dimanche 2 décembre 2012

Les Jouets De L'Antiquité Romaine.

                                        Ce n'est pas un scoop : Noël approche. Si vous êtes comme moi, vous êtes lancés depuis déjà quelques temps dans une course effrénée aux cadeaux, et vous écumez fiévreusement les boutiques et sites marchands, à la recherche du présent qui, à coup, sûr, fera plaisir à Tata Gertrude. Le défi est nettement moins compliqué à relever au moment de gâter vos neveux, vos petits cousins ou vos enfants : les magasins débordent de jouets de toute sorte, et vous avez à votre disposition une bonne dizaine de catalogues diligemment déposés dans votre boîte aux lettres - et parfois gracieusement annotés par vos chérubins afin de vous faciliter la tâche. C'est cette déferlante de poupées, peluches, jeux vidéos, de société, legos, robots, etc. qui m'a poussée à m'interroger sur les jouets dans l'antiquité romaine. Parce que, franchement : à quoi pouvait bien s'occuper un petit Romain, sans Playstation ni Playmobils ?! Nul doute que cette question primordiale nécessitait un article sur ce blog.

                                        Bien sûr, il existe une grande disparité selon la classe sociale à laquelle appartient la famille de l'enfant : le fils d'un patricien ou d'un riche commerçant possèdera davantage de jouets, et de meilleure qualité et dans des matériaux plus précieux, que le rejeton d'une famille pauvre. Quant aux petits esclaves, ils n'avaient certainement pas beaucoup de temps libre pour s'amuser... On peut quand même supposer que, employés par une famille aisée, ils avaient peut-être accès aux jouets du jeune maître, à qui ils servaient de compagnons de jeux. Mais si la plupart des enfants devaient se contenter de peu, cela ne signifie pas pour autant qu'ils étaient privés de divertissements : simplement, ils se servaient de leur imagination, et l'éventail était finalement très large. Aujourd'hui, nos bambins jouent au maître d'école ou au marchand, et il en était de même dans l'antiquité où les petits Romains reproduisaient volontiers les activités de la vie réelle, imitant les situations auxquelles ils étaient confrontés au quotidien.

                                        Une fois écartés les jeux vidéos et autres objets modernes, les divertissements des enfants de la Rome antique sont aussi variés que ceux que nous connaissons aujourd'hui, et étonnamment (ou pas, d'ailleurs...) semblables aux nôtres. Les matériaux qui composent les jouets sont évidemment différents (pas de plastique !), mais le style de jeu reste le même.


Hochet (Musée de Tarragone, via www.la-detection.com)

                                        A la naissance, on offre à l’enfant ses premiers jouets, de petits objets sonores : les crepundiae (de crepitare, "faire du bruit"). On connaît la crepitacula (sorte de hochet en terre cuite ou métal rempli de cailloux ou de grelots, présentant la forme d'un disque ou d'un animal), la tintinnabula et les sistres (hochets plus simple en métal) ou encore les crotales (des instruments de musique en bois.)



Stèle du Musée du Louvre.

                                        Plus tard, les jeux de guerre sont très appréciés des garçons, qui se battent les uns contre les autres en utilisant des épées en bois ou des bâtons. Une version populaire de ce jeu est appelée "Jeu de Troie" (lusus troiae - à ne pas confondre avec les jeux du même nom qui se déroulaient dans les cirques),  d'après la guerre éponyme : les garçons sont répartis en deux équipes, et le but est de pousser l'équipe adverse derrière une ligne tracée au sol, tout en résistant à son assaut. Dans la même catégorie, il existe des boucliers et des chevaux de bois, parfaits pour jouer au petit soldat.


Petites filles jouant à la balle.

Une partie de hockey - jeu d'origine grecque.
Autres jeux d'équipe populaires : les jeux de balle. La pila, par exemple, ressemble un peu à une balle de handball. La balle est généralement colorée, remplie de poils ou de plumes, voire d'air pour être plus légère. On peut la frapper du bras ou de la main, qui peuvent être protégés par une sorte de rembourrage en ouate, ou à l'aide de sortes de battes. On en connaît plusieurs versions. Dans l'une d'elle, trois participants se placent en triangle et effectuent des passes d'avant en arrière, et on ne doit jamais laisser tomber la balle. Une autre variante consiste tout simplement à lancer la balle dans le but adverse. Cache-cache et colin-maillard sont déjà couramment pratiqués à l'époque. Ce dernier jeu est connu sous le nom de "mouche de bronze" : un des enfants, les yeux bandés, tourne sur lui-même jusqu'à perdre ses repères, en annonçant "Je vais à la chasse à la mouche de bronze". Ses amis lui répondent : "Tu vas la chercher, mais tu ne la trouveras pas", et le frappent avec des lanières de cuir, jusqu'à ce que l'un d'eux se fasse attraper. 


Sarcophage représentant des enfants jouant aux noix.

                                        Parmi les jeux les plus courants, on retrouve le jeux de noix (similaire à nos jeux de billes) - au point que l'expression nuces relinquere ("délaisser les noix") est une périphrase fréquemment utilisée pour désigner le fait de sortir de l'enfance. Garçon ou fille, chaque enfant conserve jalousement ses noix dans un sac, et cherche à augmenter son trésor au cours du jeu. Les noix sont également distribuées à l'école, en guise de récompense pour les bons élèves. On connaît ce jeu sous deux noms : "Ludus castellarum" ("jeu du château") et "Nuces castellatae" ("Château de noix"). On forme une petite pyramide de trois noix, symbolisant un château, que l'adversaire doit détruire en lançant une quatrième noix. S'il réussit, il remporte toutes les pièces ; dans le cas contraire, il perd celle qu'il a jetée. On peut aussi utiliser les noix pour un autre jeu : sur une planche en bois inclinée, les enfants font rouler leurs noix en essayant de toucher celles déjà mises en jeu par les autres concurrents. Il existe bien d'autres alternatives.
"[Les noix] servent également aux jeux des enfants, soit que debout, et à l'aide d'une noix lancée sur les autres, ils rompent l'ordre dans lequel elles sont disposées ; soit que, baissés, ils atteignent en un ou deux coups le même but, en la poussant du doigt. Quatre noix suffisent pour ce jeu ; trois au-dessous et la quatrième au-dessus. D'autres fois on fait rouler la noix du haut d'un plan incliné, de manière à ce qu'elle rencontre une de celles qui sont à terre sur son passage. Avec elles aussi on joue à pair ou non, et le gagnant est celui qui a deviné juste. Ou bien on trace avec de la craie une figure pareille à la constellation du Delta, ou à la quatrième lettre des Grecs ; sur ce triangle, on tire des lignes, puis on y jette une baguette ; celui des joueurs dont la baguette reste dans le triangle gagne autant de noix qu'en indique l'intervalle où elle est restée. Souvent enfin on place à une certaine distance un vase dans lequel doit tomber la noix qu'y lance le joueur." (Ovide, "Le Noyer")

Petite fille jouant aux osselets.


                                        Le jeu d'osselets est un autre classique, pratiqué aussi bien par les enfants que par les adultes. On en trouve en matériaux aussi divers que le marbre, la terre cuite, le bronze, voire l'ivoire ou même l'or. A l'origine, le mot vient du Grec astralagos ou du Latin talus, un petit os cuboïde de l'articulation du pied des quadrupèdes. Signalons que l'astragale avait également une utilisation divinatoire et magique.


                                        Citons également une forme de morpion où il s'agit d'aligner trois pions à l'intérieur d'un cadre en bois, le tric-trac ou les jeux de dés. Le Latrunculus est un autre jeu de société, proche des échecs. Il se joue sur une planche divisée en carrés, avec des pièces en cire, en bois ou en pierre appelés latrunculi - du mot Latin latrunculus qui signifie "mercenaire". Le but du jeu consiste à capturer les pièces de l'adversaire.
"J'ai honte d'entrer dans de si petits détails; mais je veux que mon élève sache jeter les dés avec adresse, et calculer l'impulsion qu'elle leur donne en les lançant sur la table; qu'elle sache tantôt amener le nombre trois, tantôt deviner à propos le côté qu'il faut adopter et qu'il faut demander. Je veux qu'elle soit habile et prudente aux échecs : un seul pion contre deux doit succomber; un roi qui combat, séparé de sa reine, s'expose à être pris, et son rival est souvent forcé de revenir sur ses pas. " (Ovide,  "L'Art    d'Aimer", III.)

Deux enfants disputant une partie de Latrunculi.
 
On peut également citer un divertissement appelé reges, un jeu de mots qui se joue sur un plateau, avec plusieurs rangées de lettres. On en ignore les règles, mais peut-être s'agit-il de l'ancêtre du Scrabble... En parlant d'ancêtre, connaissez-vous le "Tête ou Navire" ??! Et bien, ce n'est rien d'autre que le "Pile ou Face" antique - certaines pièces représentant d'un côté la tête de Janus, et de l'autre la proue d'un bateau.



Figurine sur roulettes représentant un cheval.

Enfant aux cerceaux. (©Prioryman via wikipedia)
Les petits romains s'amusent aussi avec des cerfs-volants, des cerceaux (Trochus au singulier. A l'origine, il aurait eu une fonction religieuse car symbole du soleil - son déplacement évoquant la course de l'astre dans le ciel), des totons, des yoyos, des figurines en bois, ivoire,terre cuite, etc. représentant des personnages ou des animaux, certains munis de roulettes et d'une ficelle permettant à l'enfant de les tirer derrière lui. Martial cite aussi des modèles réduits de maisons, voire de petites voitures tirées par des souris ! Plusieurs stèles montrent le même genre de chars, auxquels sont attelés divers animaux comme des chèvres par exemple. Les animaux jouent également un grand rôle dans l'enfance (voir mon article sur les animaux dans l'antiquité romaine, ici, pour plus de détails.)




Enfant dans un charriot tiré par un mouton.


                                       Et les filles, dans tout ça ? Si l'on excepte les jeux de guerre, il semble bien qu'elles partagent les mêmes amusements que leurs petits camarades masculins : jeux de société, jeux de balles, cerceaux... Mais bien évidemment, le jouet féminin par excellence, c'est la poupée ! Des poupées de chiffons, de cire, de bois, d'argile, de terre cuite ou d'ivoire - toujours selon la richesse de la famille, et qui possèdent dinettes et petit mobilier (lits, berceaux, tables, etc.). Certaines de ces poupées sont habillées et ont même des membres articulés. Elles sont en outre coiffées selon la mode en vigueur à l'époque de leur fabrication, ce qui les rend faciles à dater.


Poupée romaine en ivoire, portant un collier d'or.

Poupée en terre cuite peinte.


                                        Les petites romaines issues des classes aisées possèdent des poupées parfois très raffinées, au visage peint et aux yeux et lèvres teints de façon à simuler le maquillage, et parfois munies de petits bijoux. Les autres se contentent de poupées plus simples, de moindre valeur.




La fillette est très attachée à sa poupée, dont elle ne se sépare qu'au moment du mariage. La veille du grand jour, elle prend alors part à une cérémonie au cours de laquelle elle l'abandonne à la déesse Diane, signifiant par là qu'elle quitte le monde de l'enfance pour commencer sa vie de femme adulte. Lors de la mort d'une fillette (ou d'une jeune femme restée célibataire), on l'enterre avec sa poupée : on a retrouvé de nombreux jouets dans des tombes, à côté de leurs propriétaires, ainsi que des stèles montrant la petite fille offrant sa poupée préférée à une divinité (encore Diane, généralement).




                                        La métaphore du jeu de noix citée plus haut ou l'abandon de la poupée par la fillette sur le point de se marier montrent bien à quel point les Romains associaient ces divertissements à l'enfance, période de la vie précédant l'entrée du bambin dans la vie sociale. Pour autant, les jeux ne sont pas uniquement réservés aux plus jeunes, et les adultes ne sont pas forcément en reste... Certes, ils délaissent les cerceaux et le colin-maillard, mais les jeux de balles sont fréquemment pratiqués à la palestre. Et certains Romains respectables sont toujours friands du jeu de noix (l'Empereur Auguste himself : "Pour se délasser l'esprit, tantôt il pêchait à l'hameçon, tantôt il jouait aux osselets et aux noix avec de petits enfants agréables par leur figure et par leur babil..." - Suétone, "Vie d'Auguste", LXXXIII), des osselets, des dés ou du jeu de mourre (micatio). Bien qu'illégal, le jeu n'en est pas moins une pratique fréquente, et l'on dilapide parfois des sommes faramineuses...
"Indifférent à sa réputation de joueur, il [Auguste] jouait sans déguisement et sans mystère. C'était un délassement qu'il affectionnait, même dans sa vieillesse, non seulement pendant le mois de décembre, mais encore les autres jours de l'année, qu'il y eût fête ou non. C'est ce qu'on voit par une lettre de sa main, dans laquelle il dit: "Mon cher Tibère, j'ai soupé avec les mêmes personnes. Vinicius et Silius le père sont venus augmenter le nombre des convives. Pendant le repas, nous avons joué en vieillards, hier comme aujourd'hui." (...) Dans une autre lettre il dit: "Mon cher, Tibère, nous avons bien passé les fêtes de Minerve; car nous avons joué tous les jours, et nous avons bien chauffé la table de jeu. Ton frère jetait les hauts cris ; mais, au bout du compte, il n'a pas perdu beaucoup. Contre son attente, il s'est refait de ses grandes pertes. J'en suis, moi, pour vingt mille sesterces."(Suétone, Ibid., LXXI)

                                        Je reviendrai à l'occasion sur ces divertissements d'adultes. Mais pour aujourd'hui, puisque ce sont les fêtes de fin d'année qui m'ont inspiré cet article, je préfère me limiter aux jouets et jeux d'enfants : après tout, Noël est bien leur fête, non ?! (Et aussi celle de la naissance d'un certain Jésus Christ, me dit-on...)


Pour approfondir le sujet, je vous signale un lien, ici :  "Des Jeux Et Des Hommes", une passionnante étude coordonnée par François Perdrial, sur les jeux et jouets dans l'antiquité.

mercredi 28 novembre 2012

A La Télé : "Le Destin De Rome".

                                        Vous commencez à en avoir l'habitude : je vous propose régulièrement dans ces pages des idées de lecture, tant de magazines que de livres, tous en lien avec l'antiquité romaine. Et bien cette fois, c'est d'un programme télévisé que je vais vous parler : "Le Destin De Rome",  de Fabrice Hourlier, diffusé sur ARTE le Samedi 1er Décembre prochain. Ou plutôt "rediffusé", puisque ce documentaire était déjà passé à l'antenne en Juin 2011, avant de sortir en DVD. Comme d'habitude, vous trouverez toutes les références à la fin de ce billet.

                                        Alors, qu'est-ce que "Le Destin De Rome" ? Un docu-fiction en deux parties, qui couvre la même période que la saison 2 de la série "Rome" de HBO, et qui retrace donc la rivalité entre Octave et Marc Antoine, depuis le mort de César jusqu'à la victoire définitive du premier sur le second, après la bataille d'Actium. Je sais, je sais : je vous dévoile le dénouement de l'intrigue, mais ce n'est pas exactement comme si je vous révélais l'identité de Kaiser Sauze dans "Usual Suspects" !! Marc Antoine et Octave : et oui, encore ! Mais l'originalité du documentaire tient à la reconstitution spectaculaire des décors d'époque et des batailles de Philippes et d'Actium, autant qu'aux langues utilisées puisque le documentaire a été tourné en Latin et en Grec. Avec la louable ambition de se rapprocher au plus près de la vérité historique.


Antoine (Pawel Delag) et Octave (Andy Gillet)

                                        Reprenons brièvement les évènements relatés dans la première partie, "Venger César". En 44 avant J.C., Jules César concentre tous les pouvoirs entre ses mains, et il se murmure qu'il serait sur le point de se faire proclamer Roi. Il est alors assassiné par un groupe de sénateurs hostiles, emmenés par Brutus et Cassius, républicains qui se veulent les défenseurs de la patrie. Mais les conjurés, n'ayant rien prévu pour faire suite à cet assassinat, sont complètement pris de court. Marc Antoine, le bras droit de César, et Octave, son petit-neveu et héritier, saisissent l'opportunité pour retourner la situation en leur faveur : mettant leur rivalité de côté, ils prennent le pouvoir et en appellent à la vengeance. Brutus et Cassius gagnent alors la Grèce afin de lever une armée. En 42 avant J.C., Antoine et Octave se portent à leur rencontre et les affrontent lors de la bataille de Philippes. Le choc entre Césariens et républicains est d'une rare violence : sur les 200 000 soldats engagés, 30 000 trouvent la mort. Cassius et Brutus sont tués et Marc Antoine, artisan de la victoire, voit son prestige accru. Il est désormais l'homme fort de Rome.

Cléopâtre (Laëticia Eïdo) et Antoine (Pawel Delag)

                                        Le second volet, "Rêves d'Empire", reprend l'action là où nous l'avions laissée. Les vainqueurs de Philippes se sont partagés le territoire dominé par Rome : à Octave l'Italie, tandis que Marc Antoine se rend en Asie. Alors que le premier assoit son autorité et gagne de l'influence en Occident, le second s'éprend de Cléopâtre, autrefois maîtresse de César et mère de son fils Césarion, et se laisse griser par les plaisirs faciles d'une vie de débauche à Alexandrie. Octave et Antoine nourrissent cependant tous deux l'ambition de devenir le seul détenteur du pouvoir, en éliminant l'autre... L'antagonisme ne fait que croître, et le rusé Octave prend le prétexte de l'alliance entre Antoine et Cléopâtre pour déclarer la guerre à la Reine d’Égypte. Les deux factions s'affrontent lors de la bataille navale d'Actium, en 31 avant J.C. : vaincus, Antoine et Cléopâtre prennent la fuite pour tenter de mettre à l'abri leur trésor de guerre et regagnent Alexandrie. Ils s'y suicident quelques mois plus tard. Débarrassé de ses ennemis, Octave devient, 4 ans plus tard, le premier Empereur de Rome sous le nom d'Auguste.

Reconstitution de la bataille d'Actium.

                                        Voilà pour le fond, que je reconnais avoir ici grossièrement résumé puisque c'est davantage la forme du documentaire qui m'intéresse aujourd'hui. Spectaculaires, les deux films le sont assurément : le recours à la technologie, via images de synthèse, affranchit le réalisateur de toutes les limites, en lui permettant de composer des décors grandioses, de "cloner" ses figurants, d'accumuler les navires et les légionnaires. Pour être totalement honnête, ce genre de procédé me laisse en général assez sceptique : l'aspect virtuel ressort nettement et ça ne fait pas "vrai", tout simplement. Or, j'admets que cette fois, j'ai trouvé le résultat assez bluffant et qu'à de rares exceptions près (les vues générales d'Alexandrie par exemple, ou certains décors un peu froids), on y croit vraiment. Les batailles de Philippes et d'Actium sont réellement époustouflantes, plus réalistes qu'épiques. De ce point de vue, c'est une belle réussite.

Reconstitution du forum romain.
Les auteurs du "Destin De Rome" ont également tenté de rompre avec l'image "officielle", véhiculée par exemple par Plutarque. On sait bien que l'Histoire est écrite par les vainqueurs, et Octave / Auguste a bien veillé à ne conserver que des écrits à sa propre gloire. Il y est généralement décrit comme un fin politique, aussi roué qu'intelligent. Antoine, quant à lui, est dépeint comme un ivrogne débauché, esclave de sa passion pour la putain égyptienne, et non comme l'excellent militaire et l'homme d'état partisan d'une symbiose entre Rome et l'Orient hellénistique, à l'image de celle dont César lui-même rêvait peut-être. "Le Destin De Rome" évite donc cet écueil et remet en question les sources généralement consultées, pour tenter de se rapprocher de la psychologie des protagonistes. L'effort est louable, bien qu'il laisse une légère impression de malaise : car comment prétendre cerner la complexité des caractères et les motivations, 2000 ans après les faits ? Sans compter que le récit des évènements tend à une dramatisation romanesque du récit, appuyée par une vision finalement assez manichéenne, avec un Octave plutôt antipathique et un couple Antoine - Cléopâtre qui n'échappe pas aux clichés romantiques. Ce qui n'empêche pas de saluer les efforts des auteurs, et la crédibilité historique de leur remarquable travail, en particulier concernant les manœuvres militaires et stratégiques.

                                        Qu'en est-il du parti pris audacieux d'un film tourné entièrement en Latin et en Grec ? Si j'ai fait référence à la saison 2 de "Rome", ce n'est pas totalement gratuit puisque, outre la ressemblance entre les acteurs choisis pour incarner Antoine et Octave dans les deux versions,  Fabrice Hourlier, le réalisateur du "Destin De Rome" confie avoir été impressionné par la série de HBO, à un détail près : la langue. "Entendre César parler anglais, ça m'a fait bizarre", a-t-il avoué à Télérama. Dont acte : rendons à César ce qui appartient à César, et le Latin à nos braves Romains ! Pour se faire, l'équipe s'est basée sur les graffiti d'époque, écrits phonétiquement par des ouvriers ou des gens du peuple. Quant au Grec, langue des élites romaines et omniprésente en Orient, il leur a fallu se contenter du Grec moderne, la prononciation de la langue en vigueur au Ier siècle avant J.C. n'étant pas connue. Sur le papier, l'idée est séduisante. Mais dans la réalité, je ne suis pas certaine que ça apporte grand-chose au spectateur, qui se retrouvera le plus souvent à lire des sous-titres français traduisant du Latin ou du Grec au lieu d'Anglais...


Brutus (Cédric Brenner) et Cassius (Olivier Neveux) sous-titrés, puisque parlant Latin...

                                        Pour couronner le tout, les spécialistes se crêpent joyeusement le chignon quant à la crédibilité de ces dialogues antiquisants ! Paul-Marius Martin, professeur émérite de langue et littérature latines à l'université Montpellier-III, et qui a supervisé les traductions du documentaire, est enchanté par les recherches effectuées pour les textes en Latin, et se dit convaincu par l'exactitude des intonations ; en revanche, il est plus mesuré quant à l'emploi du Grec moderne, assez éloigné du Grec ancien selon lui. Tout au contraire, Claude Aziza, agrégé de Lettres classiques et maître de conférences honoraire de latin à l'Université Paris III Sorbonne Nouvelle, se montre plutôt indulgent vis-à-vis des textes en Grec, mais fustige les tentatives de reconstitution du Latin antique et notamment les "risibles roucoulades dans les r", qu'aucun élément ne permet d'étayer.  (Revue "Histoire" 365.)

                                        Loin de moi l'idée de jouer les arbitres dans ce débat d'érudits, pour lequel je ne suis pas compétente. Au-delà de la question légitime de la fiabilité de la reconstitution linguistique, encore faut-il voir ce que les acteurs en ont fait, et il faut bien admettre que leurs performances sont inégales : si Cléopâtre (Laëticia Eïdo) s'en tire relativement bien (quoiqu'elle ânonne un peu), d'autres déclament avec une emphase cicéronienne peu naturelle. Quant à Octave (Andy Gillet) , on a parfois l'impression qu'il manque d'assurance et qu'il s'apprête à nous réciter ses déclinaisons (rosa rosa rosam...) ! Antoine (Pawel Delag) est sans doute celui qui s'en sort le mieux, tant au niveau du jeu que de la diction.

Extrait du making of : galope, brave Cassius !

                                        Pour autant, j'ai parfaitement conscience du défi relevé par ces comédiens, qui ont réussi à redonner vie à des langues mortes. A leur décharge, leur tâche n'a pas été aisée : en plus de devoir apprendre leurs dialogues en phonétique, à l'aide de baladeurs numériques sur lesquels ils étaient enregistrés, les pauvres se sont vus contraints de gesticuler sur un fond vert puisque tout, des décors à la masse des figurants, était ajouté en surimpression! Privés de repères visuels et sans texte concret auquel se raccrocher, on imagine combien ils ont dû en baver... Vu sous cet angle, ils n'ont pas démérité.

                                        Reste que l'utilisation du Latin et du Grec a une autre vertu puisque, contre toute attente, elle a permis au projet d'atteindre une ampleur internationale. Diffusé au Japon, en Italie, aux États-Unis, en Grèce, en Belgique, au Portugal, en Chine, en Slovénie, en Australie, etc., le documentaire a partout connu un franc succès, autant critique que public. Pour ma part, en dépit des réserves exposées ici, j'ai finalement apprécié ces deux films : convaincants sur le plan historique, d'une grande qualité esthétique grâce à des reconstitutions magistrales, des acteurs kamikazes qui ne s'en tirent pas si mal que ça... Quant au choix du Latin et du Grec, et quelle que soit l'opinion éclairée des linguistes, force est de reconnaître qu'il fallait un sacré cran pour oser un tel pari ! Il en ressort un documentaire passionnant, qui a le mérite de dépoussiérer le genre et d'instruire tout en divertissant. Ce n'est pas la moindre de ses qualités, une autre étant, j'espère, d'éveiller la curiosité et d'inciter le spectateur à approfondir le sujet à travers la lecture de biographies, d'études ou même des textes antiques... Une émission à voir, ne serait-ce que par curiosité, et surtout parce qu'on passe un agréable moment. Après tout, c'est bien là l'essentiel !


© Chiloe Productions

"LE DESTIN DE ROME" de Fabrice Hourlier et Stéphanie Houville.
"Venger César" et "Rêves d'Empire" : 2 X 52''.
 Coproduction : ARTE France, Docside Production, Indigènes

Disponible en DVD chez Chiloe Productions - 33 € - lien ici.
 

Diffusion sur ARTE le 1er Décembre 2012 à 20h45 et le 5 Décembre 2012 à 10h30. 

Sauf mention contraire, toutes les photos © Docside / Indigènes.

dimanche 25 novembre 2012

Peinture à fresque : technique et aperçu.

                                        Je vous ai récemment parlé de la mosaïque, ici. C'est un des aspects de l'art domestique romain, mais ce n'est évidemment pas le seul. Ceux d'entre vous qui ont eu la chance de visiter le site de Pompéi, par exemple, n'ont pu qu'être frappés par les sublimes fresques qui ornent les vestiges : qu'il s'agisse de celles de la Maison du Faune ou bien de celles de la Villa des Mystères, on reste forcément stupéfait devant la somptuosité de la décoration murale. Il va de soi que le sujet m'intéresse (vous savez que, dès que j'entends parler de romanité, je suis au garde-à-vous), mais je préfère être claire : la peinture a fresco m'est à peu près aussi familière que la part de l'agriculture dans le PIB de la Mongolie occidentale dans les années 30. C’est-à-dire : pas des masses.

                                        Mais ça (comme dit la pub) c'était avant : heureusement pour moi, le Musée Archéologique de la ville de Nîmes a eu la bonne idée de convier Isabelle Rolet pour une conférence intitulée : "La fresque, une technique pas comme les autres." Peintre en décor du Patrimoine, fresquiste et restauratrice à l’École d'Avignon, cette spécialiste a su nous faire partager sa passion, tout au long d'un exposé de plus de deux heures (d'après ma montre. Mais je jurerais que c'était beaucoup plus court, tellement c'était intéressant.) Et c'est donc l'occasion pour moi d'aborder le sujet sur mon blog, forte de mes connaissances toutes neuves ! (Et de plusieurs pages de notes, quand même...)

Isabelle Rolet. (Photo via la Ville de Nîmes)

La peinture à fresque : de l'art... et de la chimie.


                                        En toute logique, commençons par définir la fresque : il s'agit d'une technique de peinture essentiellement murale qui consiste en l'application de couleurs sur un enduit humide, constitué d'un mortier poreux à base de chaux éteinte. Le mot fresque de l'expression italienne "dipingere a fresco" (peindre à frais), par opposition à "dipingere a secco" (peindre à sec). Le fait de peindre sur un support frais permet notamment d'utiliser comme coloration un mélange de pigments et d'eau, sans addition d'un liant : les pigments pénètrent dans l'enduit et s'incorporent au mur. La peinture à fresque est ainsi particulièrement résistante.

                                        Bon, accrochez-vous : on va faire un peu de chimie ! Si les couleurs se fixent ainsi dans l'enduit, c'est grâce à une réaction appelée la carbonatation. Lors de l'évaporation de l'eau contenue dans l'enduit, l'hydroxyde de calcium de la chaux se combine au gaz carbonique de l'air et se cristallise en une pellicule de carbonate de calcium, appelée le calcin. Durant la séchage, le calcin migre vers la surface et, en se superposant à la peinture, forme une couche protectrice. C'est d'ailleurs le calcin qui a protégé les fresques pariétales des grottes préhistoriques... Mais ce processus chimique implique, du même coup, que l'exécution d'une fresque doit être rapide, avant le séchage complet de l'enduit, et précis puisque toute correction est impossible.

Cycle de la chaux. (Schéma © Guilde des métiers de la chaux)

Certains l'aiment chaux : chaux aérienne et chaux hydraulique.


                                        Avant tout, une petite digression s'impose : vous ne manquerez pas de la trouver utile si, comme moi, vous n'êtes guère familier des matériaux de maçonnerie... La technique de la fresque impose l'emploi de deux types de chaux distinctes :

  • La chaux grasse ou aérienne, qui se présente sous forme d'une pâte presque liquide, d'un blanc lumineux. A partir de calcaire cuit à 700° dans un four, elle se transforme alors en chaux vive puis, trempée d'eau, en chaux éteinte. On obtient alors la fameuse pâte qui servira de base au gâchage et qui, au contact de l'air, retournera à l'état de calcaire par le processus de carbonatation décrite ci-dessus. On appelle l'ensemble de ce processus le cycle de la chaux. A prise lente et légèrement soluble à l'eau, la chaux aérienne est facile à travailler - d'autant plus qu'elle sera tirée de calcaire pur, comportant une faible proportion d'argile. (- 5%)
Chaux grasse.

  • La chaux hydraulique, en poudre, obtenue à partir de calcaire argileux (de 5 à 20 %) : insoluble à l'eau au contact de laquelle elle durcit, elle prend en quelques heures en se cristallisant et présente une teinte grisâtre.  
Chaux hydraulique.


Préparation du support.


                                        Ces précisions apportées, voyons sur quel support s'applique une fresque. Le mur lui-même doit être épais, poreux et souple. La technique est donc particulièrement adaptée au bâti ancien, construit à partir de matériaux locaux et donc très variés, caractérisés par leur porosité et leur souplesse (la brique, la terre crue ou cuite, la pierre, etc.), au contraire des matériaux modernes étanches et rigides (parpaing, béton, ciment). Concrètement, on peint la fresque sur une superposition de couches distinctes :

  1. Au contact du mur, la première couche est une couche d'accroche : l'arriccio ("je frise"). C'est une sorte de crépi de mortier rugueux, à base de chaux hydraulique et d'un agrégat d'argile, de bris de tuiles, de sable, etc. Bien que Vitruve recommande d'appliquer 7 couches d'enduit successives, on se contente en général de trois couches. Chaque pose demande un temps de séchage de plusieurs heures, et ce crépi doit rester rugueux pour que l'enduit à peindre s'y accroche parfaitement.
  2. La seconde couche correspond au support de la fresque elle-même, qui recevra les tons de couleurs : c'est l'intonaco. Cette couche fine (environ 5 mm d'épaisseur) est appliquée sur l'arriccio. Elle est constituée de chaux grasse aérienne, lissée à la truelle.
  3. Vient enfin la fresque elle-même, dont les couleurs,  posées sur la surface de l'intonaco, seront fixées dans le calcin (voir ci-dessus).


On distingue nettement le mur (1), l'arriccio (2) et l'intonaco. (3)


La peinture.


Sinopia, abbaye de San Galgano.
                                        Le dessin est appliqué à l'aide d'un carton préparatoire, criblé de trous le long de ses contours, que l'on trace alors sur l'enduit à l'aide d'un pigment rouge d'oxyde de fer, la sinopia - qui donne son nom à l'ébauche de la fresque. Lorsque celle-ci est de dimensions trop importantes pour être réalisée en une seule fois, on divise la sinopia en plusieurs parties, chacune étant peinte au cours d'une séance. On désigne ces différentes zones par le mot de giornata ("journée"). Les joints ou raccords sont souvent visibles, et permettent de déduire la rapidité et la progression des séances de travail.



Le Baiser de Judas (Giotto). Les lignes blanches montrent les démarcations correspondant à chaque giornata.

                                        La peinture est préparée à l'aide de pigments naturels (minéraux comme la terres de Sienne ou oxydes métalliques) délayés dans de l'eau. Les pigments employés dans la peinture a secco ne conviennent pas forcément à la technique à fresque : les pigments végétaux ou organiques notamment (cochenille par exemple), sont "brûlés" par la chaux. (Pour plus de détails sur les pigments, vous pouvez jeter un œil ici, dans mon billet consacré à la polychromie dans les sculptures antiques.)
                                 
                                        Le mortier doit encore être humide sans "coller", afin que la peinture le recouvre sans trop le pénétrer, au risque de perdre de son intensité. On commence par peindre le panneau de fond de la fresque, et on travaille en partant de l'angle supérieur droit, afin d'éviter que les coulures ne détériorent le travail déjà effectué. Ce n'est qu'ensuite que l'on réalisera les personnages et les détails, en couches successives. Une autre technique, moins onéreuse, consiste à rechampir - c'est-à-dire à peindre les contours des personnages au lieu de les peindre par-dessus la couleur. Elle est employée principalement lorsque la teinte utilisée en fond est onéreuse : cinabre, bleu d'Alexandrie, etc.

Ouvriers travaillant avec gabarit et tampon. (©Isabelle Rolet)

                                        A partir du moment où le mortier présente la consistance idéale, la réaction de carbonatation décrite plus haut exige du peintre un travail rapide et précis : une fois l'enduit sec, les pigments ne pourront plus s'y fixer, et toute erreur est irrémédiable. Pour prolonger la fraîcheur de l'enduit, les peintres doivent parfois mouiller le mur avec de l'eau ou de l'eau de chaux. La même nécessité d'un travail rapide conduit les peintres à utiliser des outils leur permettant d’œuvrer plus vite : des tampons pour reporter des motifs récurrents , des gabarits, etc. En dernière étape, on cire la fresque après la carbonatation afin de la protéger et de la rendre plus brillante.

La vitesse d'exécution donne un ton presque impressioniste. (Maison des Dioscures, Pompéi.)


Fresques romaines : les quatre styles pompéiens.


                                        Les fresques les plus anciennes dateraient de 6000 avant J.C., et auraient été réalisées dans l'actuelle çatal höyük, en Turquie. Cependant, la pratique semble s'être étendue de façon empirique, dans toutes les civilisations : elle est utilisée dès 1800 avant J.C. par les mésopotamiens ou les Égyptiens. Plus proches des Romains, les Étrusques en ornaient leurs tombes : l'enduit reste grossier, le sable mélangé à la chaux du mortier affleurant en surface, et le traitement des sujets représentés est assez synthétique et se résume le plus souvent à des contours remplis d’aplats de couleur.

Fresque étrusque de Tarquinia.

                                        Mais la peinture a fresque connaît surtout son essor chez les Grecs et les Romains. Les fresques romaines apparaissent le plus souvent dans les pièces de réception, comme le triclinium, où elles démontrent la richesse du propriétaire des lieux. Cet art pictural est généralement divisé en quatre groupes ou styles, qui se sont succédé dans le temps. On doit cette distinction à l'archéologue August Mau, qui s’est essentiellement basé sur les découvertes de Pompéi et sur les ouvrages de Vitruve. On peut certes supposer que l'évolution n'a pas été homogène à travers l'ensemble de l'Empire, et que des variations ont pu surgir selon les régions ; cependant, cette classification fait encore autorité aujourd'hui.

Le 1er style, qui s'étend du milieu du II ème siècle jusqu'en 80 avant J.C., se caractérise par une division de la paroi en trois parties (plinthe, panneau central et corniche) et l'utilisation de couleurs vives et une évocation du bois, du marbre ou de la pierre en relief. Découpés dans le mortier, ces faux éléments sont ensuite peints et lissés.

Exemple du 1er style.

Le 2ème style apparaît en 100 avant J.C. et s'achève au début du règne d'Auguste. Il n'y a plus d'élément en relief, c'est un style entièrement peint. On retrouve la division tripartite de l'espace, mais le relief est suggéré en trompe-l’œil, et les fresques représentent une architecture illusionniste et symétrique inspirée de décors fastueux du théâtre, s'ouvrant sur des arrières plans composés de bâtiments, de villes, de ciel, de jardins, etc., comme vus depuis une fenêtre. Ce style évolue progressivement, et les décors se réduisent et se font plus austères, pour laisser une place plus importante à des peintures souvent mythologiques.

Exemple du 2ème style. (Villa Fannius Synistor, Boscoreale)

Le 3ème style naît en 20 avant J.C. et disparaît sous le règne de claude. En réaction à l'opulence du 2ème style, les parois se ferment et les décors se simplifient, des traits horizontaux et verticaux de couleur pure délimitent les zones du mur. L'effet chromatique est mis en valeur par des architectures en trompe-l’œil d'une grande subtilité, des pilastres fins et des candélabres multiples. Il se caractérise surtout par l'apparition d'un grand tableau central, à l'intérieur d'un édicule flanqué de panneaux ornés de vues champêtres ou figuratives. La rapidité d’exécution exigée par la technique de la fresque amène les peintres à esquisser le motif de façon quasi impressionniste, quelques traits suffisant à suggérer une silhouette ou une forme.

Exemple du 3ème style. (Villa de Marcus Lucretius Fronto, Pompéi.)


Le 4ème style enfin, de 45 à 90 environ, abandonne la division de l'espace en trois parties, mais synthétise des éléments des styles précédents. Complexe et sophistiqué, il présente des lignes de fuite multiples, des perspectives en 3 ou 4 points, des décors en trompe-l’œil en 3 dimensions, des plinthes présentant des tableaux très détaillés et parfois surchargés. On y retrouve les décors illusionnistes et les effets d'ouverture, mais aussi les reliefs en stuc, des dorures, des médaillons, des candélabres, etc. Les thèmes sont variés : toujours des scènes mythologiques, mais aussi des natures mortes, des portraits, des scènes de la vie quotidienne.

Exemple du 4ème style. (Maison des Vettii, Pompéi.)

Fresquistes de l'antiquité.


                                        Tout comme les mosaïstes, les fresquistes de l'antiquité romaine ne signaient pas leurs oeuvres : une seule fresque, dans toute l'Italie, comporte le nom de son auteur. Etaient-ils considérés comme des artistes, ou comme des artisans ? Difficile à dire. Il existe une autre similitude entre fresquistes et mosaïques : l'organisation des ateliers, où chaque employé a un rôle déterminé :

  • Le tector prépare et applique les enduits, et peint le panneau de fond ;
  • Le pictor parietarius réalise les moulures et les décors simples ou répétitifs ;
  • Le pictor imaginarius, chef de l'atelier, gère l'ensemble et peint les éléments principaux et les plus délicats.

Fresquistes en train de peindre et d'appliquer l'intonaco. (©Isabelle Rolet)



Conclusion.


Isabelle Rolet à l’œuvre...
Travail minutieux et délicat, la peinture sur fresque présente néanmoins l'avantage d'être beaucoup plus résistante que la peinture murale. A quelques exceptions près : l’infiltration, due au contact des fondations avec le sol, peut par exemple provoquer des remontées capillaires et la détérioration des parties inférieures de la fresque. En revanche, la technique a permis à de nombreuses œuvres de traverser les siècles pour parvenir jusqu'à nous. Pour en revenir à Pompéi, la cire déposée après la carbonatation a protégé les fresques de la calcination lors de l'éruption du Vésuve : en fondant, la cire a pénétré dans la fresque, l'incrustant encore plus profondément dans l'enduit... Malheureusement, il semble bien que nous soyons sur le point de réussir là où le Volcan a échoué, les fresques en question ayant été détériorées depuis leur mise au jour - autant par manque de moyens qu'à cause de l'incompétence de leurs premiers découvreurs.



                                        Mais ceci est une autre histoire - tout comme l'évolution de la peinture a fresco au Moyen-Age et surtout à la Renaissance. Des noms comme Giotto, Raphaël ou Michel-Ange sauront alors porter la technique à son apogée, avec un savoir-faire et une maestria qui ne cessent d'éblouir, et qui feront d'eux les dignes successeurs des artistes anonymes de la Rome Antique.

Après, c'est sûr, faut quand même un minimum de talent... ("La création d'Adam" - Michel-Ange.)

                                        Quant à moi, je ne vais pas vous mentir : pour une novice telle que moi, cette conférence fut une belle découverte, mais ce n'est pas demain la veille que je redécorerai mon petit appartement en peignant une grande fresque mythologique dans le salon ! Et pourtant, Diane Chasseresse au-dessus du canapé, ça aurait une sacrée gueule...


Mes remerciements à Isabelle Rolet pour son intervention passionnante, pour m'avoir permis de reproduire sur cette page les schémas et photos de sa conférence et - last but not least ! - pour les corrections qu'elle a gentiment apporté à cet article.

mercredi 21 novembre 2012

Agenda Et Bonne Lecture : "Arelate".


                                        Un court billet pour vous signaler une belle initiative, qui aura lieu le Samedi 8 Décembre prochain en Arles, à la Boutique Historique de l'Espace Van Gogh (adresse en fin d'article).

                                        Tout d'abord, vous pourrez y goûter les saveurs romaines concoctées par Mireille Chérubini, de la Taberna Romana. Je vous ai déjà parlé de cette jeune femme passionnée ici, et des remarquables produits qu'elle propose. A cette occasion, vous pourrez déguster ses préparations et découvrir des coffrets qui, à n'en pas douter, trouveront leur place sur les tables de fin d'année, voire sous le sapin. Comme la dernière fois, je vous invite à jeter un œil sur son site : www.taberna-romana.com . 

                                        Dans un second temps, la boutique organise une rencontre avec Alain Genot et Laurent Sieurac, auteurs de la bande dessinée "Arelate", à l'occasion de la réédition du premier tome ("Vitalis") et la sortie du second ("Auctoratus"). Suivra une séance de dédicaces, de 14h30 à 18h30.


© 2012 Cleopas / Sieurac / Genot.

Un mot sur la B.D. en question, publiée pour la première fois en Août 2009 : elle est donc l’œuvre de Laurent Sieurac, l'auteur de la série "L'Assassin Royal", et d'Alain Genot, archéologue passionné qui apporte sa caution scientifique au projet. L'histoire se déroule dans la ville d'Arles à l'époque Gallo-romaine et s'attache aux destins de deux personnages, dont les trajectoires vont se croiser.  Vitalis et Neiko. Le premier est un tailleur de pierres, et un joueur de dés compulsif, prompt à user de ses poings : son vice et son caractère emporté le perdront, lui coûtant son emploi et sa réputation. Sa situation semble critique : alors que sa femme est enceinte, il ne trouve plus un seul engagement et ses créanciers se font de plus en plus menaçants. C'est alors qu'un dénommé Atticus lui propose de rejoindre l'école de gladiateurs de son maître, et de descendre dans l'arène pour rembourser ses dettes et subvenir aux besoins de sa famille... Neiko, quant à lui, est un adolescent. Élève peu assidu, il ne rêve que de s'embarquer pour le grand large, au grand dam de sa mère et de son père pourtant naute sur le Rhône. Deux personnages que, a priori, rien ne prédispose à se rencontrer. Et pourtant...
                                 



© 2012 Cleopas / Sieurac / Genot.

On retrouve dans le second volet les mêmes personnages : Vitalis poursuit sa formation en commençant par l'armatura de provocator, tandis que son épouse vient d'accoucher. Hélas, le beau-père du gladiateur a manœuvré pour obtenir le divorce de sa fille, afin d'éviter que son petit-fils ne naisse esclave, comme l'est Vitalis. Entre ses problèmes familiaux et ses premiers pas peu concluants dans l'arène, notre héros a bien besoin du soutien d'Atticus, son mentor. Mais voilà que celui-ci, ancien rétiaire, se voit contraint de combattre à nouveau lors de l'inauguration de l'amphithéâtre, en échange de sa liberté. Quant à Neiko, il honore le marché passé avec son père : il étudie et suit consciencieusement ses cours, et obtient en échange un premier engagement à bord d'un navire sur le Rhône. Mais, alors qu'il devient un homme et prend la toge virile, Neiko découvre que son père lui a trouvé une épouse...   





                                        Je ne suis pas un fana de B.D., même si je fais volontiers une exception lorsque le 9ème art se pique d'Antiquité. "Murena", "Cassio", "Les Aigles De Rome"... Et maintenant, "Arelate" ! L'attelage d'un dessinateur talentueux et d'un historien passionné fonctionne à merveille, et donne naissance à un scénario prenant, avec des personnages aussi touchants que crédibles, dans un cadre historique remarquablement reconstitué. La ville et ses monuments sont bien rendus, tout comme les détails de la vie quotidienne, et l'intrigue elle-même est plus que vraisemblable. Le dessin, d'une grande finesse, a quelque chose de cinématographique, les techniques audacieuses utilisées conférant une remarquable fluidité au récit, notamment dans la transition entre les vignettes. Une vraie réussite, qui plonge le lecteur dans une atmosphère qui n'a rien d'empruntée, et qui permet d'apprendre et de découvrir un lieu et une époque, sans jamais verser dans l'ouvrage pédagogique pesant. Le tout augmenté dans chaque tome d'un dossier historique très intéressant, qui complète à merveille la fiction et en souligne quelques clins d’œil malicieux (Ah, le couteau retrouvé dans les vestiges des Thermes !). On regrettera peut-être que les ouvrages soient en noir et blanc, mais les passionnés d'Histoire et de BD y trouveront néanmoins leur compte. Une jolie découverte !

ARELATE - Laurent Sieurac / Alain Genot :
Tome 1 : Vitalis - 64 pages - 14 € 85
Tome 2 : Auctoratus - 64 pages - 14 € 85
Éditions Cleopas : lien ici.


LA BOUTIQUE HISTORIQUE
Espace Van Gogh
4, place Félix Rey
13200 Arles

Tél : 04.90.96.43.65

http://www.boutique-historique.fr



Samedi 8 Décembre 2012.
Dégustation romaine : 11h00 à 13h00.
Rencontre et dédicaces avec A. Genot et L. Sieurac : 14h30 à 18h30.

dimanche 18 novembre 2012

Alea Jacta Est ! (Bis Repetita Placent)




Jules César franchissant le Rubicon. (Source : carte Liebig.)


                                         Lorsque j'ai inauguré mon blog, j'ai intitulé mon premier billet "Alea Jacta Est !" (Ou "Iacta alea est" chez Suétone.) Latiniste ou non, passionné d'antiquité romaine ou pas, vous connaissez certainement cette phrase passée depuis longtemps à la postérité. Son auteur ? Jules César, dit-on. Car en réalité, ce n'est pas si simple - nous allons en reparler. Si ce brave Jules était quand même un spécialiste des petites phrases ("Veni Vidi Vici" ou "Tu quoque, fili" pour ne citer que les plus célèbres), il faut bien admettre que celle qui nous intéresse aujourd'hui  occupe une place prépondérante dans sa biographie, et même dans l'Histoire. Je vous propose donc de nous pencher sur les circonstances dans lesquelles auraient été prononcées ces paroles.


Buste de César. (Musée archéo. de Naples)





Buste de Pompée.
Revenons en 53 avant J.C. Jusqu'à cette date, le pouvoir à Rome est détenu par un triumvirat formé de Crassus, Pompée et César. Officiellement, le Sénat dirige la république mais, dans les faits, ce sont bien ces trois hommes qui font la pluie et le beau temps, grâce à leur puissance militaire ou leur fortune. Or en 53 avant J.C., Crassus est tué alors qu'il mène la guerre contre les Parthes. Entre César et Pompée, les relations n'avaient jamais été très cordiales, et un an auparavant, le décès de Julia, la fille de César mariée à Pompée, avait déjà sérieusement affaibli leur alliance. La mort de leur collègue marque une nette dégradation dans leurs rapports. Tandis que César parachève la conquête de la Gaule, Pompée s'allie au Sénat, et Rome sombre dans l'anarchie : les bandes armées de Milon et Clodius, respectivement partisans de Pompée et de César, se livrent à de véritables combats de rues, provoquant des émeutes. En 52 avant J.C., Clodius est assassiné par les sbires de Milon et le peuple, furieux, incendie la Curie. Aux abois, le Sénat donne les pleins pouvoirs à Pompée, le chargeant de rétablir l'ordre. Pompée, soucieux du prestige que César a acquis en soumettant la Gaule et du pouvoir que lui confère son ascendant sur ses légions, formées d'hommes âpres au combat et qui lui sont entièrement dévoués, profite de la situation pour faire passer toute une série de lois défavorables à son rival. En particulier, le proconsulat que détient César sur la Gaule Cisalpine touchant à sa fin, celui-ci souhaite à nouveau poser sa candidature pour obtenir la prorogation de sa charge... Or le Sénat, à l'instigation de Pompée, lui ordonne de rentrer à Rome pour poser sa candidature, et donc de déposer son commandement et de licencier ses légions. César sait parfaitement qu'en obtempérant, il se mettrait à la merci de ses ennemis, et il communique donc son refus au Sénat, par l'intermédiaire de Marc Antoine. Pompée et les sénateurs lui opposent une fin de non-recevoir et maintiennent leurs exigences.


Le célèbre Rubicon.



Dans la nuit du 11 au 12 janvier 49 avant J.C., Jules César, à la tête de la XIIIème légion, arrive devant le Rubicon. (Certains historiens avancent qu'il y aurait eu confusion et qu'il s'agirait du cours voisin du Pisciatello. Sans prendre parti, je préfère ici en rester au Rubicon...) Ce modeste cours d'eau, à l'Est de la plaine du Pô, marque alors la frontière entre l'Italie romaine et la Gaule Cisalpine. Or, la législation de la République romaine est très claire : afin d'éviter que les ambitions d'un chef militaire ne se retournent contre Rome et pour protéger la république des menaces intestines, il est interdit de pénétrer sur le territoire avec une armée. Si César franchit le ruisseau, il deviendra hors-la-loi. Voilà comment Suétone rapporte la scène :
"Là il s'arrêta quelques instants, et, supputant la grandeur de son entreprise, il se tourna vers ceux qui l'accompagnaient : « Maintenant encore, dit-il, nous pouvons revenir sur nos pas ; mais, si nous passons ce petit pont, le sort des armes décidera de tout.  » Il balançait encore, lorsque eut lieu le prodige suivant. Un homme d'une taille et d'une beauté remarquables apparut soudain, assis tout près et jouant du chalumeau. Outre les bergers, un grand nombre de soldats des postes voisins était accouru pour l'entendre, et, entre autres, des trompettes. Il saisit la trompette de l'un d'eux, s'élança d'un bond vers le fleuve, et sonnant une fanfare avec une force extraordinaire, il se dirigea vers l'autre rive. Alors César : «Allons, dit-il, où nous appellent les prodiges des dieux et l'iniquité de nos ennemis ! Le sort en est jeté. » (Suétone, "Vie De César", XI-XII.)


Le passage du Rubicon par Jules César. (Enluminure de Jacques Fouquet)
 
                                        Cet acte symbolique est une véritable déclaration de guerre contre Pompée et le Sénat. A l'instar de Suétone, Plutarque présente l'épisode en insistant sur les scrupules et les hésitations de César :
"Lorsqu'il fut sur les bords du Rubicon, fleuve qui sépare la Gaule cisalpine du reste de l'Italie, frappé tout à coup des réflexions que lui inspirait l'approche du danger, et qui lui montrèrent de plus près la grandeur et l'audace de son entreprise, il s'arrêta ; et, fixé longtemps à la même place, il pesa, dans un profond silence, les différentes résolutions qui s'offraient à son esprit, balança tour à tour les partis contraires, et changea plusieurs fois d'avis. Il en conféra longtemps avec ceux de ses amis qui l'accompagnaient, parmi lesquels était Asinius Pollion. Il se représenta tous les maux dont le passage de ce fleuve allait être suivi, et tous les jugements qu'on porterait de lui dans la postérité. Enfin, n'écoutant plus que sa passion, et rejetant tous les conseils de la raison, pour se précipiter aveuglément dans l'avenir, il prononça ce mot si ordinaire à ceux qui se livrent à des aventures difficiles et hasardeuses : «Le sort en est jeté ! » et, passant le Rubicon, il marcha avec tant de diligence qu'il arriva le lendemain à Ariminium avant le jour et s'empara de la ville. " (Plutarque, "Vie Des Hommes Illustres", XXXVII)

Source : www.iletaitunehistoire.com
Voilà qui ne ressemble guère à César ! En réalité, il semble évident qu'il n'agit pas sur un coup de tête, et que la décision a été mûrement réfléchie. César sait parfaitement que la République est instable, que Pompée le sous-estime et, plus grave, surestime ses propres capacités : ne fanfaronne-t-il pas, devant les Sénateurs inquiets, en proclamant "Je n'ai qu'à frapper la terre du pied et il en sortira des légions !" ?! En fait de légions sorties de terre, notre Général hors-la-loi trouve une Rome déserte : Pompée et les Sénateurs se sont enfuis, dans la panique la plus totale ! César a donc tout le temps de conquérir l'Italie puis d'attaquer les soldats de Pompée cantonnés en Espagne. Pompée et ses partisans, pendant ce temps, ont gagné la Grèce pour tenter de lever une armée, mais César les y rattrape : les Pompéiens sont écrasés lors de la bataille de Pharsale, en 48 avant J.C. Pompée se rend alors en Égypte, afin de demander le secours du roi Ptolémée XIII, qui le fait assassiner dans l'espoir de s'attirer les bonnes grâces de César... Fin de l'histoire - du moins en ce qui concerne la guerre civile et ce pauvre Pompée.

                                        Revenons un instant sur cette fameuse phrase, "Alea jacta est." César l'aurait citée en Grec (langue de l'élite de l'époque), d'après un vers du poète Grec Ménandre, son auteur préféré : "ἀνερρίφθω κύϐος" ("Anerrifthô Kubos"). Certains linguistes et historiens, contestant la traduction de Suétone "Iacta Alea Est", soulignent qu'en réalité il faudrait comprendre "Que le dé soit jeté." et non pas "Le dé est jeté." Si cette nuance parait anecdotique, elle change pourtant radicalement le sens de l'expression : fataliste dans le second cas, elle souligne la caractère aléatoire (justement!) du sort et l'impuissance de l'individu face aux évènements ; dans le premier au contraire, le protagoniste prend bel et bien l'initiative, choisissant volontairement de risquer le tout pour le tout, quelle que soit la part du hasard.

                                        Mais au fond, tout cela n'a peut-être pas grande importance, puisque rien ne prouve que César ait réellement prononcé cette phrase - ni en Latin, ni en Grec, ni en Quechua ! Seules trois sources antiques en font mention : Suétone donc, mais aussi Appien et Plutarque. Aucun autre historien ne s'en fait l'écho... pas plus que César lui-même, dans ses "Guerres Civiles" ! Il est à noter que César ne consacre d'ailleurs pas la moindre ligne au passage du Rubicon : lors de la rédaction de ces commentaires, il veut apparaître comme celui qui a ramené la paix à Rome et unifié une cité déchirée par des affrontements dont il n'a aucun intérêt à être tenu pour responsable - et non plus comme le Général hors-la-loi qui s'est opposé à Pompée et qui, en franchissant le Rubicon, a précipité le déclenchement de la guerre civile.

Le mot de la fin pour Jules... (Vignette extraite de : "Astérix Légionnaire")

                                        Peu importe, après tout ! Cet évènement a marqué l'Histoire et l'inconscient collectif, au point de passer à la postérité (et dans de nombreuses vignettes d'Astérix !) et de donner naissance à l'expression "franchir le Rubicon", pour évoquer une entreprise risquée, dans laquelle on se lance en dépit de son caractère hasardeux. De quoi rebondir en confirmant, en guise de conclusion, que ce sont bien les petits ruisseaux qui font les grandes rivières...