Affichage des articles dont le libellé est Nîmes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nîmes. Afficher tous les articles

mercredi 16 octobre 2013

Expo : Les Arènes De Nîmes.


                                        Association nîmoise réunissant des passionnés d'Antiquité romaine, Carpefeuch ne pouvait manquer l'exposition que le musée archéologique consacre en ce moment aux célèbres arènes de la ville - ou plutôt à, l’amphithéâtre, abusivement désigné sous ce nom ! Sous le titre "Les arènes de Nîmes, un amphithéâtre romain", cette exposition qui se tient jusqu'au 17 Novembre à la Chapelle des Jésuites propose de découvrir l'histoire de ce monument. En compagnie de Lucile Novellini et de Fleur Ippolito, du musée archéologique, nous avons profité d'une visite complète.

Vue aérienne des arènes.


Les arènes de Nîmes : lieu de spectacles.


                                        Aujourd'hui, l'on associe volontiers les arènes nîmoises à la tauromachie, et c'est d'ailleurs par une brève évocation des corridas qu'est accueilli le visiteur. Mais dans l'Antiquité, l'amphithéâtre est le lieu d'autres spectacles, d'autres divertissements, auxquels l'exposition consacre une place importante. C'est cet aspect, illustré par les nombreux objets retrouvés à Nîmes, que Lucile Novellini a choisi de traiter en premier.

Déroulement d'une journée à l'amphithéâtre.


                                        Une journée de jeux comportait traditionnellement trois phases :
  • les chasses (venationes) le matin, qui mettaient en scène des animaux sauvages, exotiques ou non (lions, panthères, éléphants ou plus simplement sangliers, cerfs, ours... voire lapins !), luttant entre elles ou combattues par des chasseurs professionnels (venatores). A Nîmes, l'organisation de venationes est probable mais pas attestée.
  • un intermède à midi (meridiani) au cours duquel avaient lieu les exécutions capitales ou des combats mineurs avec des armes de bois.
  • des combats de gladiateurs (murena), clou du spectacle, dans l'après-midi. Je ne m'étendrai pas sur le déroulement d'un combat de gladiateurs ni sur les différents types de combattants : j'ai déjà traité du sujet ici.
"La Naumachie" (Tableau d'Ulpiano Checa.)

                                        Certains amphithéâtres présentaient parfois des naumachies, c'est-à-dire des reconstitutions de combats navals. Toutefois, ce type de spectacles était rare, notamment parce qu'il nécessitait des installations permettant l'adduction et l'évacuation d'eau, afin d'inonder l'arène. Ce n'est pas le cas à Nîmes, où le monument ne présente pas les infrastructures nécessaires. Les naumachies ont toutefois excité les imaginations - bien qu'on en ignore quasiment tout, en particulier du point de vue technique. Aucun texte ne nous renseigne par exemple sur la manière dont les bateaux étaient introduits dans l'arène, bien que les spécialistes supposent qu'ils étaient démontés et remontés à l'intérieur.

                                        Offerts gratuitement par les notables qui s'assuraient ainsi le soutien de la foule, les jeux revêtaient un coût très important : il fallait payer les lanistes (propriétaires des gladiateurs), les animaux, leur transport, les techniciens, etc.
 

La gladiature à Nîmes.

 

Lampe à huile du mirmillon vaincu.
Temps fort de cette journée de jeux offerte à la population, les combats de gladiateurs étaient extrêmement populaires auprès des spectateurs. Le sujet passionnait à ce point qu'il illustrait de nombreux objets du quotidien, qui étaient autant de produits dérivés. L'exposition en présente un certain nombre, remarquablement conservés. Plusieurs lampes à huile sont ainsi ornées, sur le médaillon central, de scènes de gladiature : on y voit la panoplie (armatura) d'un thrace ; un combat entre deux thraces dont l'un, bouclier à terre, demande grâce ; ou encore un mirmillon vaincu, tête basse. Le manche d'un couteau en forme de mirmillon est aussi exposé, de même qu'un médaillon d'applique étonnant qui, utilisé comme couvercle d'une urne funéraire, a été préservé et montre de nombreux détails passionnants.


Médaillon des gladiateurs.

                                        On peut y voir un rétiaire (nommé Xanthius) affronter un secutor (Eros), dont les noms nous sont connus grâce aux panneaux que brandissent les deux personnages que l'on distingue sur les cotés et qui sont chargés de stimuler la foule (figurée au fond). Les deux gladiateurs sont juchés sur une estrade inclinée et le combat est surveillé par deux arbitres - un au centre et le second à droite. Enfin, on peut lire les mots "Stantes Missi", indiquant que les deux hommes ont été épargnés et sont tous deux déclarés vainqueurs.

                                        Enfin, l'exposition présente deux stèles funéraires de gladiateurs. De tels témoignages sont rares : mal considérés, les gladiateurs étaient enterrés en dehors des nécropoles. 14 stèles ont pourtant été retrouvées à Nîmes, laissant supposer qu'il existait peut-être une nécropole réservée aux gladiateurs. Elles apportent en tous cas des renseignements sur ces hommes, indiquant leur catégorie (thrace, rétiaire, mirmillon, etc.), leur âge, parfois leur origine géographique, leur palmarès, et l'identité du dédicant.



Stèle funéraire d'un gladiateur.


Celle-ci, par exemple, est dédiée au Thrace Aptus, né à Alexandrie, enterré à Nîmes et mort à l'âge de 37 ans, par son épouse Optata.

                                        Extrêmement populaire dans l'Antiquité, la gladiature l'est encore aujourd'hui - à ceci près que les combats ne se déroulent plus dans l'arène, mais sur grand (ou petit) écran, et qu'ils font les délices des amateurs de péplums. Des combats toutefois bien éloignés de la réalité, plus spectaculaires que vraisemblables. La figure du gladiateur cristallise bien des fantasmes, hérités des siècles précédents et en particulier de l'Art pompier du XIXème siècle. Les films véhiculent donc une image erronée mais féconde, comme en témoigne le montage vidéo réalisé par Claude Aziza, présenté en clôture de l'exposition. Y sont réunis quelques pépites, soigneusement sélectionnées et qui illustrent tout à la fois la richesse du thème dans le cinéma et son aspect fantasmatique.

Claude Aziza, Fleur Ippolito et Lucile Novellini.

Amphithéâtres du monde romain : des origines à Nemausus.


                                        L'amphithéâtre est un édifice typiquement romain. Littéralement, le mot signifie "double théâtre", en référence au théâtre grec, destiné aux représentations de pièces, concerts, etc. Les Romains ont donc eu l'idée d'ériger deux théâtres face à face, créant ainsi une structure le plus souvent elliptique (et qui a l'avantage de ne pas présenter d'angle mort) , pour accueillir les combats de gladiateurs et les chasses. Les premiers amphithéâtres étaient des édifices provisoires en bois, montés au gré des spectacles sur le forum des villes. A la fin du IIème siècle furent bâtis les premiers amphithéâtres en pierre, dans le Sud de l'Italie (Capoue, Pompéi.) L'amphithéâtre de Pompéi ne répond d'ailleurs pas au plan classique des amphithéâtres romains puisqu'il présente un escalier extérieur, par lequel les spectateurs accédaient aux gradins.

                                        Les amphithéâtres romains pouvaient être construits selon deux techniques, et l'on distingue :
  • les amphithéâtres à structure creuse, qui sont creusés dans le sol ou reposent sur des soutènements périphériques maçonnés contenant des remblais (c'est le cas du Colisée à Rome, qui servira de modèle aux amphithéâtres postérieurs) ;
  • les amphithéâtres à structure pleine, qui s'appuient sur une série de murs rayonnants. (comme celui de Nîmes.)

Maquette du Colisée, réalisée par Auguste Pelet.

                                        La façade est en général constituée d'une superposition d'arcades aux décors empruntés aux différents ordres architecturaux : dorique, ionique et corinthien. Divers aménagements offraient aux spectateurs un certain confort, comme par exemple la mise en place d'un velum (toile tendue au-dessus des gradins, attachées à des mats fixés sur des consoles au sommet de la façade.) ou l'utilisation des sparsiones, pompes de métal diffusant de l'eau parfumée sur le public. Sur un plan plus pragmatique, on pouvait aussi installer des barrières supplémentaires ou des filets lors des chasses, afin de protéger les spectateurs si la hauteur des gradins ne suffisait pas à assurer leur sécurité. (Nous allons voir que les notables étaient placés au plus près de la piste... Une panthère déchiquetant un Décurion, ça faisait sûrement mauvais genre ! )

                                        Les travées libres s'ouvrent sur des couloirs et des escaliers intérieurs, qui facilitaient l’évacuation des lieux et permettaient surtout à chacun de gagner la place qui lui était destinée dans les gradins (cavea). Chaque spectateur disposait d'un munus, un morceau de terre cuite indiquant quelle entrée il devait emprunter, dans quel secteur et dans quelle rangée se trouvait sa place. En effet, on ne s'installait pas n'importe où dans les gradins, et la répartition des spectateurs reflétait la structure sociale de l'Empire : aux premiers rangs se plaçaient les notables ; les citoyens romains disposaient des gradins intermédiaires ; les non-citoyens, les pauvres, les esclaves et les... femmes étaient relégués sur les gradins les plus élevés. A Nîmes, l'amphithéâtre présente cette même disposition, les places d'honneur étant réservées aux décurions, mais aussi aux nautes du Rhône, de la Saône et de l'Ouvèze.

Amphithéâtre de Nîmes : particularités.


Datation.


                                        La datation de l'amphithéâtre de Nîmes a longtemps fait l'objet de polémiques. On a cru pendant un temps qu'il avait été construit sous le règne d'Auguste, mais la découverte d'un tuyau d'évacuation perçant le rempart augustéen (et non intégré dans la muraille) montre que le monument lui est postérieur. Un as de Domitien daté de 86 ou 87, découvert à la fin des années 1980 dans les remblais des fondations, a permis de dater assez précisément le début du chantier. De même, la datation au carbone 14 des doubles queues d'aronde en bois (servant à lier entre elles les pierres posées à joint vif) de la travée 49 a permis d'établir que les travaux avaient été achevés vers 115 ou 120.

Queue d'aronde en bois.
 
Ils auraient donc duré une quarantaine d'années, peu de temps après l'édification du Colisée romain et juste après celui de l'amphithéâtre d'Arles. Les ouvriers de Nemausus ont d'ailleurs tiré les leçons des erreurs commises par leurs voisins d'Arelate : les pierres de l'amphithéâtre arlésien se fissurant, les Nîmois les renforcent par des voûtes. Des différences notables dans la taille des pierres ou dans la mise en place des blocs sur les différentes façades dénotent quant à elles la concomitance de plusieurs chantiers, menés simultanément. Enfin, la disparité des décors s'explique peut-être par des raisons économiques - le chantier se prolongeant et l'argent nécessaire n'étant pas disponible, on aurait "rogné" sur les coûts.

Structure.


                                        L'amphithéâtre de Nîmes, construit sur le modèle du Colisée et de l'amphithéâtre d'Arles, reprend donc les grandes caractéristiques des monuments romains. De forme ovale, il mesure 133 mètres de long pour 100 mètres de large et 21 mètres de haut - la piste s'étendant sur 68 X 38 mètres. Il pouvait accueillir 24 000 spectateurs. On y retrouve le système de galeries et d'escaliers, qui permettaient aux spectateurs de gagner rapidement leur place.


                                        La façade présente deux étages de soixante arcades superposées et d’un attique, séparés par une corniche. Au sommet de l'édifice, on remarque des pierres trouées dans lesquelles étaient fichés les mats soutenant le velum. Sur l'un des côtés du monument (vers le Palais de Justice, à l'Est.) apparait un fronton soutenu par deux avant-corps de taureaux : ils signalaient l'emplacement, à l'intérieur, de la loge réservée aux Décurions. Le reste du décor appartient à l'ordre toscan, la roche utilisée étant difficile à travailler.
 

Avant-corps du fronton.

Décors.

 

Bas-relief d'un combat de gladiateurs.
L'exposition de la Chapelle des Jésuites montre également des moulages des bas-reliefs qui ornaient les arènes. Outre les avant-corps de taureaux, on peut y admirer la représentation apotropaïque d'un phallus (7 symboles de ce type ont été identifiés sur le monument), une scène montrant les jumeaux Romulus et Remus allaités par la louve, et un bas-relief figurant un combat de gladiateurs. Sur le monument, plusieurs trous ou encoches laissent supposer qu'il existait bien d'autres éléments de décors permanents ou temporaires - notamment des fanions, peut-être fixés sur des tiges métalliques au-dessus des travées.


Coulisses.

Souterrain des arènes de Nîmes. (via nemausensis.com)

A partir de la construction du Colisée, les amphithéâtres romains intégrèrent tous des coulisses souterraines consistant en une fosse rectangulaire comportant des galeries perpendiculaires. Là, un système de monte-charge permettait de faire surgir dans l'arène les animaux ou les gladiateurs. La fosse était donc recouverte d'un plancher muni de trappes.




A Nîmes, la fosse comprend deux galeries se coupant en angle droit, et l'ensemble forme un croix. On a notamment retrouvé lors des fouilles une inscription, gravée à deux reprises, et mentionnant le nom de l'architecte, de l'entrepreneur ou du commanditaire : T. Crispus Reburrus.





Évacuation des eaux.


                                        En ce qui concerne le réseau d'évacuation des eaux, l'amphithéâtre nîmois comportait un système complexe de canalisations :
  • un premier égout suivait le contour est de l'édifice et récupérait les eaux tombant sur la plateforme extérieure
  • un deuxième égout suivait les galeries du rez-de-chaussée et récupérait les eaux des canalisations parcourant les murs
  • le troisième recueillait les eaux provenant des gradins
  • une quatrième canalisation bordait la piste, légèrement bombée afin de faciliter l'écoulement des eaux.
L'ensemble des eaux recueillies étaient évacuées du monument grâce à un dernier égout, qui les déversaient en dehors du rempart augustéen.

L'amphithéâtre après l'Antiquité.


                                        Progressivement, les combats de gladiateurs deviennent de plus en plus violents, et virent au carnage systématique. L'évolution des mœurs et la condamnation de la gladiature par l’Église chrétienne conduit à l'interdiction des combats en 404. Mais contrairement à ce qui survient ailleurs, les Arènes de Nîmes sont préservées, grâce à leur occupation ininterrompue. Au VIème siècle, le monument devient tour à tour un lieu de refuge pour la population face aux envahisseurs barbares, un quartier d'habitation, le centre du pouvoir (par exemple sous les Wisigoths). Il est transformé en forteresse, dans laquelle s'établissent au Moyen-Âge les chevaliers des Arènes, vassaux des Comtes de Toulouse. Devenu ensuite château royal, l'amphithéâtre est à nouveau occupé par la population au XIVe siècle : c'est alors un quartier d'habitations privées, de commerces, d'ateliers, d'entrepôts. Il comporte pas moins de 140 maisons, et même deux églises ! L'exposition présente d'ailleurs quelques magnifiques reliefs de l'Église Saint-Martin...

Vestige de l’Église Saint-Martin.

                                        Il faudra attendre le XIXème siècle pour que les dernières habitations soient détruites, et que le monument soit restauré. Une restauration qui se poursuit encore aujourd'hui et concerne notamment la rénovation de la façade, grandement dégradée au fil du temps.

                                        En attendant la fin des travaux, prévue pour 2025 (!!), cette exposition est l'occasion de découvrir les Arènes de Nîmes et le contexte de ce type de monuments dans l'Antiquité. La disposition de la salle est aussi attrayante qu'originale, puisqu'elle reprend schématiquement la forme des arènes, ce qui donne au parcours un côté ludique et agréable, et contribue à la mise en valeur des objets présentés (moulages, lampes à huile, outils, etc.). Le tout est complété par la projection du montage réalisé par Claude Aziza, ainsi que par des écrans tactiles qui proposent d'approfondir certains sujets (les techniques de construction, le velum, la gladiature, etc. ) ou de découvrir les autres amphithéâtres du monde romain. Enfin, les enfants ne sont pas oubliés puisque des jeux et un coin BD leur sont destinés. Mais dépêchez-vous : il ne vous reste que quelques jours pour aller visiter l'exposition !






Les Arènes de Nîmes : Un Amphithéâtre Romain.
Chapelle des Jésuites - Grand’Rue - 30000 Nîmes.
04 66 76 74 80
Lien ici : Musée archéologique de Nimes - volet "expositions".

Entrée : 5 € (3.50€ tarif réduit.)
Gratuit le 1er Dimanche de Novembre ou pour les détenteurs d'un billet des Arènes ou un pass 3 monuments.

Merci à Lucile Novellini et Fleur Ippolito pour la visite guidée. 

dimanche 28 juillet 2013

Une Mosaïque Antique, Et L'Addition !

                                        Pour une acharnée de la Rome antique comme moi, la ville de Nîmes présente de nombreux attraits. Vous pensez aux arènes et à la Maison carrée, et vous avez raison. Mais il y a bien plus : érigée au rang de colonie latine au cours du Ier siècle avant J.C., la ville offre  des trésors cachés à qui sait les dénicher. C'est souvent dans les endroits les plus anodins que se terrent les perles les plus insoupçonnables qui, au hasard de vos pas, se révèlent soudain à vos yeux ébahis. Au-delà de ses monuments bien connus, Nîmes est une ville où les moindres travaux mettent au jour de précieux vestiges : les passionnés s'en réjouissent pendant que les entrepreneurs s'arrachent les cheveux.

                                        Et c'est ainsi qu'un beau soir de Juillet, après un agréable dîner à la terrasse d'un petit restaurant des abords de la Maison Carrée, mon ami Jean-Pierre Roux attira mon attention sur une mosaïque, située au sous-sol de la salle et visible à travers une vitre. Alors ça, c'était un sacré dessert ! Le propriétaire du restaurant, M. Salah Nacer, a eu la gentillesse de me laisser photographier l’œuvre, et il m'a également communiqué les renseignements qu'il avait obtenus de l'Office de Tourisme de Nîmes.


Forum de Nemausus. (Reconstitution de Ferdinand Pertus.)

                                        Resituons d'abord les lieux : à l'époque romaine, le forum est le cœur battant de la cité. Sous les portiques entourant cette vaste place publique s'alignent les boutiques, la basilique et la Curie. Au centre s'élève la Maison Carrée, soit le Temple où sont célébrés les cérémonies religieuses, les processions et les sacrifices. Le forum est donc le lieu incontournable où se rencontrent les habitants de Nemausus, aussi bien dans le cadre de la vie religieuse que politique, judiciaire ou commerciale. En conséquence, il s'agit d'un quartier prestigieux, autour duquel sont bâties de riches demeures que les propriétaires ont ornées de nombreuses mosaïques - ce type de sols précieux décorant le plus souvent les pièces de réception. Plusieurs d'entre elles, repérées aux abords de la Place de la Maison Carrée, permettent d'envisager l'existence d'un axe antique reliant le forum à la Porte de France, le long duquel se trouvaient les habitations.

                                        Sans doute la mosaïque du "Constantine" faisait-elle partie d'une de ces résidences. On en trouve mention pour la première fois à la fin du XVIIIème siècle : on découvre en effet en 1787 un décor jaune et noir, à 32 cm au-dessous du sol de l'époque. Il faut ensuite attendre 1965 pour que soient engagés des travaux d'aménagement, dont la mise en place d'un plancher amovible visant à protéger l’œuvre, située alors à 83 cm du sol.


Mosaïque du restaurant "Constantine".

                                        La mosaïque en elle-même, extrêmement bien conservée, est une composition bicolore en opus tesselatum, c'est-à-dire assemblée à partir de petits cubes de pierres uniformes. Elle est constituée de séries de grands hexagones répétés plusieurs fois, ornés de diverses figures géométriques telles que des étoiles à 6 pointes, des ellipses entrecroisées, des rosaces, des croix de Malte, des cercles tangents.  


Gros plan de la mosaïque.


                                        Lors des fouilles ayant mis à jour la mosaïque du local aujourd'hui occupé par le "Constantine", on aurait également découvert un sol en opus sectile (plaquettes de marbre ou de pierres de couleur de formes diverses), ce qui laisserait supposer la présence d'une seconde pièce. Toutefois, selon l'Office du Tourisme, cette seconde mosaïque n'aurait sans doute pas été conservée. De même, ont été trouvé en 1908 des monnaies d'époque augustéenne, des fragments de colonnes et d'un chapiteau corinthien de marbre, et une tombe d'enfant datant peut-être du IIIème ou IVème siècle.

                                        Des éléments épars qui, s'ils apportent des bribes de réponses, contribuent surtout à exciter l'imagination. En tous cas, la mienne ! La pensée que des citoyens de l'antique Nemausus ont foulé ce sol et y ont reçu les édiles de la cité, que cet endroit a été le témoin de tant de joies et de peines, et que 2000 ans plus tard, subsiste en témoignage un petit pan de cette domus  à travers lequel on peut imaginer la vie de ses habitants, voilà quelque chose de proprement fascinant.

                                        Je ne suis pas critique gastronomique, mais je vous incite vivement à faire une halte chez "Constantine" : on y mange très bien, le patron et son personnel sont adorables, et vous avez même le droit d'admirer une superbe mosaïque sans supplément de prix ! Et ça, ça vaut largement une étoile au guide "La Toge Et Le Glaive" ! 



Un grand merci à Salah Nasser pour sa gentillesse et sa disponibilité. Article rédigé à partir des informations fournies par Claire-Lise Creissen.


Restaurant "CONSTANTINE"
12 rue de la Maison Carrée
30000 Nîmes

09 54 11 96 66.

Service jusqu’à 2 heures du matin vendredi, samedi et dimanche.
Fermé le samedi midi et le mardi midi.

dimanche 23 juin 2013

Bonne Lecture : "César-Auguste Ou Le Crocodile Enchaîné."

                                        Lorsque j'étais petite, l'un de mes rêves les plus fou, c'était de passer toute une nuit enfermée dans un magasin de jouets pour pouvoir vagabonder d'un rayon à l'autre, découvrir toutes les merveilles proposées à la vente et m'amuser à ma guise. Depuis, j'ai grandi, et mes préoccupations ont changé. L'un de mes rêves les plus fous, c'est désormais de passer toute une nuit enfermée dans une librairie. Ou une bibliothèque. Enfin, n'importe où, du moment que l'endroit est rempli de livres. Je n'y peux rien, c'est plus fort que moi : je suis une dingue de bouquins, qu'il s'agisse d'essais, de polars, de romans, de biographies... Que voulez-vous ? A chacun ses addictions.

                                        Bref, il y a quelques jours, mes pas m'ont conduit malgré moi dans une petite rue de Nîmes, jusqu'à une boutique spécialisée dans les BDs. A croire que j'ai un GPS intégré, qui repère les livres à des kilomètres - mais c'est une autre histoire. La tentation était trop forte et je suis entrée, "juste pour voir". Vous devinez la suite : je ne suis pas repartie les mains vides ! Encore n'est-ce pas entièrement de ma faute, puisque j'ai déniché un album intitulé "César-Auguste ou le Crocodile Enchaîné", dessiné et scénarisé par Étienne Schréder. Voilà donc un billet tout trouvé pour ce blog !




                                         L'histoire est simple : de retour d'Hispanie, l'Empereur Auguste débarque à Massalia pour rejoindre Rome. Le Prince est alors vieillissant : il a certes soumis les tribus ligures des Alpes, pacifié la Gaule et réorganisé l'Hispanie, mais Mécène et Agrippa sont morts, et lui-même souffre de douleurs au ventre que son médecin est incapable de soigner. Alors qu'il s'apprête à visiter Arelate en compagnie de son épouse Livie, une délégation de Gaulois arrivée de Nemausus vient le trouver. La cité est sur le point de se soulever contre l'autorité romaine, certains de ses habitants ayant pris le parti du roi Cottius, chef d'une tribu des Alpes. Auguste décide donc de pousser jusqu'à la ville, afin de tenir un discours dans la Curie et tenter de calmer les rebelles. Là, il découvrira le culte de Nemausus, Dieu de la source sur laquelle a été bâtie la ville, et effectuera un voyage initiatique qui lui permettra de se recentrer et de reprendre conscience de ses responsabilités de chef d'état...

                                        Le scénario n'est pas évident à résumer, pour la bonne et simple raison que l'action n'y joue finalement qu'un rôle secondaire. Le cœur du récit, c'est cette introspection, cette réflexion à laquelle Auguste va être poussé par Nemausus, vers lequel il se tourne, démotivé et à bout de force, lorsque les remèdes prescrits par son médecin ne le soulagent plus et que même les paroles de Livie ne parviennent plus à apaiser ses tourments. Ses doutes, ses désillusions, la peur des présages (représentés par un crocodile) et la lassitude du pouvoir, c'est à ce Dieu mystérieux qu'il va les confier, et c'est au sein de son sanctuaire qu'il puisera l'énergie et la détermination nécessaires à la poursuite de son œuvre. Dans cet aspect, l'album donne à voir le portrait d'un homme complexe, fort et fragile à la fois, mais affaibli et sur le déclin, sans illusion, et qui mesure l'ampleur de la tâche qu'il lui reste à accomplir et la solitude dans laquelle celle-ci l'enferme. Un Empereur d'une grande intelligence et d'une certaine sensibilité aussi, courageux et capable d'autant de sévérité que de clémence. Paradoxalement, le crocodile enchaîné serait donc Auguste lui-même -alors que, je le rappelle, certains avancent que l'animal représenterait en fait Antoine, enchaîné à Cléopâtre ! Mais la symbolique est intéressante. Ni détracteur, ni hagiographe, l'auteur nous montre un Auguste touchant mais surtout crédible, et fait preuve d'une grande finesse dans l'analyse psychologique de son personnage.

Les Jardins De La Fontaine, à l'emplacement de la Source de Nemausus.

                                        En marge de ce parcours mystique, la B.D. s'ancre dans un cadre spatio-temporel restreint. Y sont illustrées l'édification de la cité de Nemausus et son élévation au rang de colonie romaine, de même que sont brièvement abordés la situation géopolitique et le statut de la Curie par exemple, ou encore l'organisation et le déroulement du voyage impérial. On retrouve aux côtés de l'Empereur son épouse Livie et son médecin Musa, ainsi que les spectres d'Agrippa, de Mécène, de César, d'Antoine, de Cléopâtre et de Cicéron... L'ensemble, toutefois, manque cruellement de détails : aucune date précise n'est indiquée, la construction des divers monuments est mise sur le même plan et à peine développée en annexe, et la vie quotidienne est à peine esquissée. La chronologie, surtout, est ambigüe :  le texte ne renvoie à aucune source précise quant à ce séjour d'Auguste à Nemausus, et la mention d'une rébellion menée par Cottius ne semble pas cohérente avec l'aboutissement des travaux de la Maison Carrée. En revanche, aucune mention de Tibère, pourtant étroitement associé au pouvoir à cette époque. Bref, les dates sont confuses, et on a un peu de mal à s'y retrouver... Reste qu'Auguste semble avoir une cinquantaine d'années environ, ce qui situe l'action à la fin du Ier siècle avant J.C. : il faudra s'en contenter.

Dupondius figurant Auguste et Agrippa avec au revers le crocodile de Nîmes.

                                        Le manque de précision historique, bizarrement, semble presque faire écho au dessin : simple voire dépouillé, d'une grande clarté, le trait est fin et élégant. Il confère aux différentes planches une atmosphère particulière, un peu irréelle, qui flirte parfois avec l'impressionnisme lorsque le visage des protagonistes est à peine suggéré. Si ce choix tend à figer l'action, il se prête davantage aux paysages et aux panoramas de Nîmes, ainsi qu'à toute la réflexion d'Auguste, qui gagne en mystère. Le dessin est donc plus évocateur que réaliste, ce en quoi l'album se démarque totalement de ce que l'on a pu observer ailleurs.

                                        Au final, toute cette B.D. semble tendre vers un récit onirique, avec un fond historique un peu confus et que la caution d'un conseiller ne parvient guère à clarifier. On peut regretter ce flou général : il est indéniable qu'en tant que bande dessinée historique, celle-ci laisse le lecteur sur sa faim. Ou au contraire, on peut embrasser le parti pris par l'auteur et se laisser emmener par le regard qu'il porte sur Auguste, et à travers lui, sur une cité nîmoise rapidement entr'aperçue.

                                        Pour ma part, je reste partagée : il me semble que l'idée de départ, excellente, aurait mérité un traitement plus approfondi mais, d'un autre côté, je suis sensible à la démarche d’Étienne Schréder et à la manière dont il s'est attaché aux états d'âme du premier Empereur. Un travail qui me laisse un léger goût d'inachevé, mais que je trouve néanmoins intéressant. Le mieux est peut-être que vous forgiez votre propre opinion : vous trouverez toutes les références ci-dessous, si jamais il vous prenait l'envie d'y jeter un œil. Dans ce cas, n'hésitez pas à réagir à ce billet ou à me communiquer votre avis !

"César-Auguste Ou Le Crocodile Enchaîné" d’Étienne Schréder.
Éditions Audoin.
10 euros.
ISBN :  360-0-12-101177-9        

dimanche 16 décembre 2012

Bonne Lecture : "La Peau de César."

                                        En fouinant dans un vide-grenier, je suis récemment tombée sur un livre dont le titre m'a immédiatement attirée : "La Peau De César". Il s'agit d'un roman de René Barjavel et, une fois assurée en parcourant la quatrième de couverture que le César en question était bien celui auquel je pensais, je me suis empressée de l'acheter. Bon, j'avoue : ce livre ne traite pas vraiment de l'Antiquité romaine, et César ne sert finalement que de prétexte à une intrigue policière. Mais peu importe : même si le lien est ténu, j'ai néanmoins désiré vous en parler.

                                        Une représentation de "Jules César" de William Shakespeare doit être donnée dans les Arènes de Nîmes. Dans le rôle-titre, Faucon, un acteur à la renommée internationale aussi célèbre pour son talent que pour ses nombreuses conquêtes féminines. Or, le matin de la première, un courrier anonyme parvient au commissariat : "CE SOIR LES CONJURÉS TUERONT VRAIMENT CÉSAR." Le commissaire Julien Mary est sceptique, car qui oserait s'en prendre à la star, devant les caméras de télévision et sous les yeux de près de 25 000 spectateurs ?! Mais on n'est jamais trop prudent : aussi se rend-il aux Arènes, afin d'assister à la pièce. Et c'est un triomphe lorsque Faucon s'écroule sous les coups des conjurés, criant de réalisme... Pour cause : il vient vraiment d'être assassiné, sur scène, ainsi que l'avait annoncé la lettre ! Mary enquête, et commence par fouiller et interroger un par un les autres acteurs. Il apparaît vite, au fil des témoignages, que les relations au sein de la troupe sont pour le moins complexes, et que Faucon n'était pas aussi sympathique qu'on aurait pu le croire. Le nombre de ses ennemis n'est pas de nature à raccourcir la liste des suspects : amants et maîtresses délaissés, maris trompés, amis trahis... Autant de mobiles et de coupables potentiels. Lorsque, à la fin de la deuxième représentation, Brutus se suicide sur scène, l'affaire paraît résolue. Mais Mary n'en est pas convaincu... 

                                        Ce livre est le dernier publié par Barjavel, et le seul roman policier qu'il ait écrit. Comme toujours avec cet auteur, l'écriture est d'une fluidité très agréable, l'intrigue alternant avec les dialogues et les monologues des acteurs dans un style simple et sans effets littéraires, mais d'une grande efficacité. Une pointe d'humour vient relever l'ensemble, bienvenue dans une histoire un peu glauque qui, par contre-coup, apparaît plus légère. La trame elle-même est ingénieuse, finalement évidente sans être simpliste - de celle qui vous font dire que, bon sang, vous auriez dû anticiper l'ultime rebondissement, alors que vous n'avez rien vu venir. Néanmoins, l'intérêt principal du récit tient à la mise en abîme, chacun des acteurs répondant à son nom comme à celui de son personnage et les liens entre les différents protagonistes se doublant de ceux tissés entre leurs rôles respectifs. Les faux-semblants et le double jeu et les doubles sens fonctionnent à plein, conférant au récit une incongruité aussi amusante que déstabilisante. Le texte, cela dit, est peu flatteur pour les acteurs ! Mais les spectateurs comme la quasi-totalité des protagonistes en prennent aussi pour leur grade... Et même un final quelque peu grandiloquent ne parvient pas à émousser le plaisir de lecture tant il s'inscrit dans la logique de ce roman "théâtral" à plus d'un titre.

                                        Évidemment, j'ai trouvé un double intérêt dans ce livre - outre celui de plonger dans un bon roman policier. Il y a bien sûr les références à l’œuvre de Shakespeare et la présence de César, Antoine, Brutus et Cassius, mais également le cadre de l'histoire, puisque celle-ci se déroule à Nîmes. J'ai pris un véritable plaisir à arpenter la ville aux côtés des différents personnages, reconnaissant des lieux qui me sont familiers pour les parcourir au quotidien.  En conclusion, je dois admettre que ce polar n'a rien de transcendant, mais il est bien tourné, original et plutôt amusant. Autant de raisons qui m'ont convaincue de lui accorder quelques lignes sur mon blog, afin de vous en suggérer la lecture.



"La Peau De César" de René Barjavel.

Éditions Folio Policier - N°64.

256 pages - 5 € 95.


Lien ici.

 

dimanche 30 septembre 2012

Palmier et crocodile : le blason de Nîmes.

                                        Étant donné que j'habite à Nîmes, j'ai eu l'occasion de vous présenter sur ce blog quelques-uns des nombreux vestiges romains que compte la ville. Il m'en reste encore quelques-uns sous le coude et, lorsque j'aurais épuisé les monuments nîmois, je compte bien élargir le périmètre à la région - et au-delà si nécessaire. Mais avant d'écumer d'autres territoires d'un pas allègre (et nonobstant déterminé), il m'a semblé important de consacrer quelques lignes au blason de ma ville d'adoption.

                                        C'est tout simplement en me baladant dans Nîmes, et plus précisément autour des arènes, que j'ai été frappée par l'incongruité de la chose : alors que je vous soûle avec les monuments Romains de la cité, je n'ai même pas pris le temps de vous parler de son emblème ! Et Jupiter sait qu'il a pourtant toute sa place dans ces pages...

Nîmes, place du Marché.

                                       L'emblème de Nîmes, donc, c'est un crocodile attaché à un palmier. Ce qui soulève une double énigme : 1) quel rapport entre Nîmes, le palmier et le crocodile d'une part ? et 2) quel rapport entre l'Empire romain, le palmier et le crocodile d'autre part ? Reconnaissez qu'au premier abord, ça n'a rien d'évident. A priori, un palmier et un crocodile, ça évoquerait plutôt l’Égypte, le Nil, Cléopâtre, etc.

                                        Et précisément, voilà qui tombe très bien puisque c'est vers l’Égypte et vers Cléopâtre que nous allons devoir nous tourner ! Pour être exacte, nous allons remonter à la bataille d'Actium où, en 31 avant J.C., la reine égyptienne s'allie à son amant, Marc Antoine, pour affronter Octave-qui-n'est-pas-encore-Auguste. Celui-ci remporte la victoire, signant la fin des ambitions du couple terrible et instaurant sa domination sur l'ensemble du futur Empire.


La bataille d'Actium. (Toile de Lorenzo Castro.)

                                        Or, Nemausus obtint le droit de frapper une monnaie célébrant l'évènement : l'as de Nîmes (aussi désigné comme dupondius au crocodile) , pièce de bronze qui se répandit dans tout l'Empire, et très courante dans la région - au point qu'autrefois, les habitants ne pouvaient pas faire un pas dans un champ sans tomber sur un exemplaire! Il y en eut trois tirages successifs - la fabrication s'étalant sur 40 ans tandis qu'elle fut largement imitée, y compris après la fin de la frappe. Sur l'avers, on y voit l'Empereur Auguste et son gendre Agrippa (commandant de la flotte à Actium et principal artisan de la victoire) et, au revers, le fameux crocodile enchaîné à un palmier couronné de lauriers, surmontés de l'inscription "Col. Nem.”.



Soit d'un côté, les deux chefs de guerre victorieux et de l'autre, la représentation symbolique de l’Égypte (crocodile et palmier) soumise à Rome (la couronne de lauriers). Quant à COL NEM, il s'agit de l’abréviation de COLonia NEMausensis - colonie nîmoise.




                                       Vous me rétorquerez que ça ne nous avance guère, et qu'une question reste toujours en suspens : pourquoi Nîmes a-t-elle été associée à la victoire d'Actium ? Pendant longtemps, l’inscription "COL. NEM." laissa penser que les vétérans d'Actium avaient reçu des terres nîmoises, l'Empereur Auguste les récompensant ainsi de leur bravoure et de leur fidélité. Ainsi, les anciens militaires se seraient implantés dans la région, favorisant son essor. La richesse des infrastructures, l'opulence des villas et des monuments publics, ainsi que les nombreuses inscriptions évoquant des soldats ayant combattu en Orient accréditaient cette thèse.  Mais aujourd'hui, les archéologues pensent que Nîmes n'était finalement qu'une fabrique de monnaie, et que sa population n'avait aucun lien particulier avec la fameuse bataille. Les armes de la ville ne seraient donc qu'une référence à l'as de Nîmes - ce qui n'est pas rien, quand même !


Blason de Nîmes au moyen-âge.

                                        Au moyen-âge pourtant, les armoiries de Nîmes représentaient un "simple champ de gueules" (soit un fond rouge uni), après avoir figuré pendant longtemps les trois consuls, maîtres de la ville.


Armoiries de Nîmes, accordées en 1516.

                                        Puis, en 1516, on ajouta un taureau d'or au blason préexistant. Pour autant, les Nîmois restaient attachés à cette pièce de bronze, que l'on continuait à déterrer un peu partout. 20 ans plus tard, lorsque François Ier visita la ville, les consuls (à l'origine, les délégués du Comte de Toulouse) eurent alors l'idée de lui demander la permission de prendre pour emblème de la commune la fameuse pièce de monnaie romaine, ce qui leur fut accordé en 1536, leur permettant d'adopter un blason " de gueules, à un palmier de sinople, au tronc duquel est attaché, avec une chaîne d'or, un crocodile passant, aussi de sinople, et une couronne d'or liée d'un ruban de même, posée au premier canton du chef de l'écu." Et comme un beau dessin vaut parfois mieux qu'un long discours (surtout s'il est héraldique !) :






Blason du Nîmes Olympique.
 En 1985, Philippe Starck revisita le symbole, en le modernisant tout en en conservant la symbolique romaine : c'est ce logo que l'on peut voir aujourd'hui, disséminé un peu partout dans la ville, et notamment sur les clous présents aux abords du quartier de l’Écusson. Personnellement, je me suis attachée à ce symbole, qui témoigne encore une fois des liens privilégiés tissés entre Nîmes et l'empereur Auguste. Et je pense que c'est également le cas de la plupart des Nîmois : après tout, ce n'est pas pour rien que les joueurs de football du Nîmes Olympique sont surnommés les crocos !







Logo revu par P. Starck, sur l'un des clous de l'esplanade.


Blasons reproduits avec l'aimable autorisation du site www.nemausensis.com  , qui m'a d'ailleurs été fort utile dans la rédaction de ce billet. Allez jeter un coup d’œil : c'est une mine d'informations sur l'Histoire, les traditions, etc. de Nîmes et de la région.

mercredi 26 septembre 2012

Nîmes : le castellum.


                                        Troisième épisode dans notre visite touristique de la Nîmes romaine : après la Maison Carrée ici et la Porte Auguste ici, je vous propose d'aller jeter un œil du côté de la rue de la Lampèze, pour admirer le Castellum.

                                        Commençons par le commencement : qu'est-ce qu'un castellum ? L'historien de la ville de Nîmes Léon Ménard, bien qu'il ne l'aie jamais vu et n'en parle que par ouï-dire, donne pourtant une bonne description de celui qui nous intéresse aujourd'hui :
"C'était par une longue suite d’aqueducs, que les eaux des fontaines d'Eure et d'Airan étaient conduites sur le pont du Gard, et de là, jusqu'à Nîmes. A peu près sur le coteau où l'on a, depuis, bâti la citadelle, on voyait, autrefois, un réservoir dans lequel cet aqueduc portait une partie de ses eaux."

Le castellum de Nîmes.

                                        Au départ, ce genre de constructions n'avait qu'un but utilitaire : distribuer dans divers points l'eau drainée par les aqueducs. Elles portaient le nom de dividicula. Au fil du temps, elles s'agrandirent et devinrent de véritables monuments, participant à l'embellissement des villes en même temps qu'au confort de leurs habitants : on leur donna alors le nom de castella. Pline l'Ancien décrit ainsi, dans son "Histoire Naturelle", les travaux entrepris à Rome par Agrippa, au nombre desquels figuraient plusieurs castella.
"Mais venons en à des merveilles que rien ne surpasse aux yeux d'un juste appréciateur. Q. Martis Rex, chargé par le sénat de réparer les conduites des eaux Appia, Anio et Tépula, ajouta, durant sa préture même, une nouvelle eau qui porte son nom, et pour laquelle il fit percer des montagnes. Agrippa, dans son édilité, y joignit l'eau Vierge, réunit et restaura les anciens canaux, fit sept cents abreuvoirs, cent cinq fontaines jaillissantes, cent trente réservoirs, la plupart magnifiquement ornés. Sur toutes ces constructions, il plaça trois cents statues d'airain ou de marbre, quatre cents colonnes de marbre, et tout cela en un an." (Pline l'Ancien, "Histoire Naturelle", XXXVI-17)

Castellum de Pompéi.


                                        Ce serait un euphémisme de dire que les vestiges de ce genre sont rares : mis à part celui de Nîmes, seul subsiste celui de Pompéi, au demeurant plus complet mais plus petit. Nîmes peut donc se vanter de posséder l'un de deux seuls bassins de répartition des eaux du monde romain encore existants. Construit dans la première moitié du Ier siècle après J.C., laissé à l'abandon au VI ème siècle, ses vestiges furent enfouis vers 1687 lors de la construction d'une citadelle sous Louis XIV, après la révocation de l'Édit de Nantes, et ils ne furent mis au jour qu'en 1823, avant d'être rachetés par la ville trente ans plus tard (1855). Depuis 1887, le castellum est classé parmi les monuments historiques.


Le Pont du Gard.
 Au Ier siècle avant J.C., la colonie de Nemausus comptait environ 20 000 habitants. Afin de l'alimenter en eau, les Romains lancèrent la construction d'un aqueduc, dont le Pont du Gard demeure le plus beau vestige. Cet aqueduc acheminait l'eau depuis la fontaine d'Eure, située près d'Uzès, et depuis celle d'Airan , sur près de 50 kilomètres à travers la garrigue.  L'eau ainsi drainée aboutissait au Castellum, bassin dont la fonction était donc de la redistribuer aux différents quartiers de la ville par dix canalisations dont on peut encore voir les ouvertures.






 


Conduite amenant l'eau de l'aqueduc.
Le castellum est un bassin circulaire creusé dans la roche, d'une contenance approximative de 16m³, mesurant environ 6 mètres de diamètre pour 1m40 de profondeur, pavé d'un glacis de chaux-vive et de briques concassées. Détail amusant : on a retrouvé au fond des pièces de monnaie antique - preuve que la superstition consistant à jeter des pièces dans les fontaines et bassins remonte à loin. L'eau amenée par l'aqueduc arrivait par une ouverture de section carrée d'1 m de côté, alors fermée par une grille de 6 barreaux de fer (comme celle fixée au fond du bassin, elle servait sans doute à éviter l'entrée de déchets dans le bassin, et peut-être aussi à empêcher les intrusions par la conduite), légèrement décalée par rapport à l'axe du bassin de façon à générer un mouvement tournant. Du côté Sud-Ouest, en direction de la ville antique, dix autres ouvertures de 40 cm de diamètre, équidistantes et traversant la paroi dans toute son épaisseur, comportaient des canalisations de plomb destinées à répartir l'eau dans les différentes zones. Elles dégorgeaient deux par deux dans des canaux séparés.


Orifices accueillant les canalisations.



Trous d'évacuation.
Au total, on estime que l'ensemble offrait un débit d'environ 20 000 m³ par jour. L'eau pouvait atteindre une hauteur maximale d'1m30, mais sans doute un système de tubes télescopiques permettait-il d'en abaisser le niveau. Au fond du bassin, on aperçoit trois autres orifices : selon Auguste Pelet, ils servaient peut-être à alimenter les bains ou l'amphithéâtre, dans le cadre de naumachies. Mais surtout, ils permettaient de vidanger le bassin vers les égouts : des clapets, bloqués par trois tiges de fer fixées perpendiculairement aux ouvertures, permettaient de les garder hermétiquement fermés et, une fois enlevés, de vider le castellum afin de le nettoyer. Encore fallait-il que l'arrivée d'eau soit coupée en amont : d'où l’existence d'une vanne, manœuvrée par un système de tiges et de plaques, qui permettait d'obstruer l'arrivée d'eau de façon partielle ou complète, et sans doute de plusieurs bassins de contention le long de l'aqueduc. On en connaît deux, près de la fontaine d'Eure et en amont du pont du Gard.




Vue générale.




                                        Le bassin lui-même est surmonté d'un marchepied d'1m47, constitué de dalles à partir desquelles s'élève un mur de 2m30 de hauteur, construit en moellons d'appareil et recouvert de ciment. A l'origine, l'ensemble était orné d'une fresque représentant des dauphins et des poissons, peints au centre d'un double carré formé d'une bande verte et d'une bande rouge, larges respectivement de 30 et 8 cm.


                                        Des fragments de colonnes et d'entablement retrouvés au fond ont également permis de comprendre que le bassin était couvert : le mur d'enceinte était en effet dominé par des colonnes corinthiennes couronnées d'une corniche, qui supportaient une toiture. A l'extérieur, le mur d'enceinte formait un stylobate (piédestal soutenant des colonnes) carré, dans lequel s'inscrivait le château d'eau. La porte, située du côté nord, était large de 1m20.

                                        Aujourd'hui, seul le bassin existe encore. Bien qu'en excellent état et facilement visible depuis la rue, il est malheureusement impossible d'y accéder, et le monument ne se visite que rarement. Je dois reconnaître que c'est assez frustrant ! Reste à espérer qu'un jour, des initiatives seront prises afin de valoriser ce témoignage unique de l'ingénierie romaine, superbe témoin du passé de la ville...


dimanche 26 août 2012

Nîmes : le futur musée de la romanité.

                                        La ville de Nîmes, dans laquelle je vis aujourd'hui, est connue pour ses férias, sa brandade, et surtout son exceptionnel patrimoine antique, des célèbres arènes à la Maison Carrée, en passant par le Temple de Diane ou la Tour Magne. J'ai déjà eu l'occasion de vous présenter deux de ces monuments (La Maison Carrée ici et la Porte Auguste ici ), et je compte bien m'intéresser aux autres prochainement... Nîmes possède également, sur le boulevard Amiral Courbet, un musée archéologique exposant les objets et vestiges découverts lors de fouilles. Bien que charmant et agréable à visiter, j'admets que le bâtiment, faute de place, ne permet pas de mettre en valeur ce patrimoine, pourtant remarquable. C'est la raison pour laquelle la ville a décidé la construction d'un nouveau Musée, destiné à accueillir l'ensemble des collections.


                                        Au terme d'un concours international d'architecture, Nîmes a retenu le projet présenté par Elizabeth et Christian de Portzamparc : un superbe édifice à la modernité revendiqué, situé face aux Arènes, auxquelles il répond directement. Parfaitement intégré au paysage urbain, le futur bâtiment séduit par la finesse de ses lignes, la légèreté d'une façade composée de multiples carreaux de verre, simulant le drapé de la toge romaine, tout en réinterprétant l'art de la mosaïque. La transparence du matériau permet ainsi le passage de la lumière, de même qu'une communication permanente entre l'intérieur et l'extérieur. Comme le dit Elizabeth de Portzamparc :
"Face aux arènes, masse de pierre au dessin magnifique des arcs que Rome a laissé, le nouveau projet rayonne e une présence claire, lumineuse, une architecture presque fluide et diaphane qui semble en lévitation sur le site et sur le jardin archéologique."






 Le jardin, justement, est sans doute l'un des aspects les plus intéressants du projet. En effet, l'édifice sera traversé par un passage public, conduisant à un jardin archéologique ouvert à tous, présentant notamment des vestiges de l'enceinte romaine. Pour y accéder, le passant traversera un atrium de 17 m de hauteur, présentant une reconstitution du sanctuaire de la Source, lieu de culte païen qui fut le premier embryon de la future Nemausus.



                                         Le musée en lui-même ambitionne d'offrir au visiteur un parcours chronologique et thématique qui, du VII ème siècle avant J.C. jusqu'au Moyen-Âge, l'invitera à s'imprégner de l'évolution d'une Cité romanisée, et qui porte depuis lors cette empreinte dans sa chair. Les vestiges pré-romains, l'architecture des domus locales, les superbes mosaïques révélées par les fouilles menées en particulier sur l'Avenue Jean Jaurès (et que l'on pourra admirer depuis une mezzanine), les objets et stèles funéraires liés à la religion et au monde des morts : autant de sujets explorés d'une salle à l'autre, dans des pièces de dimensions variables, selon les œuvres exposées puisque des salles de 6m50 de hauteur voisineront avec des espaces plus intimistes, en adéquation avec la scénographie la plus adaptée.



                                         Ayant pour ambition affichée de devenir "une référence sur la thématique de l'antiquité Gallo-romaine", de "restituer les vestiges romains dans leur contexte antique" et bien sûr de mettre en valeur les milliers de pièces des collections du musée archéologique de la ville, Nîmes a misé sur des technologies innovantes et sur l'interactivité : vidéos, 3D, réalité augmentée... Tout cela afin de présenter vestiges et objets dans leur contexte spatio-temporel et de reconstituer les monuments disparus aux yeux des visiteurs. L'idée est d'autant plus attrayante qu'elle semble en parfaite harmonie avec le projet architectural retenu : une communication entre l'antiquité et la modernité, permettant au public de se réapproprier ce patrimoine exceptionnel qui a fait de Nîmes ce qu'elle est aujourd'hui. A ce titre, je crois qu'il y a là un véritable parti pris et que, loin du simple gadget ludique, l'interactivité répond à ce désir d'impliquer le visiteur dans un dialogue avec ceux qui nous ont précédé sur ce sol.


                                        Personnellement, je suis conquise par les promesses de ce futur musée de la romanité - auxquelles je veux croire. Au-delà des projections visuelles présentées dans ce billet, restent les chiffres, impressionnants : une surface de 10 000 m² pour 3500 m² d'exposition, 25 000 pièces comprenant la plus riche collection d'inscriptions latines de France, 5500m² de réserve... N'en jetez plus ! Ah, si, quand même : 59,5 millions d'euros de coût total... Mais bon, si c'est pour la grandeur de Rome (ou de Nîmes, question de point de vue...), j'affirme qu'il ne faut pas regarder à la dépense ! Démarrage des travaux prévu à l'Automne 2013, avec une ouverture au 1er semestre 2017. Plus que 5 ans à attendre...



Pour patienter, le projet d'Elizabeth et Christian de Portzamparc est présenté dans le hall du Carré d'Art, jusqu'au 1er Octobre 2012.

Et pour en savoir plus, direction le site de la ville de Nîmes, avec une vidéo et la brochure, ici !

Toutes les photos  © E et C de Portzamparc, reproduites avec l'aimable autorisation de la ville de Nîmes.