au visiteur de plonger dans la vie quotidienne de ses habitants, au cours des premiers siècles.

Musée de Saint-Romain-En-Gal. (©France3 RA)

                                        Située sur les rives du Rhône, dont la vallée la place en contact direct avec le bassin méditerranéen, la ville était alors un important carrefour commercial et économique. Témoins de cette situation géographique privilégiée, les entrepôts publics s'étendaient sur près de 5 hectares : y étaient stockés les produits acheminés sur le Rhône, puis par le biais de la voie romaine partant du bord du fleuve ; cette organisation permettait leur déchargement direct et leur transport vers ses lieux de stockage. On pense que les produits conservés étaient convoyés depuis toute la Gaule, et sans doute destinés à Rome. Ce n'est d’ailleurs pas un hasard si la mosaïque mise en exergue dans la première salle du musée représente quatre têtes du Dieu Océan, entouré de poissons et de coquillages : elle montre bien à quel point la proximité du Rhône, vecteur du développement économique, a conduit à l'essor du site et, en  offrant aux habitants l'opportunité de s'enrichir, a créé les conditions nécessaires à l'essor d'un mode de vie romanisé parmi les élites.

Maquette de Vienne au IIème siècle.

                                        La maquette de la ville de Vienne est impressionnante. Elle la présente telle qu'elle était au IIème siècle, au plus fort de son extension, soit approximativement 200 hectares, répartis de façon égale de chaque côté du Rhône. Sur la rive gauche (celle où est aujourd'hui implanté le musée) s'élevait le forum, cœur de la cité, surplombé par des constructions en  terrasses, parmi lesquelles un théâtre. Un cirque (hippodrome) avait été construit plus au Sud, dans la plaine. Sur la rive opposée, les entrepôts, les boutiques, les ateliers artisanaux (dont les quartiers des potiers et des foulons) et les grandes maisons d'habitation formaient un quartier urbain, à la fois commercial et résidentiel. Les archéologues s'interrogent encore sur l'absence d'un amphithéâtre (arènes) : si certains pensent que les vestiges n'ont pas encore été mis au jour, d'autres avancent en revanche que Vienne n'était sans doute pas équipée d'un tel édifice. Selon ces derniers, les installations existantes (Odéon notamment) et les scènes figurées sur les nombreuses mosaïques du site laisseraient à penser que la population locale était davantage empreinte de culture hellénistique, et négligeait les combats de gladiateurs, chasses, etc.

                                        Pourtant, les immenses villae dégagées à Saint-Romain-En-Gal témoignent de la romanisation des classes supérieures, et de leur aspiration à être perçues comme telles. Cette ambition, combinée à une fortune récente ne manque pas d'évoquer le Trymalchion de Pétrone, ce nouveau riche vulgaire qui tient un peu du milliardaire russe, alliant opulence et goût du kitsch... Au point que notre guide qualifie gentiment nos viennois antiques de - je cite - "ploucs qui se veulent Romains" ! Avec exemple à l'appui : une mosaïque, notamment, qui combine tesselles et pâte de verre brillante - moins luxueuse, mais préférée par le propriétaire car plus impressionnante, plus... "bling bling" !

Maquette d'une des villae antiques.

                                        Il faut bien admettre que, ploucs ou pas, les maquettes des villae laissent rêveur : celle de la Maison des Dieux Océans, par exemple, qui doit son nom à la mosaïque décrite plus haut. Immense (3000 m²), elle étonne par l'espace dédié aux jardins intérieurs, dans le péristyle, et qui occupent environ les 2/3 du bâtiment. Bassins et jets d'eau entourent le triclinium d'été, pendant de la salle à manger intérieure.

Reconstitution d'un triclinium.
Le musée montre également la reconstitution d'un triclinium, avec les lits de repas disposés en forme de U, autour d'une mosaïque dont l'illustration, orientée face aux convives, est encadrée par des motifs géométriques, placés sous les meubles. Autre reconstitution, celle d'un cubiculum (chambre), la mosaïque indiquant l'emplacement du lit par des figures géométriques tandis que le reste du sol est orné de motifs figuratifs - ici, des dauphins et monstres marins.




                                        Les mosaïques, justement, sont sans conteste les pièces maîtresses de la collection. Le talent du pictor imaginarius (qui dessine les modèles) est le fruit d'une longue transmission (les croquis passent  de génération en génération) autant que d'un fastidieux apprentissage. Les mosaïques de Vienne se caractérisent par certaines spécificités, comme les tresses encadrant les motifs. (Voir ci-dessous) Cependant, on retrouve parfois des influences lointaines, des similitudes avec l'artisanat syrien notamment : importation de certains éléments de style, ou installation sur place d'un artisan syrien ? Le mystère demeure...

                                        Hormis celle du Dieu Océan, nous avons pu admirer trois mosaïques en particulier :

  • La mosaïque des "Athlètes vainqueurs" : des athlètes (lutteurs, pugiliste, coureur, etc) récompensés par des palmes sont représentés autour d'Hercule tuant le lion de Némée, évocation de la force et du courage. On remarque aussi des masques de théâtre (indice permettant d'imaginer des spectacles à la Grecque, mêlant théâtre et compétition sportive) et, au quatre coins de l’œuvre, l'illustration des quatre saisons.
Mosaïque des Athlètes Vainqueurs.

  • La mosaïque d' "Orphée charmant les animaux" : s'il est surtout célèbre pour sa descente aux Enfers, où il se rend afin d'en ramener sa fiancée Eurydice, Orphée est ici représenté la lyre à la main, en train de chanter pour apaiser les animaux.
Mosaïque d' "Orphée Charmant Les Animaux".

  • La mosaïque du "Châtiment de Lycurgue" : située dans le triclinium d'une riche demeure, elle se démarque pas sa couleur, un vert splendide, et une forte influence tunisienne. Lycurgue, roi de Thrace, avait refusé l'hospitalité à Dionysos et à ses nourrices, et les avait attaqués : la bacchante Ambrosia  sauva sa vie en se métamorphosant en vigne, et le Dieu s'enfuit en sautant dans la mer. Sa vengeance fut terrible : Lycurgue fut frappé de folie et devint aveugle. Ici, ce qui subsiste de la mosaïque montre Bacchus et Pan, festoyant face aux convives, tandis que Lycurgue (au centre) se débat avec la vigne envahissante. Outre la beauté de la réalisation, le choix d'un motif fortement connoté (Lycurgue, homme sauvage et barbare, est puni par la vigne qui, au contraire, symbolise la civilisation au même titre que Bacchus) dénote à nouveau un fort désir de romanisation.
Mosaïque du "Châtiment de Lycurgue" (Détail)


Latrines.
Comme je l'ai dit, nous n'avons vu qu'une infime partie du musée. De même, nous n'avons pas pu profiter des vestiges mis en valeur à l'extérieur du bâtiment : thermes, palestre, villae, ateliers... Toutefois, nous avons eu l'occasion de voir... les latrines jouxtant l'ensemble thermal ! Étrangement, les latrines semblent exercer une fascination certaine sur les archéologues (je pourrais vous raconter comment je me suis retrouvée, un jour, dans les toilettes d'Anne de Bretagne !!!) : si les thermes étaient le lieu de rencontre où se croisaient toutes les classes sociales, les latrines jouaient apparemment le même rôle ! On peut comprendre, cela dit, que les habitants de Vienne s'y soient attardés : murs de marbre, fontaines, bassins, hygiène assurée par l'eau courante... Que de luxe dans ces lieux d'aisance ! Une peinture, en particulier, retient l'attention : juxtaposition de tableaux illustrant les sports de la palestre (l'espace jouxtant les thermes et dédié à l'exercice physique), on y voit des athlètes nus. Seul l'arbitre est habillé, à l’extrémité de la fresque : il indique la sortie vers les bains. Les toilettes du musée actuel sont tout de même moins amusantes (et moins conviviales !), mais il est à noter qu'un effort a été fait quant au panneau indicateur !

Fresque des latrines. (Détail)


Fresque des latrines contemporaines !

                                        Blague à part, ce musée riche et complet jouit d'une belle mise en scène, didactique et vivante. Il ne fait aucun doute que j'y retournerai, afin de découvrir le reste des collections.


PAUSE DÉJEUNER... ET GOURMANDISE LATINE !


                                        Il n'est pas dans mes habitudes de vous raconter ma vie, mais je vais faire une exception pour saluer la propriétaire du salon de thé dans lequel j'ai déjeuné : c'est avec une grande gentillesse qu'elle nous a accueillies, mes camarades et moi, nous offrant un abri bienvenu par une température polaire. J'ai une autre raison, plus pertinente, de vous citer cet établissement : on y vend du chocolat (du  vrai, bon chocolat, "sans lécithine de soja", m'a précisé la dame), et en particulier une reproduction du Temple de Vienne, dédié à Auguste et Livie ! Ou quand la romanité se conjugue avec la gourmandise...

Temple de Livie Et Auguste... en chocolat !

L'EXPOSITION PÉPLUM.


Liz Taylor incarne Cléopâtre.
 L'après-midi était consacrée à l'exposition sur le péplum, dirigée par Claude Aziza, qui nous a fait l'honneur d'une visite guidée et d'une conférence sur le sujet, avec l'érudition et l'humour dont il est coutumier. La manifestation est constituée de deux volets : l'un à Lyon où le péplum illustre les collections du musée, et l'autre à Saint-Romain-En-Gal avec la démarche inverse. Ici, il s'agit de décrypter le péplum, en en révélant les sources d'inspiration et en mettant en lumière les ressorts qui le constitue. Dans le hall d'entrée, le tableau de Lionel Royer, "Vercingétorix Jette Ses Armes Aux Pieds De César" donne le ton : l'imagerie antiquisante, qui nourrit et se nourrit de l'imaginaire et des idées reçues, donne à voir des mythes qui, pour aussi plaisants qu'ils soient, n'en restent pas moins des légendes. Claude Aziza se définissant lui-même comme un destructeur de mythes (je paraphrase, mais l'idée est là), le ton est donné !


© Musée de Saint-Romain-En-Gal.

                                        Mais ce passionné de péplums a œuvré, pour cette exposition, au sein d'une scénographie originale : des salles autonomes se côtoient, sans aucun ordre de visite, afin que le visiteur puissent les parcourir à son rythme et selon son goût. Chacune, par un bref montage de 2 à 3 scènes de films marquants, illustre un aspect propre au péplum et questionne ses origines, son rapport aux sources et aux faits par la présentation d'objets et d'illustrations. Signalons que certaines des séquences montrées sont rarissimes - à l'instar de ce "Néron essayant des poisons sur des esclaves", l'un des deux premiers films antiquisants (G. Hatot - 1897). Mais vous pourrez aussi visionner des passages des diverses versions de "Spartacus" ou des "Derniers Jours De Pompéi", de "Les Dix Commandements", "Samson Et Dalila", "Cléopâtre", "Ben-Hur", "La Vie De Brian", "Les 12 Travaux D'Hercule", "Scipion l'Africain", "La Chute de L'Empire Romain", "Le Forum En Folie", "Salomon Et La Reine De Saba"...

"Néron Essayant Des Poisons Sur Des Esclaves".

                                        Quant aux thèmes abordés, les voici (mais je me mélange peut-être les cnémides car j'étais tellement passionnée que j'en ai oublié de prendre des notes !) :

  • La religion : où l'on montre notamment comment l'intervention divine est représentée dans les péplums, tant pour les monothéismes que les polythéismes - ainsi que les cultes à mystères. 
  • Les super-héros : personnages mythologiques, bibliques, ou d'invention récente (Maciste), ces surhommes à la musculature impressionnante (souvent incarnés par des stars du culturisme) sont en général doté d'une force surnaturelle qui leur permet de surmonter les épreuves auxquelles ils sont confrontés.
  • Les catastrophes : élément indispensable, clou du spectacle voire élément central de certains péplums ("Les Derniers Jours De Pompéi"), la catastrophe peut être naturelle (éruption volcanique, séisme, etc.) ou la manifestation d'une punition divine (Les plaies d’Égypte).
  • Les batailles : encore des scènes spectaculaires, où l'on multiplie les figurants. (Ce n'est pas un péplum mais, pour l'anecdote, mon grand-père a joué un soldat français dans un film sur Napoléon... avant d'interpréter un Prussien, en changeant d'uniforme et en cavalant dans l'autre sens !)
  • Les jeux du cirque : scènes typiques, renvoyant immédiatement le spectateur à l'Antiquité, les jeux du cirque, les combats de gladiateurs et les courses de chars sont immanquablement faites sur le même moule, avec un héros en fâcheuse posture, qui finit par déjouer les pronostics. (Et s'il meurt, c'est après avoir vaincu son adversaire, au terme d'un combat truqué - "La Chute de L'Empire Romain" ou "Gladiator" !) Certaines sont devenues culte : la course de chars de "Ben-Hur", évidemment !
  • Danses, festins et orgies : scènes récurrentes, les trois éléments se mêlant très souvent. Avec une mise en parallèle amusante de la danse des 7 voiles de Salomé (Rita Hayworth dans "Salomé" de W. Dieterle - 1953) et du banquet du "Satyricon" de Fellini (1969).
  • Genres : ce module montre la répartition des rôles et les stéréotypes inhérents aux deux sexes dans le péplum, tant dans leurs oppositions que dans leur interaction.
  • Idéologie : le montage met l'accent sur la façon dont le péplum peut parfois mettre en lumière les questions actuelles, en plaquant sur un sujet en apparence antique une problématique contemporaine. "Scipion L'Africain" (C. Gallone - 1937) illustre ainsi les prétentions coloniales italiennes sur la région éthiopienne en soulignant une prétendue légitimité et portée civilisatrice ; "La Chute De L'Empire Romain" (A. Mann - 1963) traite en creux de la guerre froide.
  • Pastiches et publicité : un genre qui vire si souvent au kitsch ne pouvait manquer d'inspirer les humoristes, qui ne se sont pas privés d'en détourner les codes. La publicité s'en est également emparé, soit qu'elle en fasse le pivot de sa communication, soit qu'elle l'utilise dans le nom des produits. Voire les deux, à l'instar du savon "Cléopatra".
  • Décors monumentaux : souvent spectaculaires mais rarement fidèles à la réalité historique, ils font partie intégrante des péplums.


"Cléopâtre Essayant Des Poisons Sur Des Condamnés A Mort"

                                        Au-delà de ces différentes thématiques, ce sont les origines du péplum qu'éclaire cette exposition : un genre qui s'est inspiré de l'opéra, de la peinture et de la littérature. Si le péplum est l'héritier de l'opéra (on y retrouve souvent des thèmes similaires, des décors grandioses, et l'omniprésence d'une musique soutenant texte et action), un véritable chassé-croisé s'est mis en place entre les deux arts : j'ai ainsi appris que la troupe de la Scala de Milan avait joué dans un des premiers péplums... muet (!), mais on pense aussi à la Callas, interprétant Médée dans le film éponyme de Pasolini.(1969) Quant à la peinture, son influence n'en est pas moins évidente. Elle se manifeste dès les origines du péplum, le "Néron Essayant Du Poison Sur Des Esclaves" (1897) renvoyant au tableau de Cabanel, "Cléopâtre Essayant Des Poisons Sur Des Condamnés A Mort" (1887). De même, les peintres pompiers (Gérôme, Bouguereau, etc.), ou Gustave Moreau dans une moindre mesure, en puisant leurs sujets dans une antiquité fantasmée mais cependant riche en détails, offrent au cinéma balbutiant des sujets tous trouvés. Pour l'anecdote, sur les 81 sujets imposés lors du Prix de Rome entre 1800 et 1881, 78 concernaient des thèmes antiques ou bibliques, largement repris par le péplum. Aujourd'hui encore, certaines oeuvres frappent toujours l'imagination des cinéastes : Ridley Scott ne le confirme-t-il pas, lorsqu'il assure avoir trouvé l'inspiration pour son film "Gladiator" (2000) devant le célèbre "Pollice Verso" de Jean-Léon Gérôme ?


"Pollice Verso".

                                        Cependant, si le péplum emprunte une très grande part de son esthétique à la peinture et à l'opéra, il va surtout se nourrir de littérature. Les mystères médiévaux et la tragédie classique lui offrent des sujets bibliques (dans le premier cas) et païens (dans le second) - bien qu'étrangemment, on observe quelques différences : l'absence des héroïnes se fait ainsi sentir dans le péplum, au contraire des pièces de Racine par exemple (Bérénice, Andromaque, etc.) Dans le roman populaire, le péplum trouve des codes : antagonsime héros / "méchant" ("Ben-Hur"), enfant aux origines familiales obscures qui doit surmonter les épreuves pour lever le mystère sur ses origines et être rétabli dans son droit (Moïse étant le plus célèbre), dynastie de héros ("Le Fils De Spartacus" - S. Corbucci 1962.) etc. La vague du roman historique enfin, initiée par Walter Scott en Angleterre et Chateaubriand en France donne naissance à un genre qui ne cessera de fournir au péplum sa matière première : "Ben-Hur" de Lewis Wallace, "Fabiola" du Cardinal Wiseman, "Quo Vadis" de Sienkiewicz...

Il serait trop long de retracer ici toute l'histoire du péplum, ou d'analyser les influences qui ont conduit à l'apparition de ce genre cinématographique si particulier. Du reste, tel n'est pas le but de cet article. Toutefois, outre mon propre article sur le péplum ici , je ne saurais trop vous recommander deux livres pour approfondir le sujet : "Le Péplum, Un Mauvais Genre" et "Guide De L'Antiquité Imaginaire", tous deux du même Claude Aziza. (Références à la fin de ce billet.)

Sachez enfin, pour conclure, que que Claude Aziza a devancé la question que nous n'aurions pas manqué de lui poser : quels sont les films à voir impérativement ? Sa réponse : "Jason Et Les Argonautes" et "La Chute De L'Empire Romain". Vous savez ce qui vous reste à faire... Quant à visionner ces films avant ou après l'expo de Saint-Romain-En-Gal, je vous laisse le choix !


MUSÉE DE SAINT-ROMAIN-EN-GAL.
R.D 502
69560 Saint-Romain-en-Gal

Tél. : 04 74 53 74 01
Fax. : 04 74 53 74 19
saintromain@rhone.fr 
http://www.musees-gallo-romains.com

Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h. (sauf les 1/01, 1/05, 1/11 et 25/12)
Musée - 4 € (tarif réduit 2,5 €)
Exposition - 3 € (tarif réduit 2 €)
Billet couplé Péplum Lyon / St-Romain-En-Gal - 7 € (tarif réduit 4.50 €)
Gratuit les jeudis et tous les jours pour les moins de 18 ans. 

LIVRES.

"Le Péplum, Un Mauvais Genre" de Claude AZIZA - Éditions Klincksieck : lien ici.
"Guide De L'Antiquité Imaginaire " de Claude AZIZA - Éditions Les Belles Lettres : lien ici.

"LES DÉLICES DU TEMPLE" - PÂTISSIER/ CHOCOLATIER / GLACIER.
23 rue de l’Éperon
38200 Vienne

Tél. : 04 74 85 02 83



jeudi 5 avril 2012

Peplum et film antique.

                                        Le week-end dernier se tenait à Nîmes le 2ème salon du livre péplum, à l'initiative de l'association Carpe Feuch (www.carpefeuch.blogspot.com). Des invités prestigieux (parmi lesquels Claude Aziza ou Eric Teyssier), des projections de films, des conférences... Évidemment, j'y étais ! Et je suis repartie les bras chargés de livres - dont je vous reparlerais en temps utile. Mais en attendant, puisque cet évènement met en lumière le péplum, je profite de l'occasion pour me pencher sur le sujet.

                                        Mais pour commencer, qu'est-ce qu'un péplum, exactement ? Et puis d'abord, d'où vient ce nom ? Et bien péplum vient du mot grec peplos, qui désigne une tunique longue de style dorien portée par les femmes. On voit vaguement le rapport avec la choucroute, mais on n'est quand même pas totalement convaincu : en effet, le protagoniste principal du péplum est généralement un homme, et la plupart du temps court vêtu - jupette pour les militaires, tunique dévoilant la cuisse (musclée, de préférence) pour les autres. Certains font remonter l'origine de l'utilisation du mot péplum au film "La Tunique" (1953) mais Claude Aziza avance une explication que je trouve plus séduisante : on devrait le mot "péplum" à Bertrand Tavernier, amateur du genre dans les années 50. Il se rendait dans les ciné-clubs avec ses amis pour y voir des films "en péplum" (ou plutôt "en pépla" !), comme on dit "des films en costumes". L'expression "péplum" viendrait donc de là... Si non e vero, e ben trovato !

                                        Quid de la définition ? Elle n'est pas facile à donner. On considère généralement que le péplum est un film dont l'action - historique ou imaginaire - se déroule dans l'Antiquité. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes, la période s'étendant grosso modo de l'invention de l'écriture à la chute de Rome. On en conviendra : ça laisse de la marge ! Donc, des hommes préhistoriques qui gambadent en peaux de bête : pas péplum ; des types en toges : péplum. Oui, mais que fait-on des pharaons ? Des Grecs ? Des récits bibliques ? Car le péplum ne concerne pas uniquement l'antiquité romaine, mais tout film en costumes dont l'action se déroule dans l'Antiquité... Quoique : les films traitant de la légende arthurienne ont bien pour cadre cette période, mais peut-on légitimement qualifier "Excalibur" de péplum ?! L'affaire se corse... Sans compter que certains spécialistes considèrent que le terme péplum s'applique uniquement à la production italienne d'après 1959, et parlent d'ante-péplum pour la période antérieure, et d'epic pour les films américains. (Source : l'antiquité au cinéma - Frédéric Martin - Éditions CinéLégendes.) Bref, on n'est pas rendu ! Donc, coupons court au débat : pour ce billet, j'adopterai ma propre définition du péplum : un film en costumes, sur fond d'évènement historique ou mythologique, ayant pour cadre l'Antiquité romaine, grecque, égyptienne ou reprenant des épisodes bibliques. Et, pour éviter toute polémique sémantique, j'utiliserai l'expression de "film antique". Parce que c'est MON blog, et que je fais ce que je veux !

                                         Comme nous l'avons vu, la production de films antiques a été dominée, au fil du temps, par deux pays : l'Italie et les États-Unis - et ce, même s'il a existé des tentatives plus ou moins réussies ailleurs, comme en Roumanie ou en Pologne, par exemple. Cependant, on peut considérer que le premier film du le genre est - cocorico ! - français, avec "Néron essayant des poisons sur un esclave" en 1897, une séquence des Frères Lumière durant moins d'une minute. D'autres réalisateurs suivront : Ferdinand Zecca par exemple (avec une première adaptation de "Quo Vadis", "La Passion" ou "Messaline") ou Georges Méliès (qui produit "Néron et Locuste" en 1907). Vers 1910, les Italiens prennent le relais, se démarquant par des films à gros budget, comme la première adaptation de "Les Derniers Jours De Pompéi" (1908) de Luigi Maggi. Les films séduisent le public par leur mélange d'action spectaculaire et d'histoire d'amour et de trahison sur fond d'Antiquité. Dans la foulée, l'industrie cinématographique s’engouffre dans la brèche avec "Quo Vadis" (1912) , "La Chute de Troie" (1910), "Cabiria" (1914) - les deux derniers de Giovanni Pastrone. C'est justement dans "Cabiria" qu'apparaît un personnage qui marque les esprits : Maciste, gros balèze tout en muscles et testostérone, interprété par Bartolomeo Pagano. Il sera décliné à toutes les sauces : Maciste le guerrier, Maciste contre la mort, Maciste médium, Maciste somnambule, Maciste chasseur alpin... N'en jetez plus ! La première guerre mondiale avait cependant mis un frein à la production cinématographique et, malgré les nombreuses productions, le public se lasse : le premier âge d'or du film antique italien prend fin au début des années 20 - même s'il faut signaler le "Scipion l'Africain" de Carmine Galione (1937), film spectaculaire commandé par Mussolini et clairement propagandiste. Hollywood prend le relais - notamment avec Cecile B. DeMille, maître du genre, qui réalise toute une série de films parmi lesquels "Les Dix Commandements" en 1923 (une première version) ou "Le Signe de La Croix". Mais là encore, le genre s'essouffle rapidement.

                                          C'est encore d'Italie que viendra la renaissance du péplum, au début des années 50 - grâce aux Américains ! A Cinecitta se déroule en 1951 le tournage d'une nouvelle version de "Quo Vadis" : ce film de Mervyn Le Roy (avec Peter Ustinov dans le rôle de Néron - fantastique !) est un triomphe, et relance le genre. Cinecitta est élevée au rang de capitale du cinéma américain, et les cinéastes collaborent par-delà l'Atlantique. Suivront, dans le désordre, des chefs-d’œuvre comme "Ben Hur" (1959), "Jules César" (1953) de Joseph Mankiewicz - adaptation de la pièce de Shakespeare tout en sobriété - ou, plus tardivement, "Spartacus" de Kubrik en 1960. Parallèllement, entre 1955 et 1965, le film antique Italien connaît un réel engouement populaire. D'un côté, on retrouve les films historiques, principalement basés sur Carthage, Rome, les vies de Néron ou Cléopâtre, et de l'autre les films mythologiques, mettant en scène Maciste (une vieille connaissance !) et Hercule (dont la série de films reprend peu ou prou les mêmes codes) dans des aventures (parfois très) librement inspirées des légendes antiques. C'est également à cette époque que sortent "Les Légions de Cléopâtre" (1959) et "Hercule A La Conquête de L'Atlantide"(1961), tous deux réalisés par Vittorio Cottafavi et bien représentatifs de ce qui se fait alors.


Hercule interprété par Steve Reeves.

                                        Cependant, l'importance grandissante de la télévision oblige les cinéastes à se renouveler, et Hollywood opte pour des films toujours plus grandioses et spectaculaires (et donc plus chers), à l'image de la nouvelle version de "Les Dix Commandements " (1956 - toujours de Cecile B. DeMille, cette fois avec Charlton Heston et un nombre incalculable de figurants). Le "Cléopâtre" (1963) du même Joseph Mankiewicz déjà cité manque de ruiner la Fox et son relatif échec commercial, ainsi que celui de "La Chute de L'Empire Romain" d'Anthony Mann (1964) sonnent le glas du film antique à Hollywood. Ce n'est pas la seule explication : comme toujours, le pire a côtoyé le meilleur (je me permets de citer l'inclassable "Satyricon" de Fellini) et les codes du film antique ont parfois été usés jusqu'à la corde. Apparaissent ainsi des films parodiques ("La Vie de Brian" des Monty pythons, "Les Week-ends de Néron"...), pornographiques (Ah, le "Caligula" de Tinto Brass !) ou de science-fiction ("Maciste Contre Les Hommes De Pierre") - ou l'on trouve de vraies pépites, mais aussi le plus souvent de la pure série Z ! J'en profite d'ailleurs pour lancer un appel : si quelqu'un sait où je pourrais me procurer "Maciste contre Zorro", qu'il me contacte ! Je crois vraiment qu'après avoir vu ça, on peut mourir tranquille...

                                        Sans doute n'est-ce pas un hasard : le déclin du film antique coïncide avec l'émergence du western spaghetti, dont le fer de lance est un certain Sergio Leone... réalisateur d'un des derniers grands péplums : "Le Colosse de Rhodes" en 1959. La plupart des réalisateurs de péplums se reconvertissent d'ailleurs dans le western. S'en suivent plusieurs décennies de purgatoire, où le genre est au mieux ignoré, au pire méprisé. Ces dernières années ont vu l'émergence de quelques films tentant de renouer avec le bon vieux film antique : "Gladiator", "300", "Le Choc Des Titans" en sont de bons exemples. Mais c'est sans conteste la télévision qui a pris le relais, avec en particulier des séries comme "Rome" ou plus récemment "Spartacus"...

                                        Reste une question : que valent les films antiques du point de vue historique ? Et bien... ça dépend ! Très honnêtement, les films sont souvent remplis d'erreurs, d'images d’Épinal (généralement fausses), de raccourcis et d'amalgames. Que ce soit de bonne foi ou en toute connaissance de cause, il n'en reste pas moins que, des costumes aux faits historiques eux-mêmes, mieux vaut garder une certaine réserve, et prendre le film antique pour ce qu'il est : un film, précisément ! C'est-à-dire avant tout une œuvre de pur divertissement, un spectacle, une manière de s'évader pendant une heure et demie (ou 5 heures, parfois !) direction l'Antiquité. Le débat de la crédibilité historique du film antique est pourtant intéressant, mais il faudrait des heures pour épuiser le sujet : je vous encourage à vous reporter au livre que je citais plus haut si vous désirez approfondir cette question. Quant à moi, mon opinion est claire : peu importe, finalement, les erreurs que l'on peut relever dans les films antiques ! L'essentiel est qu'ils représentent souvent un accès, une porte d'entrée vers l'Antiquité, en incitant le spectateur à se pencher sur les épisodes qu'ils relatent, à s'intéresser à la réalité historique. Ne suis-je pas, moi-même, venue à la Rome Antique grâce à l'excellente série "Rome" ?! Donc, regardez des péplums, prenez-y du plaisir, et le reste viendra (peut-être) tout seul !

                                        Une dernière petite chose : je suis loin d'être une spécialiste. Aussi, je vous encourage vivement à me laisser des commentaires si vous avez des précisions à apporter à cet article. Et pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage, vous pouvez vous rendre sur : www.peplums.info : un excellent site, très complet.

P.S. : Blague à part, je crois pouvoir survivre sans "Maciste contre Zorro". Par contre, il y a un film que je recherche désespérément et, bien que ce ne soit pas un péplum, je profite de ce billet pour lancer un S.O.S. : si vous savez où je peux dénicher "L'Affaire Mattéi." ("Il Caso Mattéi") de Francesco Rosi (1972), je vous supplie de me contacter ! Même si le film est en v.o. non sous-titrée, je suis preneuse !