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dimanche 28 juillet 2013

Une Mosaïque Antique, Et L'Addition !

                                        Pour une acharnée de la Rome antique comme moi, la ville de Nîmes présente de nombreux attraits. Vous pensez aux arènes et à la Maison carrée, et vous avez raison. Mais il y a bien plus : érigée au rang de colonie latine au cours du Ier siècle avant J.C., la ville offre  des trésors cachés à qui sait les dénicher. C'est souvent dans les endroits les plus anodins que se terrent les perles les plus insoupçonnables qui, au hasard de vos pas, se révèlent soudain à vos yeux ébahis. Au-delà de ses monuments bien connus, Nîmes est une ville où les moindres travaux mettent au jour de précieux vestiges : les passionnés s'en réjouissent pendant que les entrepreneurs s'arrachent les cheveux.

                                        Et c'est ainsi qu'un beau soir de Juillet, après un agréable dîner à la terrasse d'un petit restaurant des abords de la Maison Carrée, mon ami Jean-Pierre Roux attira mon attention sur une mosaïque, située au sous-sol de la salle et visible à travers une vitre. Alors ça, c'était un sacré dessert ! Le propriétaire du restaurant, M. Salah Nacer, a eu la gentillesse de me laisser photographier l’œuvre, et il m'a également communiqué les renseignements qu'il avait obtenus de l'Office de Tourisme de Nîmes.


Forum de Nemausus. (Reconstitution de Ferdinand Pertus.)

                                        Resituons d'abord les lieux : à l'époque romaine, le forum est le cœur battant de la cité. Sous les portiques entourant cette vaste place publique s'alignent les boutiques, la basilique et la Curie. Au centre s'élève la Maison Carrée, soit le Temple où sont célébrés les cérémonies religieuses, les processions et les sacrifices. Le forum est donc le lieu incontournable où se rencontrent les habitants de Nemausus, aussi bien dans le cadre de la vie religieuse que politique, judiciaire ou commerciale. En conséquence, il s'agit d'un quartier prestigieux, autour duquel sont bâties de riches demeures que les propriétaires ont ornées de nombreuses mosaïques - ce type de sols précieux décorant le plus souvent les pièces de réception. Plusieurs d'entre elles, repérées aux abords de la Place de la Maison Carrée, permettent d'envisager l'existence d'un axe antique reliant le forum à la Porte de France, le long duquel se trouvaient les habitations.

                                        Sans doute la mosaïque du "Constantine" faisait-elle partie d'une de ces résidences. On en trouve mention pour la première fois à la fin du XVIIIème siècle : on découvre en effet en 1787 un décor jaune et noir, à 32 cm au-dessous du sol de l'époque. Il faut ensuite attendre 1965 pour que soient engagés des travaux d'aménagement, dont la mise en place d'un plancher amovible visant à protéger l’œuvre, située alors à 83 cm du sol.


Mosaïque du restaurant "Constantine".

                                        La mosaïque en elle-même, extrêmement bien conservée, est une composition bicolore en opus tesselatum, c'est-à-dire assemblée à partir de petits cubes de pierres uniformes. Elle est constituée de séries de grands hexagones répétés plusieurs fois, ornés de diverses figures géométriques telles que des étoiles à 6 pointes, des ellipses entrecroisées, des rosaces, des croix de Malte, des cercles tangents.  


Gros plan de la mosaïque.


                                        Lors des fouilles ayant mis à jour la mosaïque du local aujourd'hui occupé par le "Constantine", on aurait également découvert un sol en opus sectile (plaquettes de marbre ou de pierres de couleur de formes diverses), ce qui laisserait supposer la présence d'une seconde pièce. Toutefois, selon l'Office du Tourisme, cette seconde mosaïque n'aurait sans doute pas été conservée. De même, ont été trouvé en 1908 des monnaies d'époque augustéenne, des fragments de colonnes et d'un chapiteau corinthien de marbre, et une tombe d'enfant datant peut-être du IIIème ou IVème siècle.

                                        Des éléments épars qui, s'ils apportent des bribes de réponses, contribuent surtout à exciter l'imagination. En tous cas, la mienne ! La pensée que des citoyens de l'antique Nemausus ont foulé ce sol et y ont reçu les édiles de la cité, que cet endroit a été le témoin de tant de joies et de peines, et que 2000 ans plus tard, subsiste en témoignage un petit pan de cette domus  à travers lequel on peut imaginer la vie de ses habitants, voilà quelque chose de proprement fascinant.

                                        Je ne suis pas critique gastronomique, mais je vous incite vivement à faire une halte chez "Constantine" : on y mange très bien, le patron et son personnel sont adorables, et vous avez même le droit d'admirer une superbe mosaïque sans supplément de prix ! Et ça, ça vaut largement une étoile au guide "La Toge Et Le Glaive" ! 



Un grand merci à Salah Nasser pour sa gentillesse et sa disponibilité. Article rédigé à partir des informations fournies par Claire-Lise Creissen.


Restaurant "CONSTANTINE"
12 rue de la Maison Carrée
30000 Nîmes

09 54 11 96 66.

Service jusqu’à 2 heures du matin vendredi, samedi et dimanche.
Fermé le samedi midi et le mardi midi.

vendredi 12 avril 2013

Agenda : Expo Et Stage Mosaïque.


                                        Un petit billet, entre deux articles, pour attirer votre attention sur une exposition organisée au Musée de la Villa-Loupian, dans l'Héraut : "Tessellae, bribes d'histoires..." Elle est l’œuvre de Christel Savarese, remarquable artiste mosaïste dont je vous ai déjà parlé ici. En plus de ses propres créations, la jeune femme explore les techniques de fabrication de la mosaïque antique, tant à travers la reproduction que l'expérimentation.

                                        Je n'ai pas encore eu l'occasion de visiter cette exposition, qui se tient jusqu'au 9 juin 2013, mais je tenais tout de même à vous en informer.



                                        Par ailleurs, Christel Savarese proposera du 22 au 26 Avril, toujours au musée Villa-Loupian, un stage de reproduction de mosaïque antique, pour 5 personnes au maximum. Sur 5 jours (soit 35 heures de boulot, quand même !), les participants pourront fabriquer leur propre mosaïque à partir de modèles, en utilisant des matériaux aussi divers que le marbre, le granit, la pierre ou la terre cuite, et en taillant eux-mêmes leurs tesselles. Prix - hors hébergement et repas - fixé à 560 euros, incluant matériaux et outils mis à disposition.

Pour tous renseignements, contacter Christel Savarese :

Tél : 06.83.53.83.73
Email:  christelsavarese@orange.fr
Site : www.artificinamosaique.fr

Et le site du Musée Villa-Loupian : http://www.loupian.fr/Villa_Gallo-Romaine.htm


Et n'hésitez pas à m'envoyer des photos de vos œuvres, amis apprentis - mosaïstes !

dimanche 9 décembre 2012

Atelier Mosaïque / Le Petit Atelier Et L'Emporte-Pièce.

                                        En marge des articles de fond sur l'antiquité romaine, ce blog me permet également de partager mes coups de cœur, qu'il s'agisse de films, de livres, de médias ou - comme ça a souvent été le cas ces derniers temps - d'adresses, toujours en lien avec la romanité. J'ai la chance de vivre dans une région où les manifestations en rapport avec l'antiquité sont nombreuses et variées, ce qui me donne l'opportunité d'entrer en contact avec des personnalités toutes aussi diverses, passionnées par le domaine dans lequel elles ont choisi d'exercer. Or, Samedi 1er Décembre, j'ai fait la connaissance d'un de ces artisans, Véronique Pinguet-Michel, au cours d'un atelier mosaïque organisé au Mas Des Tourelles, auquel j'ai participé dans la cadre de l'association Carpefeuch. A travers ce billet, je vais tenter de vous raconter brièvement comment j'ai vécu cet atelier, afin de vous renseigner sur son déroulement.

LE PETIT ATELIER ET L’EMPORTE-PIÈCE.


                                        Mme Pinguet-Michel, artisan d'art, œuvre au sein de deux structures indépendantes mais convergentes : "Le Petit Atelier" et "L’Emporte-Pièce." L'association "Le Petit Atelier" organise plusieurs types d'activités artistiques, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, dans l'optique d'une promotion de la création en tant que vecteur de développement et d'épanouissement personnel. Dis comme ça, je reconnais que ça pourrait passer par un joli laïus idéaliste... Sauf que l'Atelier ne se contente pas d'énoncer une si noble ambition, mais se donne également les moyens de la réaliser. Il propose ainsi de stages pour enfants ou pour adultes, intervient en milieu scolaire ou en centres de loisirs, organise des présentations des pratiques artistiques de l'antiquité sur des sites touristiques comme le Théâtre Antique d'Orange par exemple, met en place des ateliers de rue au sein des quartiers, etc. En marge des cours pour adultes (novices ou expérimentés), l'association joue donc un vrai rôle éducatif et recrée du lien social, souvent en partenariat avec d'autres structures visant un public ciblé, comme les jeunes en difficulté ou les personnes en situation de handicap.

Atelier Mosaïque au Collège. (© Le Petit Atelier.)

                                        Au sein de ce Petit Atelier, on propose aussi bien des séances de création de mosaïque que du dessin, de la peinture (fresque, notamment), du modelage, de l'impression sur textile, du travail sur argile, etc. Si une partie de ces activités reste liée aux techniques antiques, on peut aussi s'initier à l'art contemporain ou au land'art. Vous n'avez donc que l'embarras du choix. Les tarifs sont vraiment accessibles, et je peux vous assurer que vous passerez un excellent moment - avec, en prime, la satisfaction d'avoir créé quelque chose de vos blanches mains. Preuve que le but visé peut être atteint ! Pour plus de détails sur les réalisations et le programme du "Petit Atelier", je vous invite à visiter le blog de l'association, ici.

Atelier de Rue "anamorphose". (© Le Petit Atelier)


                                        En parallèle, Véronique Pinguet-Michel a lancé sa boutique en ligne, "L'Emporte Pièce", ici. Une mine d'idées cadeaux - et pas seulement pour les artistes - et de quoi rendre dingue les fanas d'antiquité. Reproductions de jeux romains (dés, osselets, latroncules), objets décoratifs (cadres, bougies, sculptures), savons, encens, porte-clefs, cartes, puzzles, plaques ornementales et cadrans solaires, une flopée d'objets personnalisés sur devis... Surtout, ne passez pas à côté des kits, qui vous fournissent tout le matériel nécessaire à la création de votre propre mosaïque, vos enluminures ou vos bijoux : pour avoir testé la mosaïque, je vous les recommande.

Exemple des produits proposés par l'Emporte-Pièce.

ATELIER MOSAÏQUE AU MAS DES TOURELLES.


                                        Car oui, comme je vous le disais en préambule, j'ai participé à l'un des ateliers de Véronique Pinguet-Michel. Mettons tout de suite les choses au clair : je maîtrise maintenant les bases de la technique (voir la conférence que je vous ai résumée ici), mais ça ne veut pas dire que la pratique m'est familière. Mon expérience artistique se résumait, il y a peu, à trois figurines en pâte à sel réalisées dans mon enfance, et c'est à peine si je sais dessiner (à part les girafes. Bizarrement, j'excelle en girafes.) Mais le ridicule ne tuant pas, je me suis risquée à la réalisation d'une mosaïque. Et me voici donc, en ce Samedi après-midi, dans une salle du Mas Des Tourelles, avec d'autres camarades de l'association Carpefeuch, prête à en découdre avec mes tesselles. Courageuse mais pas téméraire, j'ai opté pour un petit modèle (15 X 15), quand des aspirants mosaïstes moins pusillanimes ou plus entraînés, arrivés le matin, ont choisi de réaliser une œuvre de plus grande dimension (Ah ! Le "Carpe Diem" de Claude Aziza !).  

Les modèles mis à notre disposition.

                                        Véronique Pinguet-Michel nous demande si nous souhaitons réaliser notre propre motif, ou si nous préférons piocher dans les modèles mis à notre disposition : personne n'ayant songé à chercher une illustration à reproduire, nous nous empressons d'accepter sa proposition. Figures géométriques, fleurs, animaux, motifs ornementaux... Tandis que mes acolytes arrêtent leur choix sur un oiseau, un poisson ou une svastika, j'hésite entre un escargot - qui me plaît beaucoup, mais qui me semble un peu compliqué pour mes deux mains gauches - et un cheval. Lorsque notre intervenante m'annonce que "le cheval, c'est facile : une petite fille de 8 ans l'a fait tout à l'heure en une heure.", j'ai quand même un sursaut d'orgueil. Un peu d'ambition, que Diable ! Et c'est donc parti pour l'escargot.

Le modèle copié par Colette, plus courageuse que moi.

                                        Les consignes sont simples : une fois les couleurs sélectionnées, prendre une poignée de tesselles (en plâtre céramique teintée et prédécoupées), déposer une bonne dose de colle vinylique sur le carton sur lequel est imprimé le motif choisi, et déposer les tesselles, en partant du centre vers l'extérieur. Sauf que, dans mon cas, la coquille de l'escargot forme une spirale (c'est logique, en même temps), et qu'il me faut recouper les tesselles en triangles ou en rectangles plus petits. Mes premières tentatives sont hésitantes, je sème des éclats un peu partout, comme un petit poucet antique... Je commence à penser que j'ai effectivement le niveau d'un CE2, et que j'aurais mieux fait de m'en tenir au cheval. Mais après quelques tâtonnements, je saisis le truc, et la coquille de mon gastéropode prend forme. Très lentement - pour ça, je suis raccord avec mon sujet - mais elle prend forme, dans une ambiance bon enfant, entre discussions légères et blagues fusant autour de la table. J'ai la nette impression qu'autour de moi, tout le monde va beaucoup plus vite et que j'y serai encore le lendemain, j'ai les doigts recouverts de colle et le plan de travail parsemé de tesselles, mais je m'opiniâtre. Je coupe, j’enduis, je colle, soigneusement et minutieusement. Un peu trop, d'ailleurs : apparemment, je serre trop mes tesselles et en plus, j'en ai disposé une du mauvais côté. Véronique me corrige gentiment, et sauve mon escargot !

Des élèves appliquées...

                                        Une bonne demi-heure plus tard, la bestiole est enfin terminée, et il ne me reste plus qu'à faire mon fond. Je suis d'autant plus rassérénée que mes camarades m'assurent que mon escargot est réussi, et que ma tâche est maintenant beaucoup plus facile : je n'ai plus besoin de couper mes tesselles, que je peux joyeusement placer à la chaîne, une fois mon carton enduit de colle. Je rattrape mon retard, et j'achève ma mosaïque après une bonne heure de travail. Je ne suis pas mécontente : on reconnaît clairement un escargot, c'est déjà ça. Ce n'est pas terminé pour autant.

                                        Étape suivante, j'applique sur mon chef d’œuvre en devenir un mélange de colle et de vernis, qui va raviver les couleurs, et que je dois laisser sécher une vingtaine de minutes. Le temps de faire le tour du marché de Noël qu se tient au Mas des Tourelles, et d'acheter des marrons glacés car toute peine mérite salaire. Puis, une fois le vernis sec, je dois jointoyer. Concrètement je tartine avec entrain ma mosaïque à la spatule, de façon à faire pénétrer la matière entre les tesselles, avant d'ôter l'excédent. A ce moment, nous en sommes tous à des stades différents : certains en sont encore à coller leurs tesselles (pour les plus grands modèles), d'autres vernissent, et d'autres ont terminé depuis belle lurette. Mais honnêtement, je n'y fais guère attention, mes yeux rivés sur mon petit escargot à moi, que je porte comme s'il s'agissait du Saint Sacrement !

Véronique en train de vernir la mosaïque de Claude Aziza.

                                         Voilà : ma mosaïque est maintenant terminée... ou presque. Véronique m'explique que je dois la laisser sécher 24 heures, avant de la nettoyer avec une éponge humide afin d'ôter le reliquat de la pâte de jointure. Ce que je ferai, deux jours plus tard car deux précautions valent mieux qu'une... Le résultat final, vous pouvez le voir ci-dessous : soyez indulgent, car je vous rappelle qu'il s'agit d'un coup d'essai ! Pour ma part, vu que j'étais persuadée de me planter en beauté, je suis très satisfaite de mon œuvre, qui trône désormais dans ma cuisine.


                                        En conclusion, j'ai passé une excellente après-midi, en bonne compagnie (des gens que j'avais déjà déjà rencontrés, et d'autres que je ne connaissais pas) et avec une animatrice hors pair, pédagogue et surtout très sympathique. Et, cerise sur le gâteau (ou plutôt garum sur la patina), je repars toute fière, enchantée de ma mosaïque, moi qui m'imaginais si peu manuelle. Comme quoi, si j'y suis arrivée, n'importe qui peut le faire ! D'ailleurs, je suis bien décidée à ne pas en rester là, et à retenter l'expérience avec un des kits de l'Emporte-Pièce. Dommage qu'il n'y ait pas de girafes - j'aurais assuré !

Davantage de photos sur le site de Carpefeuch, ici.

Pour plus de renseignements :

LE PETIT ATELIER DE L'EMPORTE-PIÈCE.


Contact : Véronique Pinguet-Michel.

7 rue Siegfried
30000 Nîmes

Tél. : 04 66 64 74 05
Site : http://lepetitatelier.over-blog.net
Courriel : petitatelier@emporte-piece.net


L'EMPORTE-PIECE.

Même adresse et même téléphone.
Site : www.emporte-piece.net
Courriel : contact@emporte-piece.net
 

mercredi 24 octobre 2012

Un Bref Aperçu De La Mosaïque Antique.

Christel Savarese.


Samedi dernier se tenait au Musée Archéologique de Nîmes une conférence sur la mosaïque antique, sujet qui m'intéresse, bien que je n'y connaisse pas grand chose. A moins que ce ne soit justement pour cette raison ! Je n'en sais pas plus, du moins, que le commun des mortels, dont l'expérience se résume généralement à contempler les œuvres et vestiges exposés dans les musées - ce qui, avouons-le, est assez maigre. L'occasion était donc toute trouvée d'aborder ce sujet, au cours d'un exposé passionnant présenté par Christel Savarese, artiste mosaïste de Perpignan. Cette charmante jeune femme, qui s'est d'abord lancée dans l'aventure dans le cadre de ses loisirs, s'est finalement reconvertie en 2009 et réalise aujourd'hui des reproductions de mosaïques antiques et médiévales, ainsi que ses propres œuvres, contemporaines et plus personnelles. Vous retrouverez ses coordonnées à la fin de ce billet, ou vous pouvez cliquer sur le lien, ici.




                                        La conférence, intitulée "La Mosaïque des origines à la période romaine" s'est tenue sur deux heures, avec une première partie consacrée à l'évolution de cet art depuis ses origines jusqu'à la fin de l'Empire romain, et un second temps au cours duquel les participants (dont l'auteur de ces lignes) ont pu s'exercer à la pratique, en taillant des tesselles et en poursuivant une œuvre déjà entamée. L'honnêteté me force à admettre que, malgré beaucoup de bonne volonté et un enthousiasme certain, l’œuvre en question n'en est pas sortie à son avantage ! Comme quoi, on ne s'improvise pas mosaïste...

La mosaïque en question, avant notre intervention.


PETITE HISTOIRE DE LA MOSAÏQUE.


                                        Mais commençons par le commencement. Si vous lisez cet article, il y a fort à parier que, intéressé par l'antiquité romaine, vous avez forcément pu admirer des mosaïques diverses et variées, au détour d'un musée, d'un site archéologique ou dans les pages d'un livre. Et s'il est un art que l'on associe à la Rome antique, c'est bien la mosaïque - ars romana par excellence. De fait, c'est durant l'antiquité occidentale que la mosaïque a connu son apogée. On la retrouve alors dans tout l'Empire romain, aussi bien en milieu urbain - dans la domus des plus aisés et dans les lieux publics comme les thermes par exemple - qu'en milieu rural, où elle orne les murs et les sols des villae. Florissante durant la période républicaine et le Bas-Empire, elle est pourtant née en Mésopotamie, avant que les Grecs ne mettent au point la technique telle que nous la connaissons. La première mosaïque connue date ainsi du VIII ème siècle avant J.C. : retrouvée à Gordion, capitale de l'ancienne Phrygie aujourd'hui en Turquie, elle représente un damier très simple, constitué de galets de même calibre non taillés, rouges, noirs et blancs. (opus lapilli)

Mosaïque de Gordion.

                                        Petit à petit, les mosaïques évoluent et se complexifient. Toujours en galets, elles représentent des dessins figuratifs, souvent mythologiques, et comportent parfois en insert des lamelles de plomb, qui rendent les contours du dessin plus nets. Au IV ème siècle avant J.C., cette technique atteint son apogée, avec des œuvres de plus en plus soignées et de plus en plus étendues, certaines comportant jusqu'à 40 000 galets.

Mosaïque de "La Chasse Au Lion". (Détail)

                                        Les Romains adoptent la mosaïque par l'intermédiaire des Grecs, dont l'empreinte demeure très présente dans les premiers ouvrages de la période républicaine. Elle le restera pendant longtemps, puisqu'il faudra attendre le Ier siècle pour que les Romains s'émancipent et développent un style différent.


Mosaïque de Morgantina.

                                        Cependant, un changement notable se produit au III ème siècle avant J.C., période à laquelle les galets sont remplacés par des tesselles, petits morceaux de pierre, marbre, verre, terre cuite, etc. taillés en dés. Du point de vue esthétique, c'est une révolution : la variété des matériaux, les nuances de couleurs, la finesse des tesselles permettent de produire des illustrations moins grossières et plus minutieuses, et de jouer sur les effets comme les ombres portées ou la perspective. Les œuvres deviennent plus réalistes, rivalisant avec la peinture. La plus ancienne mosaïque en tesselles connue à ce jour a été mise au jour à Morgantina (Sicile).

                                        Parallèlement aux mosaïques fixes et exécutées sur place, des mosaïques transportables voient le jour, comme les emblematae gréco-romains, fabriqués en atelier sur un support très léger (travertin, tuiles, etc.) et qui peuvent ensuite être acheminés vers une autre destination.

                                        C'est au cours du Ier siècle avant J.C. qu'apparaît l'expression latine "opus musivum" (d'où vient notre "mosaïque"), qui désigne à l'origine les décorations en tesselles ornant les parois et les voûtes des fontaines ou des grottes dédiées aux Muses. Il s'agit des premières mosaïques murales, jusque là utilisées pour orner les sols. Comme elles n'ont pas à souffrir des passages répétés et ne sont pas foulées au pied par les habitants ou les passants, on peut se permettre d'employer pour ces mosaïques pariétales des matériaux plus fragiles, comme les coquillages ou la pâte de verre. Voire de la feuille d'or, insérée entre deux tesselles de verre transparentes.

L'utilisation de la mosaïque se développe, et plusieurs types d'ouvrages apparaissent :

Exemple d'opus sectile.

  • L'opus tessellatum : la technique la plus courante, elle est notamment employée pour les figures géométriques ou les motifs de remplissage.
  • L'opus signinum : un mortier imperméable composé de chaux, de terre cuite et d'amphores ou de briques pilées recouvre le sol, et des tesselles y sont ensuite insérées. Plus simple à exécuter, cette technique est moins coûteuse.
  • L'opus sectile : réalisé à l'aide de plaquettes de marbres taillées et assemblées, de pierres de couleur ou de verre, il représente généralement des fleurs ou des motifs géométriques. La mise en œuvre en est rapide, mais la matière première est onéreuse.
  • L'opus vermiculatum : travail délicat et minutieux, il consiste en un assemblage de minuscules tesselles de 2 à 4 mm et se prête particulièrement au tracé de lignes sinueuses. Véritables tableaux rivalisant avec la peinture, ces mosaïques comptent parfois 1 million et demi de tesselles, à l'instar de la célèbre "Bataille d'Issos".
  • L'opus scutulatum : entre des tesselles d’une même couleur sont insérées des tesselles de couleurs et de dimensions différentes.

Mosaïque de "La Bataille d'Issos". (Détail)

                                        L'influence grecque perdure, et se fait notamment sentir par la présence d'un emblema, sorte de tableau enchâssé centré sur un fond rectangulaire uni - la mosaïque recouvrant alors souvent l'intégralité du sol d'une pièce.


Mosaïque monochrome du "Dieu Océan." (Saint-Romain-En-Gal)

                                        Au Ier siècle de notre ère cependant, cette influence s'estompe peu à peu, et les Romains développent de nouveaux styles, qui s'exportent dans tout l'Empire. En particulier, si l'on continue à fabriquer des mosaïques polychromes, on assiste à l'apparition d'ouvrages monochromes, en noir et blanc, qui domineront la production pendant deux siècles. Il s'agit bien ici d'un parti pris esthétique, et non d'un choix dicté, par exemple, par la pénurie de matériau. Le noir et blanc confère aux représentations un aspect graphique, caractéristique de la mosaïque romaine, qui y trouve son propre style. Cependant, si les mosaïques monochromes triomphent à Rome, la polychromie reste prépondérante dans les provinces.

                                        Il faut attendre la fin du II ème siècle pour que les mosaïques polychromes reviennent à la mode à Rome. On y retrouve des scènes similaires à celles attestées au cours des époques précédentes : des animaux, des masques de théâtre, les travaux agricoles - ou même les reliefs d'un repas offerts en offrande aux Dieux, ornant le sol d'un triclinium. Car, contrairement à la sculpture, la mosaïque a ceci de particulier qu'elle illustre souvent la vie quotidienne, avec des thèmes comme les saisons, les divertissements, les transports, etc.

                                        La mosaïque atteint son apogée à cette époque, et sa large diffusion dans tout le territoire dominé par Rome donne naissance à plusieurs courants, des écoles régionales qui modifient et enrichissent les motifs traditionnels, se différenciant ainsi petit à petit. Parmi les plus emblématiques, on peut citer :

  • Les écoles d'Afrique : très colorées et riches en détails, ces mosaïques se démarquent particulièrement dans la production antique. 
  • L'école d'Aquitaine : on y retrouve des décors répétitifs, montrant des végétaux ou des motifs géométriques, qui remplissent le fond de la mosaïque. 
  • L'école rhodanienne : se développant dans les villes de Vienne, Lyon, Nîmes ou Arles, elle représente des mosaïques constituées de plusieurs caissons contigus, figurant des emblemae et des motifs géométriques.



École d'Afrique.

École d'Aquitaine.
École rhodanienne.

Mais toutes les régions de l'Empire développent un style qui leur est propre, et il existe aussi des écoles syrienne, germanique, britannique, rhénane, etc. De même, il arrive que les influences se mêlent : c'est le cas à Saint-Romain-En-Gal où certaines mosaïques évoquent l'école syrienne, ou encore à la Villa Loupian, où les mosaïques comportent des éléments de l'école rhodanienne mais semblent également avoir intégré des influences d'Aquitaine.

                                        L'art de la mosaïque  ne cesse d'évoluer et de prospérer, jusqu'au déclin de l'Empire. L'affaiblissement de la puissance romaine entraîne un morcellement au sein duquel les provinces s'autonomisent, et les autochtones adoptent de nouveaux types d'habitats, moins luxueux, où les mosaïques n'ont plus leur place. Reste la religion chrétienne, qui utilise encore les mosaïques afin d'en orner les lieux de culte : les œuvres quittent alors le domaine privé et naît un art religieux, qui trouvera son prolongement dans les mosaïques byzantines et médiévales.

BREF APERÇU TECHNIQUE.


                                        Depuis le début de cet article, je ne cesse de parler d'art. Pourtant, cette conception n'a rien d'antique, où les mosaïstes étaient considérés non pas comme des artistes, mais comme des artisans. Pour preuve, ils signaient rarement leurs travaux : toutes périodes confondues, seules 15 mosaïques en Gaule portent le nom de ceux qui les ont fabriquées. Si l'on ignore d'où proviennent les dessins figurant sur les mosaïques - bien que la récurrence de certains motifs laisse envisager la possibilité de modèles diffusés dans tout l'Empire - le travail en lui-même est bien connu, notamment grâce aux écrits de Vitruve,  aux outils et matériaux mis au jour par les archéologues, et à la seule stèle funéraire retrouvée représentant la profession.


                                        Voyons tout d'abord l'aspect technique, avec la préparation du sol : au premier niveau le statumen constitué de pierres servant de fondation est recouvert par le rudus, mélange de tessons, de cailloux et de mortier. Par-dessus se trouve le nucleus, couche de sable et de chaux dans laquelle le mosaïste vient insérer les tesselles.

Maquette de C. Savarese, montrant les différentes couches préparatoires.


C. Savarese, sa marteline et son tranchet !
Les mosaïstes travaillent en équipe, avec une répartition des rôles bien précise. Les esclaves cassent le marbre, la pierre, le verre, la terre cuite, etc. et taillent les tesselles à l'aide de la marteline, frappée sur le tranchet. Le calcis coctor, quant à lui, fabrique la chaux, qui servira au pavimentarius pour préparer la chape de support. Le dessin proposé par le pictor imaginarius est reporté sur le sol  ou au mur par le pictor parietarius à l'aide de pigments, de charbon ou d'argile, avec des cordes tendues pour servir de lignes directrices dans le cas des œuvres les plus étendues. Enfin, le musaearius exécute les pièces figuratives ou les plus délicates situées dans les salles de réception (triclinium ou bureau par exemple), tandis que le tesselarius (généralement un apprenti) se fait la main sur les motifs les plus simples ou les mosaïques moins importantes, destinées aux parties communes ou aux chambres. Dernière étape, la mosaïque est égrenée ou poncée, jointée, et enfin huilée.





Voilà ce qu'on peut obtenir avec du travail et du talent... (Mosaïque de C. Savarese.)


                                        Je dois reconnaître que j'appréhendais un peu ces deux heures de conférence, et que je redoutais un exposé pontifiant sur l'Histoire et les différentes techniques. Or, j'aurais bien signé pour deux heures supplémentaires ! Et je pense que tous, de la novice comme moi aux participants plus expérimentés, auront appris quelque chose. Notre intervenante a su présenter son sujet de façon dynamique, avec pédagogie et simplicité, et transmettre la passion qui l'animait. Je remercie une fois encore Christel Savarese pour sa gentillesse, et j'en profite pour la rassurer : même si j'ai bien l'intention d'approfondir mes connaissances, et de me lancer prochainement, à mon tour, dans la réalisation d'une mosaïque, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles ! Vu mes premières tentatives lors de votre atelier, il faudra un certain temps avant que je vous fasse de l'ombre...

Un troisième merci à Christel Savarese, qui a accepté de relire mon post et d'apporter quelques corrections... 

ARTIFICINA MOSAIQUE

CHRISTEL SAVARESE
Chemin de Château-Roussillon
66000 PERPIGNAN

E-mail : christelsavarese@orange.fr
Site : www.artificinamosaique.fr



P.S. : Un ajout, en ce 15 Novembre 2012, pour vous montrer le fameux fleuron sur lequel nous nous sommes exercés et que, contre toute attente, Christel Savarese est parvenue à sauver !

© Christel Savarese / Artificina Mosaïque.

dimanche 21 octobre 2012

Musée de Saint-Romain-En-Gal et Exposition Péplum.

                                        C'est à nouveau avec l'association Carpefeuch (site web ici) que j'ai pu découvrir ce Dimanche le musée de Saint-Romain-En-Gal, près de Vienne. Et croyez-moi : pour que je daigne me lever aux aurores un Dimanche, il faut vraiment que ce soit pour la grandeur de Rome ! Mais le sacrifice en valait la peine, et la journée fut agréable - bien que fraîche - pour une visite en deux parties : le musée à proprement parler le matin, puis l'exposition temporaire consacrée au péplum l'après-midi. Et bien sûr, je ne peux résister au plaisir de me faire l'écho de cette expérience sur mon blog.

LE MUSÉE DE SAINT-ROMAIN-EN-GAL.


                                       Malheureusement, un timing serré a donné à la visite l'allure d'une campagne napoléonienne au pas de charge ! Ce qui est d'autant plus dommage que notre guide était aussi sympathique et dynamique qu'intéressante... En un temps record, elle nous a permis de découvrir quelques-uns des trésors du musée, et d'appréhender grossièrement le parcours proposé. Construit sur le site archéologique, l'établissement recrée en effet tout un quartier de la Vienne antique, à travers de nombreuses maquettes et reconstitutions qui permettent au visiteur de plonger dans la vie quotidienne de ses habitants, au cours des premiers siècles.

Musée de Saint-Romain-En-Gal. (©France3 RA)

                                        Située sur les rives du Rhône, dont la vallée la place en contact direct avec le bassin méditerranéen, la ville était alors un important carrefour commercial et économique. Témoins de cette situation géographique privilégiée, les entrepôts publics s'étendaient sur près de 5 hectares : y étaient stockés les produits acheminés sur le Rhône, puis par le biais de la voie romaine partant du bord du fleuve ; cette organisation permettait leur déchargement direct et leur transport vers ses lieux de stockage. On pense que les produits conservés étaient convoyés depuis toute la Gaule, et sans doute destinés à Rome. Ce n'est d’ailleurs pas un hasard si la mosaïque mise en exergue dans la première salle du musée représente quatre têtes du Dieu Océan, entouré de poissons et de coquillages : elle montre bien à quel point la proximité du Rhône, vecteur du développement économique, a conduit à l'essor du site et, en  offrant aux habitants l'opportunité de s'enrichir, a créé les conditions nécessaires à l'essor d'un mode de vie romanisé parmi les élites.

Maquette de Vienne au IIème siècle.

                                        La maquette de la ville de Vienne est impressionnante. Elle la présente telle qu'elle était au IIème siècle, au plus fort de son extension, soit approximativement 200 hectares, répartis de façon égale de chaque côté du Rhône. Sur la rive gauche (celle où est aujourd'hui implanté le musée) s'élevait le forum, cœur de la cité, surplombé par des constructions en  terrasses, parmi lesquelles un théâtre. Un cirque (hippodrome) avait été construit plus au Sud, dans la plaine. Sur la rive opposée, les entrepôts, les boutiques, les ateliers artisanaux (dont les quartiers des potiers et des foulons) et les grandes maisons d'habitation formaient un quartier urbain, à la fois commercial et résidentiel. Les archéologues s'interrogent encore sur l'absence d'un amphithéâtre (arènes) : si certains pensent que les vestiges n'ont pas encore été mis au jour, d'autres avancent en revanche que Vienne n'était sans doute pas équipée d'un tel édifice. Selon ces derniers, les installations existantes (Odéon notamment) et les scènes figurées sur les nombreuses mosaïques du site laisseraient à penser que la population locale était davantage empreinte de culture hellénistique, et négligeait les combats de gladiateurs, chasses, etc.

                                        Pourtant, les immenses villae dégagées à Saint-Romain-En-Gal témoignent de la romanisation des classes supérieures, et de leur aspiration à être perçues comme telles. Cette ambition, combinée à une fortune récente ne manque pas d'évoquer le Trymalchion de Pétrone, ce nouveau riche vulgaire qui tient un peu du milliardaire russe, alliant opulence et goût du kitsch... Au point que notre guide qualifie gentiment nos viennois antiques de - je cite - "ploucs qui se veulent Romains" ! Avec exemple à l'appui : une mosaïque, notamment, qui combine tesselles et pâte de verre brillante - moins luxueuse, mais préférée par le propriétaire car plus impressionnante, plus... "bling bling" !

Maquette d'une des villae antiques.

                                        Il faut bien admettre que, ploucs ou pas, les maquettes des villae laissent rêveur : celle de la Maison des Dieux Océans, par exemple, qui doit son nom à la mosaïque décrite plus haut. Immense (3000 m²), elle étonne par l'espace dédié aux jardins intérieurs, dans le péristyle, et qui occupent environ les 2/3 du bâtiment. Bassins et jets d'eau entourent le triclinium d'été, pendant de la salle à manger intérieure.

Reconstitution d'un triclinium.
Le musée montre également la reconstitution d'un triclinium, avec les lits de repas disposés en forme de U, autour d'une mosaïque dont l'illustration, orientée face aux convives, est encadrée par des motifs géométriques, placés sous les meubles. Autre reconstitution, celle d'un cubiculum (chambre), la mosaïque indiquant l'emplacement du lit par des figures géométriques tandis que le reste du sol est orné de motifs figuratifs - ici, des dauphins et monstres marins.




                                        Les mosaïques, justement, sont sans conteste les pièces maîtresses de la collection. Le talent du pictor imaginarius (qui dessine les modèles) est le fruit d'une longue transmission (les croquis passent  de génération en génération) autant que d'un fastidieux apprentissage. Les mosaïques de Vienne se caractérisent par certaines spécificités, comme les tresses encadrant les motifs. (Voir ci-dessous) Cependant, on retrouve parfois des influences lointaines, des similitudes avec l'artisanat syrien notamment : importation de certains éléments de style, ou installation sur place d'un artisan syrien ? Le mystère demeure...

                                        Hormis celle du Dieu Océan, nous avons pu admirer trois mosaïques en particulier :

  • La mosaïque des "Athlètes vainqueurs" : des athlètes (lutteurs, pugiliste, coureur, etc) récompensés par des palmes sont représentés autour d'Hercule tuant le lion de Némée, évocation de la force et du courage. On remarque aussi des masques de théâtre (indice permettant d'imaginer des spectacles à la Grecque, mêlant théâtre et compétition sportive) et, au quatre coins de l’œuvre, l'illustration des quatre saisons.
Mosaïque des Athlètes Vainqueurs.

  • La mosaïque d' "Orphée charmant les animaux" : s'il est surtout célèbre pour sa descente aux Enfers, où il se rend afin d'en ramener sa fiancée Eurydice, Orphée est ici représenté la lyre à la main, en train de chanter pour apaiser les animaux.
Mosaïque d' "Orphée Charmant Les Animaux".

  • La mosaïque du "Châtiment de Lycurgue" : située dans le triclinium d'une riche demeure, elle se démarque pas sa couleur, un vert splendide, et une forte influence tunisienne. Lycurgue, roi de Thrace, avait refusé l'hospitalité à Dionysos et à ses nourrices, et les avait attaqués : la bacchante Ambrosia  sauva sa vie en se métamorphosant en vigne, et le Dieu s'enfuit en sautant dans la mer. Sa vengeance fut terrible : Lycurgue fut frappé de folie et devint aveugle. Ici, ce qui subsiste de la mosaïque montre Bacchus et Pan, festoyant face aux convives, tandis que Lycurgue (au centre) se débat avec la vigne envahissante. Outre la beauté de la réalisation, le choix d'un motif fortement connoté (Lycurgue, homme sauvage et barbare, est puni par la vigne qui, au contraire, symbolise la civilisation au même titre que Bacchus) dénote à nouveau un fort désir de romanisation.
Mosaïque du "Châtiment de Lycurgue" (Détail)


Latrines.
Comme je l'ai dit, nous n'avons vu qu'une infime partie du musée. De même, nous n'avons pas pu profiter des vestiges mis en valeur à l'extérieur du bâtiment : thermes, palestre, villae, ateliers... Toutefois, nous avons eu l'occasion de voir... les latrines jouxtant l'ensemble thermal ! Étrangement, les latrines semblent exercer une fascination certaine sur les archéologues (je pourrais vous raconter comment je me suis retrouvée, un jour, dans les toilettes d'Anne de Bretagne !!!) : si les thermes étaient le lieu de rencontre où se croisaient toutes les classes sociales, les latrines jouaient apparemment le même rôle ! On peut comprendre, cela dit, que les habitants de Vienne s'y soient attardés : murs de marbre, fontaines, bassins, hygiène assurée par l'eau courante... Que de luxe dans ces lieux d'aisance ! Une peinture, en particulier, retient l'attention : juxtaposition de tableaux illustrant les sports de la palestre (l'espace jouxtant les thermes et dédié à l'exercice physique), on y voit des athlètes nus. Seul l'arbitre est habillé, à l’extrémité de la fresque : il indique la sortie vers les bains. Les toilettes du musée actuel sont tout de même moins amusantes (et moins conviviales !), mais il est à noter qu'un effort a été fait quant au panneau indicateur !

Fresque des latrines. (Détail)


Fresque des latrines contemporaines !

                                        Blague à part, ce musée riche et complet jouit d'une belle mise en scène, didactique et vivante. Il ne fait aucun doute que j'y retournerai, afin de découvrir le reste des collections.


PAUSE DÉJEUNER... ET GOURMANDISE LATINE !


                                        Il n'est pas dans mes habitudes de vous raconter ma vie, mais je vais faire une exception pour saluer la propriétaire du salon de thé dans lequel j'ai déjeuné : c'est avec une grande gentillesse qu'elle nous a accueillies, mes camarades et moi, nous offrant un abri bienvenu par une température polaire. J'ai une autre raison, plus pertinente, de vous citer cet établissement : on y vend du chocolat (du  vrai, bon chocolat, "sans lécithine de soja", m'a précisé la dame), et en particulier une reproduction du Temple de Vienne, dédié à Auguste et Livie ! Ou quand la romanité se conjugue avec la gourmandise...

Temple de Livie Et Auguste... en chocolat !

L'EXPOSITION PÉPLUM.


Liz Taylor incarne Cléopâtre.
 L'après-midi était consacrée à l'exposition sur le péplum, dirigée par Claude Aziza, qui nous a fait l'honneur d'une visite guidée et d'une conférence sur le sujet, avec l'érudition et l'humour dont il est coutumier. La manifestation est constituée de deux volets : l'un à Lyon où le péplum illustre les collections du musée, et l'autre à Saint-Romain-En-Gal avec la démarche inverse. Ici, il s'agit de décrypter le péplum, en en révélant les sources d'inspiration et en mettant en lumière les ressorts qui le constitue. Dans le hall d'entrée, le tableau de Lionel Royer, "Vercingétorix Jette Ses Armes Aux Pieds De César" donne le ton : l'imagerie antiquisante, qui nourrit et se nourrit de l'imaginaire et des idées reçues, donne à voir des mythes qui, pour aussi plaisants qu'ils soient, n'en restent pas moins des légendes. Claude Aziza se définissant lui-même comme un destructeur de mythes (je paraphrase, mais l'idée est là), le ton est donné !


© Musée de Saint-Romain-En-Gal.

                                        Mais ce passionné de péplums a œuvré, pour cette exposition, au sein d'une scénographie originale : des salles autonomes se côtoient, sans aucun ordre de visite, afin que le visiteur puissent les parcourir à son rythme et selon son goût. Chacune, par un bref montage de 2 à 3 scènes de films marquants, illustre un aspect propre au péplum et questionne ses origines, son rapport aux sources et aux faits par la présentation d'objets et d'illustrations. Signalons que certaines des séquences montrées sont rarissimes - à l'instar de ce "Néron essayant des poisons sur des esclaves", l'un des deux premiers films antiquisants (G. Hatot - 1897). Mais vous pourrez aussi visionner des passages des diverses versions de "Spartacus" ou des "Derniers Jours De Pompéi", de "Les Dix Commandements", "Samson Et Dalila", "Cléopâtre", "Ben-Hur", "La Vie De Brian", "Les 12 Travaux D'Hercule", "Scipion l'Africain", "La Chute de L'Empire Romain", "Le Forum En Folie", "Salomon Et La Reine De Saba"...

"Néron Essayant Des Poisons Sur Des Esclaves".

                                        Quant aux thèmes abordés, les voici (mais je me mélange peut-être les cnémides car j'étais tellement passionnée que j'en ai oublié de prendre des notes !) :

  • La religion : où l'on montre notamment comment l'intervention divine est représentée dans les péplums, tant pour les monothéismes que les polythéismes - ainsi que les cultes à mystères. 
  • Les super-héros : personnages mythologiques, bibliques, ou d'invention récente (Maciste), ces surhommes à la musculature impressionnante (souvent incarnés par des stars du culturisme) sont en général doté d'une force surnaturelle qui leur permet de surmonter les épreuves auxquelles ils sont confrontés.
  • Les catastrophes : élément indispensable, clou du spectacle voire élément central de certains péplums ("Les Derniers Jours De Pompéi"), la catastrophe peut être naturelle (éruption volcanique, séisme, etc.) ou la manifestation d'une punition divine (Les plaies d’Égypte).
  • Les batailles : encore des scènes spectaculaires, où l'on multiplie les figurants. (Ce n'est pas un péplum mais, pour l'anecdote, mon grand-père a joué un soldat français dans un film sur Napoléon... avant d'interpréter un Prussien, en changeant d'uniforme et en cavalant dans l'autre sens !)
  • Les jeux du cirque : scènes typiques, renvoyant immédiatement le spectateur à l'Antiquité, les jeux du cirque, les combats de gladiateurs et les courses de chars sont immanquablement faites sur le même moule, avec un héros en fâcheuse posture, qui finit par déjouer les pronostics. (Et s'il meurt, c'est après avoir vaincu son adversaire, au terme d'un combat truqué - "La Chute de L'Empire Romain" ou "Gladiator" !) Certaines sont devenues culte : la course de chars de "Ben-Hur", évidemment !
  • Danses, festins et orgies : scènes récurrentes, les trois éléments se mêlant très souvent. Avec une mise en parallèle amusante de la danse des 7 voiles de Salomé (Rita Hayworth dans "Salomé" de W. Dieterle - 1953) et du banquet du "Satyricon" de Fellini (1969).
  • Genres : ce module montre la répartition des rôles et les stéréotypes inhérents aux deux sexes dans le péplum, tant dans leurs oppositions que dans leur interaction.
  • Idéologie : le montage met l'accent sur la façon dont le péplum peut parfois mettre en lumière les questions actuelles, en plaquant sur un sujet en apparence antique une problématique contemporaine. "Scipion L'Africain" (C. Gallone - 1937) illustre ainsi les prétentions coloniales italiennes sur la région éthiopienne en soulignant une prétendue légitimité et portée civilisatrice ; "La Chute De L'Empire Romain" (A. Mann - 1963) traite en creux de la guerre froide.
  • Pastiches et publicité : un genre qui vire si souvent au kitsch ne pouvait manquer d'inspirer les humoristes, qui ne se sont pas privés d'en détourner les codes. La publicité s'en est également emparé, soit qu'elle en fasse le pivot de sa communication, soit qu'elle l'utilise dans le nom des produits. Voire les deux, à l'instar du savon "Cléopatra".
  • Décors monumentaux : souvent spectaculaires mais rarement fidèles à la réalité historique, ils font partie intégrante des péplums.


"Cléopâtre Essayant Des Poisons Sur Des Condamnés A Mort"

                                        Au-delà de ces différentes thématiques, ce sont les origines du péplum qu'éclaire cette exposition : un genre qui s'est inspiré de l'opéra, de la peinture et de la littérature. Si le péplum est l'héritier de l'opéra (on y retrouve souvent des thèmes similaires, des décors grandioses, et l'omniprésence d'une musique soutenant texte et action), un véritable chassé-croisé s'est mis en place entre les deux arts : j'ai ainsi appris que la troupe de la Scala de Milan avait joué dans un des premiers péplums... muet (!), mais on pense aussi à la Callas, interprétant Médée dans le film éponyme de Pasolini.(1969) Quant à la peinture, son influence n'en est pas moins évidente. Elle se manifeste dès les origines du péplum, le "Néron Essayant Du Poison Sur Des Esclaves" (1897) renvoyant au tableau de Cabanel, "Cléopâtre Essayant Des Poisons Sur Des Condamnés A Mort" (1887). De même, les peintres pompiers (Gérôme, Bouguereau, etc.), ou Gustave Moreau dans une moindre mesure, en puisant leurs sujets dans une antiquité fantasmée mais cependant riche en détails, offrent au cinéma balbutiant des sujets tous trouvés. Pour l'anecdote, sur les 81 sujets imposés lors du Prix de Rome entre 1800 et 1881, 78 concernaient des thèmes antiques ou bibliques, largement repris par le péplum. Aujourd'hui encore, certaines oeuvres frappent toujours l'imagination des cinéastes : Ridley Scott ne le confirme-t-il pas, lorsqu'il assure avoir trouvé l'inspiration pour son film "Gladiator" (2000) devant le célèbre "Pollice Verso" de Jean-Léon Gérôme ?


"Pollice Verso".

                                        Cependant, si le péplum emprunte une très grande part de son esthétique à la peinture et à l'opéra, il va surtout se nourrir de littérature. Les mystères médiévaux et la tragédie classique lui offrent des sujets bibliques (dans le premier cas) et païens (dans le second) - bien qu'étrangemment, on observe quelques différences : l'absence des héroïnes se fait ainsi sentir dans le péplum, au contraire des pièces de Racine par exemple (Bérénice, Andromaque, etc.) Dans le roman populaire, le péplum trouve des codes : antagonsime héros / "méchant" ("Ben-Hur"), enfant aux origines familiales obscures qui doit surmonter les épreuves pour lever le mystère sur ses origines et être rétabli dans son droit (Moïse étant le plus célèbre), dynastie de héros ("Le Fils De Spartacus" - S. Corbucci 1962.) etc. La vague du roman historique enfin, initiée par Walter Scott en Angleterre et Chateaubriand en France donne naissance à un genre qui ne cessera de fournir au péplum sa matière première : "Ben-Hur" de Lewis Wallace, "Fabiola" du Cardinal Wiseman, "Quo Vadis" de Sienkiewicz...

Il serait trop long de retracer ici toute l'histoire du péplum, ou d'analyser les influences qui ont conduit à l'apparition de ce genre cinématographique si particulier. Du reste, tel n'est pas le but de cet article. Toutefois, outre mon propre article sur le péplum ici , je ne saurais trop vous recommander deux livres pour approfondir le sujet : "Le Péplum, Un Mauvais Genre" et "Guide De L'Antiquité Imaginaire", tous deux du même Claude Aziza. (Références à la fin de ce billet.)

Sachez enfin, pour conclure, que que Claude Aziza a devancé la question que nous n'aurions pas manqué de lui poser : quels sont les films à voir impérativement ? Sa réponse : "Jason Et Les Argonautes" et "La Chute De L'Empire Romain". Vous savez ce qui vous reste à faire... Quant à visionner ces films avant ou après l'expo de Saint-Romain-En-Gal, je vous laisse le choix !


MUSÉE DE SAINT-ROMAIN-EN-GAL.
R.D 502
69560 Saint-Romain-en-Gal

Tél. : 04 74 53 74 01
Fax. : 04 74 53 74 19
saintromain@rhone.fr 
http://www.musees-gallo-romains.com

Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h. (sauf les 1/01, 1/05, 1/11 et 25/12)
Musée - 4 € (tarif réduit 2,5 €)
Exposition - 3 € (tarif réduit 2 €)
Billet couplé Péplum Lyon / St-Romain-En-Gal - 7 € (tarif réduit 4.50 €)
Gratuit les jeudis et tous les jours pour les moins de 18 ans. 

LIVRES.

"Le Péplum, Un Mauvais Genre" de Claude AZIZA - Éditions Klincksieck : lien ici.
"Guide De L'Antiquité Imaginaire " de Claude AZIZA - Éditions Les Belles Lettres : lien ici.

"LES DÉLICES DU TEMPLE" - PÂTISSIER/ CHOCOLATIER / GLACIER.
23 rue de l’Éperon
38200 Vienne

Tél. : 04 74 85 02 83