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dimanche 1 février 2015

Plebs, saison 2 : Salve, Grumio !


                                        Ceux qui me suivent régulièrement commencent à le savoir : je suis une fana de séries TV et une acharnée de l'Antiquité romaine. A ma grande joie, il arrive que mes deux obsessions convergent, pour le meilleur ou pour le pire. Et justement, le meilleur et le pire se côtoient dans "Plebs", série britannique dont la saison 2 a récemment été diffusée sur ITV2. Je vous avais parlé de la première saison de cet ovni télévisuel (ici), que j'avais beaucoup appréciée en dépit de quelques réserves. Globalement, je porte exactement le même jugement sur la suite des aventures des trois improbables héros : c'est souvent extrêmement drôle, formidablement rythmé, mais ça ne vole pas très haut. Tant pis, il faut savoir assumer ses mauvais goûts...

                                        Revoilà donc Marcus, Stylax et Grumio, toujours égaux à eux-mêmes. Nos trois losers fauchés accumulent les (mauvaises) idées et les stratagèmes (foireux) pour atteindre leurs buts respectifs. A savoir : Marcus cherche toujours à séduire Cynthia, sa jolie voisine un peu nunuche ; Stylax nourrit l'ambition d'intégrer les cercles branchés de l'Urbs et de coucher avec le plus de filles possible ; et leur esclave Grumio ne veut pas en fiche une rame.



Arrête-ton char, Stylax ! (©ITV2.)


                                         Quid novi sub sole ? Pas grand chose. Si Marcus galère lamentablement au fil des épisodes, il va finalement voir ses efforts couronnés de succès - au-delà de ses espérances... Stylax, de son côté, décide de se lancer dans la carrière d'aurige pour crâner devant les filles - même s'il a juste assez d'argent pour se payer la tenue et n'a jamais conduit un char de sa vie ! Enfin, Grumio se retrouve impliqué dans les combines du proprio, poursuivi par la police pour trafic de drogue. En parallèle, de nouvelles mésaventures toujours plus délirantes attendent nos hurluberlus. Et il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ! Marcus achète un nouvel esclave  complètement psychopathe et drague une prostituée sans comprendre que la belle monnaye ses charmes. Stylax cherche désespérément de l'argent pour financer ses cours de conduite, envisageant comme options le chantage ou le sponsoring d'un riche mécène apparemment un peu trop gay... Quant à Grumio, voilà qu'il se découvre la fibre paternelle en ramassant un nouveau-né dans les ordures !

                                        A cela s'ajoutent des personnages secondaires toujours bien allumés : la jolie Cynthia en actrice ratée, le collègue Aurelius sur le point de se marier, Flavia la patronne dévergondée et autoritaire, l'inénarrable proprio aux prises avec les vigiles, l'avocat aux dents longues qui a un compte à régler avec Marcus...

                                        Cette nouvelle saison s'appuie sur les mêmes ressorts comiques que la première, à savoir l'absurde et l'anachronisme. Par exemple, Stylax et Aurelius sont victimes du progrès, respectivement remplacés dans leurs fonctions de déchiqueteur et porteur d'eau par un... braséro et une table ! On parle aussi de tri sélectif (dans quel bac doit-on jeter les bébés qu'on veut abandonner ?), d'immigration et de reconduite à la frontière, et de politique dans un épisode hilarant qui voit nos héros faire la claque pour un candidat aux élections. Même la musique reggae qui rythme les séquences participe au décalage. Et si les plaisanteries scatologiques et les blagues au-dessous de la ceinture sont toujours omniprésentes, certaines séquences sont plus sympathiques bien qu'attendues, comme l'imbroglio amoureux dans lequel se trouve embarqué ce pauvre Marcus.


Stylax, Marcus et Grumio : when in Rome... (©ITV2.)


                                        Malgré tout, je reste ambivalente et ne suis pas entièrement convaincue par cette nouvelle salve d'épisodes. Certes, les acteurs sont toujours formidables dans la caricature comique, mais la première partie donne l'impression que les auteurs tournent en rond, peinant à se renouveler et privilégiant la vulgarité aux réparties amusantes et aux jeux de mots plus subtils. De ce point de vue, les deux premiers épisodes sont tellement catastrophiques que j'ai failli laisser mes Romains en plan ! J'ai persévéré pour l'amour de Rome - et parce que la série ne comporte que 6 épisodes - et je ne le regrette pas. Car en dépit de cette introduction laborieuse, "Plebs" finit par retrouver son rythme et elle devient plus structurée, développant un aspect feuilletonnant conduit en parallèle des intrigues conclues à chaque épisode. Ce qui est d'autant plus intéressant que la conclusion, avec un mini-cliffhanger, est assez prometteuse pour la suite.

                                        En résumé, cette deuxième saison  ne dépare pas de la première, dont elle accentue tous les bons et les mauvais côtés. Quelques excellents épisodes et des gags percutants, des situations vraiment amusantes et des répliques qui font mouche assurent au téléspectateur de passer un bon moment. On n'est pas chez les Monty Pythons, on en est même loin, mais on rit franchement et on prend du plaisir. "Plebs" fait le job. Ni plus, ni moins - mais c'est déjà pas mal.


"Plebs" saison 2, diffusée sur ITV2. 
Pas de diffusion prévue en France à ma connaissance, ni de sortie DVD (mais la saison 1 était disponible chez Amazon.). La bande annonce est visible sur Youtube et les épisodes facilement trouvables. (Je dis ça, je ne dis rien...)

mercredi 2 avril 2014

50 Signes Qui Montrent Que Vous Etes Accro A La Rome Antique.

                                        Au lendemain du 1er Avril, il n'est plus temps de faire des plaisanteries. Tant pis ! Au lieu d'une farce idiote et retardataire, je vous propose un petit article qui, je l'espère, vous fera sourire. Voilà un moment que j'avais envie de dresser une liste assez particulière : vous allez comprendre. Je me définis souvent comme une passionnée d'Antiquité romaine, mais certains de mes proches ont récemment sous-entendu que le terme d' ''obsédée" conviendrait mieux. J'aurais bien voulu considérer la remarque avec dédain mais l'honnêteté intellectuelle m'obligeant à examiner la question, il s'avère qu'ils n'ont peut-être pas tout à fait tort... Je me rassure en me disant que je ne suis certainement pas la seule dans ce cas et, pour y voir plus clair, voici une liste - non exhaustive - de 50 signes qui peuvent laisser penser que vous êtes, vous aussi, dangereusement obsédé (donc) par la Rome Antique.

1) Vous avez un nom romain, et certaines personnes ne vous connaissent que sous cette identité. Et vous vous habillez régulièrement en toge ou stola (que ce soit pour des reconstitutions ou une fête costumée), en vous préparant avec plus de soin que pour un premier rencard.

2) Vous sursautez dès que le mot "César" est prononcé. Même dans une conversation sur le cinéma ou sur la nourriture pour chiens.

3) Vous n'aimez pas Astérix - ce petit gaulois teigneux mal embouché qui ridiculise les Romains. En fait, vous espérez secrètement qu'un jour, il va se pendre une tannée.

4) Vous émaillez souvent vos propos de citations latines (En V.O., évidemment.). On ne parle pas des classiques "Carpe diem" ou "O tempora, o mores", mais de trucs du genre : "Amicus certus in re incerta cernitur."

5) Regarder un péplum avec vous est un cauchemar : exaspéré et levant les yeux au ciel, vous relevez tous les anachronismes et toutes les erreurs historiques - jusqu'à ce que vos proches vous supplient de la fermer. 

6) Vous envisagez de prénommer votre fils (ou votre chien...) Tibère, Titus, Néron, Théodose, Constantin... N'importe quel nom d'Empereur romain - hormis Vespasien, faut quand même pas déconner.

7) Vous parlez couramment Latin. Ou vous avez (re)commencé à l'apprendre.

"Je commence vraiment à m'impliquer dans ce cours d'histoire romaine..." (via Fotosearch)


8) Votre appartement ou votre chambre est digne d'un petit musée archéologique : statues, tessons antiques, pièces de monnaie, reproductions... Vous devriez peut-être faire payer l'entrée.

9) Vous possédez une lampe à huile. Que vous allumez régulièrement : c'est quand même plus sympa qu'une simple bougie, non ?

10) Il y a plus d'images de statues romaines sur votre ordinateur que de photos de votre propre famille.

11) Vous rêvez régulièrement de personnages de la Rome antique. Et comme vous parlez en dormant, votre moitié vous a déjà demandé qui était cet Hadrien / cette Claudia.

12) Personne n'ose plus vous interroger sur l'Antiquité romaine : vous vous embarquez dans des exposés tellement détaillés qu'une fois que vous avez répondu, on a oublié la question qu'on a posée.

13) Vous n'aimez pas la B.D. - sauf "Murena", "Les Aigles de Rome", "Cassius"... Ni les séries TV - sauf "Rome", "Spartacus", "Empire"...

14) Si on enlève les péplums de votre collection de DVDs, il vous en reste 8. Et vous possédez même quelques pornos dont l'action se déroule dans l'Antiquité.

15) Vous pensez que la folie de Caligula est très exagérée, et que Messaline n'était pas une nymphomane.

16) Vous avez frappé la dernière personne qui a prétendu que Jules César était Empereur. Et vous avez recommencé quand elle a affirmé que Néron avait brûlé Rome.

17) Rome, pour vous, c'est le Colisée, les Thermes de Caracalla, l'Arc de Constantin, le Circus Maximus... Quoi, le Vatican, la Fontaine de Trévi, la Chapelle Sixtine ?!! Au passage, vous avez pleuré la première fois que vous avez traversé le Forum.

18) Vous croyez AUX Dieux. Vous envisagez même d'installer prochainement votre propre laraire dans votre salon.

19) Votre rêve, c'est de vous faire construire une vraie domus, avec atrium, compluvium, triclinium, péristyle, etc. (Mais avec l'électricité et tout le confort moderne.)

20) Quand vous déménagez, 35 cartons sont estampillés "Rome". Et 5 autres regroupent tout le reste.

21) Un jour, vous avez confondu les deux frères Gracques : vous ne vous en êtes toujours pas remis.

22) Vous cuisinez régulièrement des recettes tirées du livre d'Apicius, et vous organisez chez vous des banquets romains où les convives sont invités à manger allongés.

Un dîner chez vous, à la bonne franquette...


23) Vous célébrez l'anniversaire de votre personnage romain préféré - avec un gâteau et une vraie fête.

24) Vous avez lu "Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain" d'Edward Gibbons, pour le fun. Et vous ne trouvez pas que "La Guerre des Gaules" soit si ennuyeux que ça.

25) Avec vous, un trajet de deux heures en voiture se termine immanquablement par un périple de 3 jours, à la découverte de tous les sites antiques de la région.

26) Sir Alma-Tadema est l'un de vos peintres préférés.

27) Vous vous demandez souvent quelles leçons tireront les archéologues du futur, en mettant au jour les vestiges que vous laisserez derrière vous. (Flacon de gel douche, télécommande, bol de petit déjeuner...)

28) La question : "Selon vous, qui a été le meilleur Empereur romain ?" vous semble être une bonne entrée en matière pour aborder un inconnu.

29) Quand vous entrez dans une librairie pour acheter un livre quelconque, vous ressortez avec 3 autres bouquins sur l'Antiquité. D'accord, vous avez déjà lu 15 biographies de Jules César, mais vous ne voyez pas pourquoi vous n'en liriez pas une seizième.

30) Vos héros sont tous morts depuis environ 2000 ans.

31) Vous dites "Antoine et Cléo" comme si c'était de vieux potes, et vous êtes surpris que vos interlocuteurs ne comprennent pas que vous parlez de Marc Antoine et Cléopâtre.

32) Vous avez passé 8 heures à visiter le Louvre : 7h30 dans les galeries dédiées à la sculpture antique et à Rome, et 30 minutes dans le reste du musée.

33) Une conférence donnée par un historien vous excite plus qu'une journée à Disneyland Paris.

34) Vous avez déjà rompu parce que votre petit(e) ami(e) était jaloux(se) de Tibère ou de Sylla. (Ou d'Agrippine ou de Sabine).

35) Le 15 Mars est un jour particulier pour vous. C'est limite si vous ne portez pas le deuil (ou  vous ouvrez une bouteille de champagne, si vous êtes Républicain.)

"La Mort de César" (Tableau de Friedrich Heinrich Füger.)


36) Pendant les fêtes de fin d'année, vous rappelez à qui veut l'entendre qu'au départ, c'était une FÊTE ROMAINE !!!! On devrait d'ailleurs relancer la célébration des Saturnales.

37) Un jour, vous avez tourné de l’œil en dénichant une statuette de l'Empereur Claude dans une brocante.

38) Vous possédez une collection impressionnante de livres sur l'Antiquité, y compris des livres pour enfants. (Voire pour enfants de 3 ans.)

39) Pour vous, rencontrer Joël Schmidt ou Claude Aziza, c'est comme rencontrer Mick Jagger pour les gens normaux.

Conférence de Claude Aziza.


40) Vous signez vos e-mails par la formule "Salvete".

41) Dans votre MP3, on trouve entre autres : "Au Temps Des Romains" d'Eddy Mitchell, "Hail Caesar" de AC/DC et "Coriolanus" de Blyth Power.

42) Sur Facebook, vous êtes ami avec des tas de gens dont le pseudo se termine par "-us".

43) Réciter la liste des Empereurs romains par ordre chronologique ne vous fait pas peur. Pas ordre alphabétique non plus.

44) Vous vous êtes déjà demandé comment réagiraient les Romains devant des inventions modernes comme le cinéma, internet ou le marteau-piqueur. Est-ce que Caligula aurait écouté Metallica ? En tous cas, vous savez pertinemment que Caton l'Ancien aurait désapprouvé le rap.

45) Vos amis savent toujours quoi vous offrir pour votre anniversaire : quelque chose en lien avec la Rome antique. 

46) Quand on vous demande qui sont vos écrivains préférés, vous citez Virgile, Ovide et Lucrèce.

47) On vous a déjà offert un modèle réduit de char romain, ou tout autre jouet pour enfant en rapport avec l'Antiquité : vous étiez ravi et vous avez passé l'après-midi à vous amuser avec.

Jules César en légo : j'en veux un !!

48) Vous tenez régulièrement des conférences improvisées sur les marches de la Maison Carrée, devant des touristes ébahis - qui vous avaient simplement demandé leur chemin...

49) Quand vous êtes sur Google, la recherche intuitive vous suggère immanquablement des trucs en rapports avec l'antiquité romaine. Exemple : vous commencez à taper "Horaires d'ouverture coiffeur" et Google vous propose "Horace Tibulle Properce".

50) Rien de ce qui précède ne vous paraît extravagant.


                                        J'aurais pu continuer longtemps, mais je pense que ces quelques propositions sont déjà suffisamment édifiantes. Je précise que je ne remplis pas toutes les conditions suscitées (seulement une bonne partie) et que je vous encourage vivement à ajouter vos propres suggestions en commentaire. Je ne doute pas un seul instant que certains d'entre vous se reconnaîtront...

mercredi 12 mars 2014

César Dans Les Séries TV : 5 Références Inattendues.


                                        Vendredi prochain, nous serons le 14 Mars. Cette date ne vous évoque peut-être rien mais moi, obsédée comme je le suis, je songe immédiatement aux fameuses Ides de Mars. Et oui, c'est bien le 14 Mars 44 avant J.C. que Jules César a été poignardé par Brutus, Cassius et toute la clique, et je ne peux pas m'empêcher d'y penser...  Alors, pour commémorer cet évènement, j'ai cherché une idée originale et si possible amusante. Parce que d'accord, c'est très triste (surtout pour César), mais on ne va quand même pas se couvrir la tête de cendres ou pleurer des larmes de sang. Au lieu d'une biographie de César ou d'un exposé sur les motivations de Brutus, j'ai décidé de concilier deux de mes marottes : les séries TV et l'Antiquité romaine.

                                        Pour se faire, je vous propose un petit top 5 des références à Jules César sur le petit écran. Et cette fois, on ne parlera pas de "Rome" ! Si cette série met effectivement en scène notre Imperator, retranscrivant même assez fidèlement sa mort telle que la rapporte Suétone, je pars du principe que vous n'avez pas besoin de moi pour vous y reporter. En revanche, les allusions ou représentations que j'ai choisies sont plus saugrenues et donc assez inattendues...

5.) BUFFY CONTRE LES VAMPIRES.


                                        Ma grand-mère disait toujours qu'un moment de honte était vite passé. J'espère qu'elle avait raison puisque, je le confesse, j'ai été une grande fan de "Buffy Contre Les Vampires". A quoi pense-t-on quand on a 15 ans ?!! En tous cas, cette série mémorable m'est immédiatement venue en tête en préparant cet article, puisque contre toute attente, Jules César y est évoqué à deux reprises. Tout d'abord dans l'épisode "Le Démon d'Halloween" (Saison 4 Épisode 4) : Willow,  passionnée de sorcellerie, ne se sent pas soutenue par Oz, son petit ami, qui lui fait part de ses inquiétudes : un sort, ça peut toujours mal tourner. "C'est ça, Brutus.", rétorque-t-elle avec ironie. Devant l'air interrogatif de ses amis qui n'ont visiblement pas saisi l'allusion, elle tente de se faire comprendre, tout en mimant un coup de poignard avec une banane : "Brutus… euh… César ? La trahison… l'ami fidèle ? Mais qui poignarde ?"


L'équipe de "Buffy Contre Les Vampires". (Ou le Scooby-gang, pour les fans...)



                                        Deuxième référence - ma préférée - dans l'épisode 8 de cette même saison 4, "L'Esprit Vengeur." Buffy tente d'organiser le repas de Thanksgiving, mais son projet est quelque peu contrarié par l'esprit d'un Indien revenu d'entre les morts pour venger son peuple et massacrer les descendants des Colons. Inévitablement, cette vendetta paranormale provoque un vif débat entre les personnages : doit-on tuer la créature maléfique, puisque sa colère paraît finalement légitime ? Le vampire Spike donne son opinion, en se référant aux paroles prononcées par César après sa victoire sur Pharnace (voir ici) :
"Vous avez gagné, d'accord ? Vous êtes venus, vous avez tué ces hommes et volé leurs terres. C'est ce que font toutes les nations conquérantes. C'est ce que César a fait, et il n'a pas dit : 'Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu et je me sens très coupable.' L'histoire n'est pas faite de peuples qui fraternisent. Vous aviez les meilleures armes, vous les avez massacrés et ils ont perdu. Terminé.”
Un point de vue que n'auraient pas renié les Romains...


4.) JOHNNY BRAVO.


                                        On élève le débat avec un dessin animé, de la série des "Johnny Bravo". Pour ceux qui l'ignorerait, ce personnage de la franchise Cartoon Network est un playboy bodybuildé, quelque part entre James Dean, Fonzie et Elvis Presley. Sempiternellement coiffé de sa banane blonde de rocker des années 50, il est aussi naïf que vaniteux et il passe son temps à courir après les filles - évidemment sans succès, sinon ça ne serait pas drôle. Les demoiselles ne sont pas intéressées, ou le rendez-vous foire lamentablement (toujours pour des raisons délirantes).


A vous de trouver qui est César, et qui est Johnny Bravo...

                                        Dans l'épisode intitulé "Quo Dofuus ?", Johnny Bravo emprunte accidentellement une porte spatio-temporelle (si, ça peut arriver) et se retrouve projeté dans la Rome de l'Antiquité, qu'il prend pour l'Amérique précolombienne. Sauvant involontairement la vie de l'Empereur (sic) Jules César que Brutus menaçait avec une sorte de râpe à fromage (!!), il est convié à un banquet, où il ne trouve rien de mieux à faire que de draguer lourdement la jeune et jolie épouse de son hôte. Furieux, celui-ci le condamne à affronter un lion dans l'arène - mais le Vésuve entre en éruption, et Johnny parvient à retraverser l'espace-temps pour regagner son époque. On ignore comment il a fait, lui aussi du reste, mais on n'est plus à ça près : entre Jules César Empereur, le pollice verso dans l'arène, Spartacus qui passait par-là et le Vésuve qui détruit Rome un siècle avant Pompéi, on avait bien compris que l'exactitude et la vraisemblance ne faisaient pas partie du cahier des charges des scénaristes !


3.) THE COSBY SHOW.


                                        Une série qui a bercé mon enfance, et qui relate la vie quotidienne de la famille afro-américaine des Huxtable. Cet épisode s'appelle "Shakespeare", et vous aurez deviné qu'il renvoie directement à la pièce que le dramaturge anglais a consacrée à Jules César. Justement, le fils Théo et son camarade Cockroach doivent la lire pour leur cours de littérature, et ils sont loin d'être enthousiastes : le texte leur tombe des mains. Mais tout change lorsque leur père et deux de ses amis se lancent dans une interprétation improvisée de la pièce.


Cockroach et Théo interprétant Shakespeare.

                                        Les deux garçons commencent à comprendre de quoi parle ce bon vieux Shakespeare, et trouvent même que ce n'est pas si mal... Mais le style est quand même un peu poussiéreux. Qu'à cela ne tienne : les jeunes étudiants décident de réécrire le discours que tient Marc Antoine sur le forum lors des funérailles de César... en version rap ! En soi, ça ne paraît pas extraordinaire, si ce n'est que le texte vaut le détour car il reste fidèle à l'esprit de la tirade de Shakespeare, y compris dans sa construction : le "Brutus est cool", rejeté en fin de vers comme le "Brutus est un homme honorable" auquel il se substitue, provoque la même mise en exergue de la loyauté, a priori paradoxale, de Brutus. Astucieux, complètement inattendu et plutôt drôle. A voir sur Youtube (en tapant "Cosby Show" "Rap" "Shakespeare").


2.) SPARTACUS : LA GUERRE DES DAMNÉS.


                                        Allez, on redevient sérieux cinq minutes, le temps d'évoquer l'ultime saison de la série "Spartacus", produite par la chaîne Starz - et si possible sans trop en dévoiler, au cas où vous ne l'auriez pas encore vue. Comme le titre l'indique, la série suit le célèbre Spartacus, gladiateur à Capoue, qui prend la tête d'une révolte de... gladiateurs. Après avoir massacré tout ce que leur ludus comptait de romain, les combattants parcourent l'Italie qu'ils mettent à feu et à sang, formant petit à petit une armée d'esclaves bien décidés à briser leurs chaînes et à se venger de Rome. Cette troisième saison est centrée sur l'affrontement qui oppose les rebelles à l'armée romaine, emmenée par Crassus. Mais on retrouve aux côtés de celui-ci un jeune soldat prometteur, qui n'est autre que Jules César...

                                        Réglons tout de suite la question historique : César a-t-il été impliqué dans cette guerre servile ? En fait, personne n'en sait rien. Disons que c'est improbable (puisqu'il n'en est jamais fait mention) mais pas impossible; rien ne permet de l'affirmer, mais rien ne permet de l'infirmer non plus puisque les historiographes ne sont guère précis quant aux premières années de la vie de César. Du coup, on peut tout imaginer, et les scénaristes de "Spartacus" se sont engouffrés dans la brèche et ont joué sur les zones d'ombre de la biographie de notre héros.



Jules César, version "Spartacus".
Ici, Jules César (interprété par Todd Lasance) est un jeune homme qui ressemble plus à Kurt Cobain qu'à un Romain. Revenu victorieux de plusieurs campagnes, il rallie Crassus, chargé d'écraser la révolte des gladiateurs. D'abord infiltré au sein des rebelles, César rejoint ensuite l'armée proprement dite mais il est sous les ordres du fils de Crassus, Tiberius, ce qui exacerbe la rivalité entre les deux hommes qui se détestent ouvertement. Je suppose que vous ne serez pas surpris d'apprendre que Spartacus et ses hommes sont vaincus à la fin - mais très franchement, l'issue de la guerre telle qu'elle est montrée n'est pas ce qui m'a le plus passionnée.

 
Ce qui est intéressant en revanche, c'est qu'on nous présente un César d'une vingtaine d'années, chose rare dans les fictions où l'on préfère souvent se concentrer sur la période suivant immédiatement la Guerre des Gaules pour montrer son accession au pouvoir et son assassinat. Le César de "Spartacus" est sans conteste l'un des personnages les plus complexes de la série, et l'un des plus aboutis sur le plan psychologique. Chien fou au sang chaud, violent et arrogant, il se révèle progressivement fin stratège et beaucoup plus calculateur que ses premières apparitions le laissaient présager. Il a de l'esprit et du charisme, et on découvre vite que son goût immodéré pour le vin et les femmes n'a d'égal que son ambition sans borne. Pourtant, il est aussi moins caricatural que les autres Romains dans le sens où il fait parfois preuve d'empathie et apparaît comme un ennemi loyal face à Spartacus et ses acolytes. Le portrait est en tous cas crédible, même si la série ne se dépare pas de sa marque de fabrique : l'outrance et la provocation facile sont toujours omniprésentes et, à mon avis, nuisent à la cohérence de l'ensemble. Je pense en particulier à une certaine scène qui voit Tiberius violer César, ce qui n'apporte rien à l'histoire, hormis une séquence racoleuse de plus.  C'est le problème de cette série, qui ne parvient pas à exploiter un sujet en or et se contente souvent de jouer sur le sexe et la violence.

                                        Cela dit, l'hostilité qui règne entre César et Tiberius pourrait être mieux exploitée, car elle évoque presque une rivalité fraternelle en ce qu'elle s'inscrit dans le cadre de la relation unissant les deux hommes à Crassus. Entre César et Crassus, le respect et l'admiration mutuelles font penser à des rapports père-fils. La série spécule d'ailleurs sur les liens précoces qui unissent les deux hommes, et surtout sur leur développement ultérieur puisque l'ultime épisode se conclue sur les prémices d'une alliance contre un Pompée qui s'attribue le mérite de la victoire finale contre les gladiateurs. C'est très intelligent et pertinent, et cela permet en outre à la série d'aborder l'aspect politique qui a sous-tendu cette guerre. Dommage que cela arrive si tardivement ! Jetez quand même un œil à cette dernière saison très musclée qui, sans être un chef d’œuvre, conclut habilement une série assez inégale. Et tâchez d'oublier le côté "surfeur californien" de notre jeune César !



1.) MA SORCIÈRE BIEN-AIMÉE.


                                        Et on termine avec du grand, du très grand n'importe-quoi ! Vous connaissez forcément "Ma Sorcière Bien-Aimée" : Samantha la gentille sorcière, qui frétille délicatement du nez pour lancer des sorts ; son benêt de mari Jean-Pierre ; Pandora la belle-mère imbuvable ; la petite Tabatha... Et César, donc, qui apparaît dans un épisode (Saison 6 Épisode 3) intitulé "La Salade César". Le titre donne une bonne idée du pitch : Samantha demande à Esmeralda, la bonne-qui-est-aussi-une-sorcière, de préparer une salade César pour le dîner. Aussitôt dit, aussitôt fait : la domestique s'exécute en ayant recours à la magie... et au lieu d'une salade, elle invoque Jules César himself, qui débarque dans la cuisine en toge, sandales et couronne de laurier sur la tête ! Le problème, c'est que Jean-Pierre doit justement recevoir ce soir-là son patron, accompagné d'une cliente venue discuter d'une campagne publicitaire destinée à lancer une marque de produits de beauté. Et César, qui se plaît beaucoup au XXème siècle - même s'il est un peu choqué de découvrir que les livres d'Histoire le qualifie de "dictateur" -, ne semble pas pressé de repartir.



Samantha, Jules et Cléo...

                                        Pour l'en convaincre, Samantha fait alors apparaître Cléopâtre (plus on est de fous...), qui arrive sur une litière portée par six esclaves nubiens. Le remue-ménage qui s'ensuit attire dans la cuisine la fameuse cliente, qui s'enthousiasme pour l'idée de Jean-Pierre : les grandes romances de l'Histoire, voilà qui illustrera à la perfection les publicités ! César, tout guilleret, repart pour Rome avec Cléo.    

                                        Je vous l'avais bien dit, cet épisode est d'une excentricité totale ! Venant de "Ma Sorcière Bien-Aimée", vous deviez quand même vous en douter... Encore une fois, l'exactitude historique n'était pas le souci premier des scénaristes, qui accumulent les clichés et les erreurs grossières. Mais l'ensemble reste amusant, comme lorsque César découvre l'existence des taxis ("des sortes de chars, mais sans chevaux...") ou qu'il s'écrit, parcourant un manuel d'Histoire et découvrant son assassinat par Brutus et Cassius : "Quoi ?! Toi aussi, Cassius ?!". J'ai gardé pour la fin le détail qui tue : l'accent italien de César, ambiance Luigi le pizzaiolo !!! J'ai failli m'en étouffer de rire - mais je suis bon public...

 
                                        La figure de César étant immédiatement identifiable par le grand public, bien d'autres séries TV l'ont utilisée. Certaines ont fait de César un personnage récurrent ("Xena La Guerrière", par exemple) quand d'autres ont multiplié les allusions ("A La Maison Blanche", "The Big Bang Theory", "NCIS", etc.) En règle générale, le personnage de César est un concentré de clichés erronés - un Empereur italien régnant en dictateur au sens moderne du terme, assassiné par son fils Brutus. De quoi provoquer une douzaine de crises cardiaques chez les ayatollahs de l'exactitude historique ! Mais dès lors que vous êtes conscients des libertés prises par les auteurs, quelle importance ? Je dirai même que ça n'en est que plus cocasse, d'autant qu'après tout, Jules César acceptait volontiers de rire de lui-même. Quoi que, en l’occurrence, je suppose qu'il aurait préféré un hommage un petit peu plus solennel...

dimanche 2 février 2014

TV / Film : "Plebs", ou le forum en folie.

                                        Je ne connais pas un seul fana d'Antiquité romaine qui ne soit pas tombé en extase devant la série "Rome" de HBO. Régulièrement citée en exemple par les historiens, encensée par la critique, plébiscitée par le public, elle ne compte malheureusement que deux saisons - en raison de son coût prohibitif et de la destruction d'une grande partie des décors au cours d'un incendie. Si "Rome" est véritablement excellente, elle n'est pas la seule série TV consacrée à... Rome (comme quoi, le titre était bien trouvé) : l'avaient précédée la génialissime "Moi Claude, Empereur", "Empire", une mini-série intitulée "Massada" (fantastique elle aussi), et Spartacus a ensuite pris la tête d'une révolte de gladiateurs pendant 4 saisons sur la chaîne Starz. Au milieu de toutes ces séries dramatiques, plus ou moins fidèles à la réalité historique, il y en a une qui dénote complètement : produite et diffusée par ITV, "Plebs" est un délire comme seuls les britanniques peuvent en inventer, un péplum à 3 sesterces absurde, débile... et complètement réjouissant !



Stylax, Marcus et Grumio. (©ITV)


                                        Marcus et Stylax partagent un appartement, en compagnie de Grumio, l'esclave de Marcus. Les deux jeunes Romains travaillent respectivement comme copieur et déchiqueteur dans un bureau, sous les ordres d'une patronne snob et condescendante. Stylax n'a que deux ambitions dans la vie : s'inviter dans les soirées de la haute société romaine, et accumuler les aventures sexuelles. Marcus, plus réservé, cherche à séduire la nouvelle voisine, une jeune et jolie Bretonne du nom de Cynthia, fraîchement débarquée de sa province natale. Comme de bien entendu, Stylax accumule les mésaventures (et les MST) en cherchant à s'inviter dans des orgies ou des fêtes huppées, et entraîne son compère dans les pires galères. Il faut dire que nos deux amis sont quand même deux benêts systématiquement à côté de leurs sandales...

                                        Marcus, l'amoureux maladroit et contrarié d'un côté ; Stylax l'obsédé sexuel qui saute sur tout ce qui porte stola de l'autre : ces deux garçons sont aussi affligeants qu'attachants. Stylax malgré ses obsessions flippantes et Marcus avec ses sarcasmes sont deux ahuris pathétiques, mais vraiment sympathiques. Au milieu, l'esclave Grumio, personnage impayable avec une bonne tête d'abruti (remarquable Ryan Sampson), mais plus rusé qu'on pourrait le croire. En arrière-plan, les personnages secondaires sont tout aussi barrés : Metella, l'esclave revêche de Cynthia ; le propriétaire cynique et sans scrupule ;  le prêtre de Cybèle à la recherche de nouvelles recrues ; ou encore mon préféré, le porteur d'eau, tête de turc des deux héros.

                                        La série n'a clairement pas la même ambition que "Rome", et encore moins le même budget ! Tournée dans cinq ou six décors au maximum, c'est en fait un péplum-sitcom, qui reprend les codes du genre mais adapte l'Antiquité à la sauce humour british, tendance trash. Le sexe y est omniprésent - pas de scènes de nu mais des propos explicites et sur des thèmes aussi variés que l'inceste, l'homosexualité, la zoophilie ou même la nécrophilie - et les vannes sont parfois très lourdes, voire même scatologiques. C'est là ma seule réserve. Adeptes de la finesse et du bon goût, passez votre chemin !



Cynthia, Metella et Marcus. (©ITV)


                                        Quoi que : comme le laisse entendre le reggae qui sert de bande-originale (!!), la série joue aussi et surtout sur les anachronismes, et elle transpose des problèmes actuels au quotidien de deux jeunes losers romains. Le porteur d'eau joue par exemple les bénévoles dans un foyer de SDF pendant les Saturnales, les combats de gladiateurs prennent des allures de match de foot, les relations extra-conjugales font jaser au bureau, et les vases antiques aux décors érotiques sont les magazines porno de l'époque. Mais la grande obsession de nos jeunes amis, ce sont bien sûr les filles et, à ce titre, leurs interrogations existentielles valent le détour : peut-on inviter une fille à une orgie dès le premier rencard ? L'inceste est-il hype ou déplacé ? Que faire quand la fille qui vous plaît sort avec un prestigieux gladiateur ? C'est ce mélange de décalage et d'absurde (la découverte de la banane, c'est juste du grand n'importe quoi !), auquel s'ajoutent des dialogues pas toujours très fins mais souvent hilarants, qui fait tout le sel de cette série foutraque, qui n'est pas sans évoquer les Monty Pythons ou Mel Brooks.

                                        En conclusion, voilà donc une série pas toujours subtile, mais originale, amusante et dynamique. Navigant sans cesse entre blagues vulgaires et décalages temporels plus fins, les 6 épisodes de 22 minutes provoquent immanquablement le rire - parce que c'est complètement con ! Une comédie efficace et complètement inattendue - en espérant que la saison 2 soit aussi déjantée...


PLEBS : http://www.itvmedia.co.uk/plebs
Inédit en France mais disponible en DVD - Zone 2 (Import) - notamment sur Amazon.fr

Bande-annonce : 



dimanche 4 novembre 2012

Qu'est-ce qui fait rire les Romains ? Bonnes blagues antiques.

La maîtresse demande à Toto : "Quand Rome a-t-elle été construite ?
- La nuit, madame !
- Ah bon ?! Et pourquoi ?
- Parce que Rome ne s'est pas faite en un jour !"

O.K., je sors...

                                        Bon, je vous l'accorde : ce n'est pas franchement hilarant. Mais comment voulez-vous rigoler avec l'Histoire romaine ?! Entre ses guerres, ses proscriptions, ses meurtres, ses empereurs psychopathes, ses massacres de chrétiens, ses gladiateurs qui s'entretuent : avouez qu'il y a mieux, pour se fendre la pêche ! Pourtant, les Romains n'étaient pas les derniers pour la gaudriole. Qu'on songe au théâtre de Plaute, aux épigrammes de Martial ou encore aux satires d'Horace : ils suffiront à se convaincre que les Romains avaient le sens de l'humour. Mais nous sommes ici dans le domaine de la littérature. Qu'en était-il de la vie quotidienne ? Qu'est-ce qui faisait rire les Romains ?

Ce que les Romains ont fait pour nous : "Oui, Albert, des scénarios pour des séries TV. Autre chose ?"

                                       Dans ma bibliothèque, il y a un petit livre, intitulé "Philogelos" - soit "celui qui aime le rire". On doit sa découverte à la chercheuse britannique Mary Beard. Rédigé en Grec et datant du IIème ou IIIème siècle, l'ouvrage est pourtant Romain, et il rassemble... des blagues ! 260 histoires drôles, pour être exacte. Et ce qui frappe immédiatement, c'est que la plupart de ces plaisanteries fonctionnent encore aujourd'hui, et que le ressort comique sur lequel elles reposent n'est pas si éloigné de celui qui sous-tend celles que l'on se raconte aujourd'hui. Mieux : nombreuses sont les histoires drôles que l'on retrouve de nos jours, sous une forme quasiment identique ! Seuls changent les protagonistes.  Si près de la moitié de ces histoires raillent les intellectuels, les autres cibles ne manquent pas : les professeurs, les médecins, les philosophes, les avares, les barbiers, les Thraces de la cité d'Abdera, de Kyme ou de Sidon (Pourquoi les habitants de ces villes sont-ils l'objet de moqueries ? Mystère... Mais ils sont l'équivalent de nos Belges.) : tous font les frais de ces plaisanteries, dont l'humour réside dans les stéréotypes, le décalage, l'absurde...

                                        A ce stade, vous voulez certainement des exemples ?! Soit, allons-y ! En voici quelques-unes en rafale, parmi les plus drôles :

  • Un intellectuel se met un bandage au pied, après avoir fait un rêve dans lequel il marchait sur un clou. Un ami intellectuel en apprenant la raison s'écrie : "Pas étonnant qu'on nous traite d'imbéciles ! Quelle idée, aussi, de dormir pieds  nus !"

  • Un homme achète un esclave, qui meurt peu de temps après. Il retourne voir le marchand pour se plaindre : "L'esclave que tu m'as vendu hier, et bien il est mort !". Et le vendeur de s'écrier : "Bin ça alors ! Quand il était chez moi, il ne m'a jamais fait ça !"

  • C’est un intellectuel qui est à court d'argent et qui vend ses livres. Il écrit alors à son père : "J'ai une bonne nouvelles : je commence à vendre des livres !"

  • Deux trouillards se cachent, l'un dans un puits et l'autre dans une mare. Des soldats viennent à passer et font descendre un casque pour puiser de l'eau : le premier croit que c’est un soldat qui descend, se met à supplier qu'on l'épargne, et il se fait prendre. Les soldats lui disent que, s'il n'avait rien dit, ils auraient continué leur chemin sans rien remarquer. Alors, celui qui est caché dans la mare s'écrie : "Si c'est comme ça, continuez sans me remarquer ! Moi, je ne dis rien..."
"C'est une lettre de Romulus et Remus qui me remercient de les avoir nourris... Est-ce que ce n'est pas mignon ?"



  • Un Abdéritain aperçoit un eunuque en grande discussion avec une femme. Il demande à son voisin s'il s'agit de son épouse. Comme l'autre lui fait remarquer qu'un eunuque ne peut pas avoir de femme, l'autre réfléchit un instant : "C'est peut-être sa fille, alors ?"                              
  •  Un médecin soigne un homme qui souffre des yeux. Tandis qu'il lui applique un onguent sur les yeux, il en profite pour lui voler sa lampe. Le croisant quelques temps plus tard, il l'interpelle : "Comment vont vos yeux?" Et l'autre répond : "Mieux, mais depuis que vous m'avez soigné, je ne vois plus la lampe."
  • Un homme va voir un de ses amis. Une fois devant la maison, il l'appelle par son nom. Un voisin lui dit : "Crie plus fort si tu veux qu'il t'entende." Et l'homme se met alors à crier : "Ohé ! Plus fort !"
  •  Un instituteur demande à sa classe : "Comment appelait-on la mère de Priam ?" Et l'un des élèves, qui n'en sait rien, répond : "Nous en tous cas, par respect, on dit Madame."


Celle-là, je crois que c'est ma préférée ! Et pour finir, voici la favorite de Mary Beard :

  • Un coiffeur, un chauve et un professeur idiot voyagent ensemble. Alors qu'ils s'installent et prennent chacun leur tour de garde pour la nuit, le coiffeur qui s'ennuie décide de raser la tête de notre professeur. Celui-ci se réveille, et tâte son crâne soudain glabre : "Quel idiot ce coiffeur", s'écrit-il, "il a réveillé le chauve au lieu de m'éveiller moi."

Outre l'utilisation de l'humour par l'absurde, Mary Beard juge qu'il "s'agit d'une des meilleures [histoires]. Il y a une résonance avec la question de l'identité... Beaucoup de blagues jouent sur l'idée, évidemment très problématique à l'époque romaine, de savoir qui vous êtes." Elle cite également une autre plaisanterie du même type, qui joue plus ou moins sur le même registre :

  • Deux hommes se rencontrent dans la rue. Le premier dit : "Tiens, on m'avait annoncé que vous étiez mort." L'autre, piqué, rétorque : "Bin, vous voyez que je ne le suis pas : je suis bel et bien vivant." Mais le premier n'en démord pas : "Oui, mais l'homme qui me l'a annoncé est drôlement plus fiable que vous."

"Tu sais, j'aurais été aussi content d'une partie de Monopoly."

                                        Malgré tout, si certaines de ces plaisanteries nous font sourire, nous ne les comprenons pas forcément de la même manière que les Romains. Ainsi, l'histoire suivante :
  • L'ami d'un professeur écervelé lui demande de ramener deux esclaves de 15 ans, de son prochain voyage. Le professeur est d'accord, mais répond : "Si je n'en trouve pas deux jeunes de 15 ans, je t'en ramènerai un de 30 ans."

On la rapproche immédiatement de la bonne vieille blague sexiste, de l'homme qui cherche à échanger sa femme de 50 ans contre deux jeunettes de 25... Selon Mary Beard, ce n'est pas ainsi que les Romains l'entendaient : il s'agirait plutôt d'une plaisanterie sur la réalité des nombres et leur nature, et la problématique de l'abstraction du système numéraire.

                                        A l'instar de cette dernière histoire, il arrive que nous interprétions différemment les plaisanteries de l'antiquité, voire que nous ne les comprenions pas. Certaines blagues font un flop : parce qu'elles font référence à des éléments de civilisation qui nous échappent, qu'elles contiennent des jeux de mots intraduisibles, ou tout simplement parce qu'elles sont mauvaises ! Et oui : les mecs pas drôles, ça existait déjà dans l'Antiquité. Je suis même prête à parier que certains faisaient les marioles avec des histoires de Toto foireuses...



On cherche des lions pour le Cirque Maximus : "Tu vois fiston, c'est à cause d'emplois comme celui-ci que nous avons mauvaise réputation..."
    
                                        Nous voilà désormais fixés : les Romains pouvaient être de sacrés blagueurs. Il n'empêche : le grand orateur Cicéron, le conquérant Jules César, Caligula le sanguinaire, l'Empereur-philosophe Marc Aurèle, Caton le censeur le bien nommé... Est-ce que vous les imaginez, en train de se tordre de rire en écoutant la dernière histoire drôle sur les Abdéritains ?! Pas vraiment, n'est-ce pas ? On cite souvent Crassus, général et homme politique de la fin de la République dont on disait qu'il n'avait ri qu'une seule fois dans toute sa vie - parce qu'il venait de voir un âne brouter des chardons, ce qui lui avait remis en mémoire une citation extraite des "Satires" de Lucilius, selon laquelle "les chardons sont comme de la laitue sur les lèvres d'un âne." (similem habent labra lactucam asino cardus comedente.)

                                        Mais si certains grands personnages romains étaient quelque peu dépourvus d'humour, d'autres en revanche avaient au moins le sens de la formule. Pour ne prendre qu'un exemple, retenons ce bon mot de Cicéron : la scène se déroule lors du procès de Milon, accusé d'avoir assassiné le tristement célèbre Clodius (voir la biographie de Fulvie, ici , pour plus détails sur l'affaire). Cicéron, avocat de Milon, est lui-même interrogé  par l'accusation. Question : quand Clodius est-il mort ? Et Cicéron de répondre : "Sero." Ce qui signifie en Latin "tard", mais aussi "trop tard". Le sel de cette réponse tenant au fait que Clodius est décédé en fin de journée, mais aussi que, de l'avis de Cicéron, on aurait dû être débarrassé de cet énergumène depuis longtemps ! Comme quoi, Cicéron n'était pas toujours un bonnet de nuit. Du reste, il passait pour être l'homme le plus drôle et le plus spirituel de l'Histoire de Rome : après sa mort, ses esclaves avaient même réuni ses meilleures réparties, dans un ouvrage en trois tomes ! Juste pour le plaisir, une autre anecdote que j'apprécie beaucoup : entendant la femme d'un patricien proclamer qu'elle a seulement 30 ans, Cicéron s'exclame "C'est certainement vrai, ça fait plus de 20 ans qu'elle le dit !". Et une dernière, pour la route ! Un jour, qu'il aperçoit son gendre, un homme de petite taille, ceint d'un long glaive, notre philosophe de s'écrier : "Qui a attaché mon gendre à un glaive ?!" Voilà qui nous change un peu des "Catilinaires".

"Voilà. Qui croira que Néron jouait des bongos pendant que Rome brûlait ?"

                                        L'on sait bien, dans nos sociétés modernes, le rôle que peut jouer l'humour dans la sphère politique. Il n'en allait pas autrement à Rome. L'humour était, déjà, un excellent moyen d'attaquer le pouvoir en place. Mais, dans le même temps, il permettait d'asseoir une autorité : le "bon roi", par définition, ne se formalisait pas d'une bonne blague lancée à ses dépens. Par exemple, Jules César accepta volontiers d'être célébré par ses légionnaires, lors de son triomphe, par le chant suivant :
"Citoyens, surveillez vos femmes : nous amenons un adultère chauve / Tu as forniqué en Gaule avec l’or emprunté à Rome."  (Suétone, "Vie de César", LI)

L'Empereur Auguste. (Photo F. Tronchin)
Une autre anecdote, rapportée par Mary Beard dans le Times illustre bien le propos : elle concerne l'Empereur Auguste, dont la tolérance face aux railleries de toutes sortes était encore célébrée quatre siècles après sa mort. Avisant un provincial qui lui ressemblait beaucoup, l'empereur lui demanda si sa mère  avait déjà travaillé au palais. "Non." répondit l'homme. "Par contre, mon père l'a fait." Auguste se contenta de sourire et d'encaisser... De la même manière, le couple qu'il formait avec Livie était l'objet des quolibets : il l'avait épousée alors qu'elle était enceinte de son premier mari. Elle accoucha donc 3 mois après leur union - ce qui faisait dire aux Romains que "les gens heureux ont des enfants après 3 mois de mariage"... (Suétone, "Vie de Claude", I)




                                        Par contre, d'autres personnalités avaient beaucoup de mal à accepter d'être pris pour cibles par les railleurs. Parmi les plus susceptibles, nous retrouvons de vieilles connaissances : Caligula, Domitien, Héliogabale, Commode, etc. Bref, la plupart des Empereurs que la postérité considère comme des fous dangereux ! Reste à savoir si ce manque d'humour n'a pas été inventé par des auteurs ouvertement hostiles à ces Empereurs - et les exemples qu'ils citent sont à prendre avec précaution. Caligula, après la mort de sa sœur bien-aimée Drusilla, aurait par exemple décrété que rire était un crime passible de la peine capitale ! Mais cela n'empêchait pas nos tyrans de jouer, eux, les boute-en-train. Encore leur sens de l'humour était-il, la plupart du temps, assez particulier...

Notre ami Caligula, par exemple. Lisons donc Suétone :
"Dans un splendide festin, il se mit tout à coup à éclater de rire. Les consuls, assis à ses côtés, lui demandèrent avec prudence pourquoi il riait: "C'est que je songe", dit-il, "que, d'un signe de tête, je puis vous faire égorger tous deux." "(Suétone, "Vie de Caligula", XXXII) 
Le même Caligula avait quand même sa tête de turc préférée, en la personne de son oncle Claude - son successeur, qui passait à tort pour un abruti complet. Mais il n'était pas le seul à tourmenter le pauvre homme. C'est encore Suétone qui nous rapporte ces joyeusetés :
"Toutes les fois qu'il s'endormait après le repas, selon sa coutume, on lui jetait des noyaux d'olives et de dattes, ou bien des bouffons se faisaient un jeu d'interrompre son sommeil avec une férule ou un fouet. Quand il ronflait, ils lui mettaient des chaussures de femme dans les mains, afin qu'il s'en frottât le visage en se réveillant en sursaut." (Suétone, "Vie de Claude", VIII)

L'Empereur Héliogabale. (Source : www.britannica.com)
Hilarant, n'est-ce pas ? Domitien et Héliogabale n'étaient pas en reste. Le premier s'amusa un jour à inviter une dizaine de sénateurs dans une salle entièrement tendue de noir, et où se trouvaient autant de cercueils aux noms des convives. Comme on l'imagine, ceux-ci passèrent la soirée à trembler, croyant leur dernière heure venue. Le lendemain, Domitien vint les trouver, et leur expliqua qu'il avait seulement voulu rire... Tu parles d'une rigolade ! Quant au second, il invita un jour huit bossus, huit boiteux, huit sourds, huit maigres, huit gros, dont il se moqua pendant des heures avec ses courtisans. Il aimait aussi asseoir ses invités sur des coussins gonflables, et les regarder disparaître petit à petit sous la table, au fur et à mesure que les coussins se dégonflaient. Un sale gamin, celui-là, qui avait aussi pour manie de jeter l'argenterie par les fenêtres en plein milieu des repas... Aussi ses commensaux les plus prévoyants amenaient-ils  une nappe pour emballer ce qui échappait au massacre.




Commode. (Photo Mary Harrsch)

                                         Mais la palme du mauvais goût revient quand même à Commode. Si l'on en croit l' "Histoire Auguste" , c'est un véritable festival ! Je vous laisse seuls juges : 
"Dans ses jeux même il était cruel : ainsi, parmi les cheveux noirs d'un homme en ayant vu de blancs qui ressemblaient à des vermisseaux, il en approcha un étourneau, qui, croyant donner la chasse à des vers, ne fit bientôt qu'une plaie de la tête de ce malheureux. Il fendit, un jour, le ventre à un homme gras, pour en voir sortir précipitamment les intestins. Il appelait par dérision ses monopodes et ses borgnes ceux à qui il avait fait couper un pied ou crever un œil. Il fit périr partout un grand nombre d'hommes ; les uns parce qu'ils s'étaient présentés devant lui habillés comme les barbares ; les autres parce qu'ils avaient l'air noble et distingué. Il aimait particulièrement ceux qui portaient les noms des parties honteuses des deux sexes, et il les embrassait de préférence. Parmi ses familiers était un homme pourvu d'un énorme membre viril, et qu'il appelait Onon ; il l'enrichit, et le fit grand prêtre d'Hercule des champs." (Histoire Auguste - "Vie de Commode Antonin", X)
Vous pensez qu'on a touché le fond ?! Et bien non !
"On dit qu'il mêla souvent des excréments humains aux mets les plus recherchés, et même qu'il en goûta, pour se donner le plaisir, en croyant tromper ses convives, de leur en voir manger. Il se fit servir sur un plat d'argent deux bossus tout rabougris et couverts de moutarde, et il leur donna aussitôt des dignités et des richesses. Il fit jeter dans un vivier, en présence de tous les officiers du palais, et avec sa toge, le préfet du prétoire Julien. Il le força aussi à danser nu devant ses concubines, en jouant de la cymbale et le visage barbouillé. (...)  Parfois aussi, faisant le médecin, il saignait jusqu'à la mort ceux qui se disaient malades."  (Ibid.)
En même temps, je répète que ces anecdotes proviennent de l' "Histoire Auguste", ce qui les rend hautement improbables, l'ouvrage étant généralement considéré au mieux comme peu fiable, au pire comme une imposture pure et simple.

Néanmoins, Dion Cassius, contemporain de notre pote Commode - et accessoirement, auteur nettement plus crédible - rapporte dans son "Histoire Romaine" l'une des distractions de l'Empereur : "d'autres fois, armé d'un rasoir, sous prétexte de leur tailler les cheveux, il coupait le nez aux uns, aux autres une oreille, aux autres une autre partie."  (Dion Cassius, "Histoire Romaine", T.2 ; 72 - 17) De quoi accréditer la thèse d'un humour assez macabre... Et, finalement, je me dis que mes blagues de Toto ne font de mal à personne !

Buste de Vespasien. (Photo Mary Harrsch)

                                          Je ne voudrais pas que vous quittiez ce blog en gardant en mémoire les tristes agissements de Commode : tous les empereurs romains n'étaient pas aussi déjantés ! De l'avis général, Vespasien reste sans conteste l'un des plus drôles. On retient bien sûr le célèbre "l'argent n'a pas d'odeur", phrase qu'il lança à son fils Titus alors que celui-ci se plaignait de l'instauration d'une nouvelle taxe sur la collecte des urines pour les tanneries. Mais Vespasien n'était jamais avare de bons mots, et plusieurs de ses saillies et de ses réparties sont parvenues jusqu'à nous.La "Vie d'Apollonius" de Philostrate ou l' "Histoire Romaine" de Dion Cassius en regorgent, mais je terminerai en citant un extrait de la "Vie de Vespasien" de mon copain Suétone :
"Des députés étaient venus lui annoncer que leurs concitoyens lui avaient décerné une statue colossale d'un prix considérable, il dit, en leur montrant le creux de sa main : «Qu'on la pose donc ici, le piédestal est prêt». La crainte même de la mort ni les approches de ce moment fatal ne purent l'empêcher de plaisanter. Entre autres prodiges qui annoncèrent sa fin, le Mausolée s'ouvrit tout à coup, et une étoile chevelue parut dans le ciel : il prétendit que le premier de ces présages regardait Junia Calvina, qui était de la race d'Auguste, et que l'autre concernait le roi des Parthes, qui avait une longue chevelure. [alors que lui-même était dégarni] Il dit, au début de sa dernière maladie : «Hélas ! je crois que je deviens dieu». [en référence à l'apothéose, of course]" (Suétone, "Vie de Vespasien", XIII.)

Alors, certes, l'Histoire romaine est remplie de guerres, de complots et de meurtres, mais même dans les textes antiques, on trouve matière à sourire...


Pour ceux que le sujet intéresse, voici les références du livre cité en première partie de ce billet :

"Va te marrer chez les Grecs (Philogelos)" de  Arnaud Zucker, éditions des Mille et une Nuits - 3 euros. - lien 


Sources consultées : Nouvel Observateur (09/2009), L'Express (12/2009)