dimanche 28 décembre 2014

Zodiaque et mythologie. (Partie 1)

                                        Tous les ans en Janvier, les magazines vous promettent votre horoscope pour l'année à venir : en fonction de votre signe zodiacal, vous y découvrez ce que vous réservent les prochains mois sur le plan amoureux, professionnel ou de la santé. Je suppose que mon cas personnel reflète celui de beaucoup de gens : je n'y crois pas... mais je lis quand même ! On ne sait jamais, et si je dois vraiment rencontrer l'amour le 15 Mars, autant éviter de sortir en jogging et pas maquillée ce jour-là... Cela étant, je ne suis pas Madame Irma et je m'abstiendrai donc de sacrifier à cette tradition. En revanche, je peux en profiter pour aborder un autre aspect relatif aux signes du zodiaque : si à l'origine, ils n'étaient pas liés à la mythologie, la tradition gréco-romaine les y a progressivement inclus en les reliant à diverses légendes. C'est ce que nous allons découvrir dans cet article en deux parties - pour terminer 2014 et entamer 2015.

                                        Pour commencer, qu'est-ce que le zodiaque et qui en est à l'origine ? Le mot en lui-même vient du Grec, Zôdion signifiant "petit animal". Il s'agit de la division symbolique en 12 parties de l'espace du ciel que le soleil parcourt durant l'année. Chacune de ces parties comprend une constellation, qui donne son nom à un signe astrologique. C'est d'abord la disposition des étoiles qui a évoqué l'idée du symbole rattaché à la constellation, avant que celui-ci ne soit lié à une légende mythologique. Le poète Ausone les cite ainsi, dans l'ordre du parcours solaire :
"Vient ensuite cette zone de signes que composent douze constellations : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, et les Poissons." (Ausone, Fragments divers.)




                                        La question fait encore débat mais, si l'on rencontre quelques opinions divergentes, la plupart des historiens attribuent l'invention du zodiaque aux Babyloniens. Par leur intermédiaire, le système aurait été adopté par les Grecs et ensuite transmis aux autres peuples du pourtour méditerranéen - Romains inclus. L'astrologie connaît un réel développement à Rome au début de notre ère : pour les Anciens, l'astrologie n'a rien à voir avec l'idée que nous nous en faisons généralement puisqu'il s'agit d'une science, au même titre que les mathématiques ou la médecine. Le thème astral se base sur des calculs et observations complexes - bien loin de l'horoscope hebdomadaire de Elle ! L'engouement est tel que l'Empereur Tibère, par exemple, se passionne pour  la discipline, qu'il pratique lui-même en amateur. Il a toute confiance en son astrologue personnel, Thrasyllus, qu'il consulte sur les sujets les plus variés. Voilà qui mérite un article plus complet, ce qui sera sans doute fait prochainement...

                                        A l'origine, les symboles du zodiaque évoquaient le calendrier des travaux agricoles ou les phénomènes astronomiques et météorologiques observés au cours des saisons. Par exemple, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux (d'abord représentés par deux chèvres) illustraient les mois de printemps ; la Balance représentait la période au cours de laquelle le jour et la nuit ont des durées égales ; le Sagittaire signifiait la saison de la chasse ; le Verseau la saison des pluies, etc. Cette symbolique a progressivement disparu, et adoptés par les Grecs, les animaux ou figures choisis pour personnifier les constellations ont été assimilés aux légendes mythologiques. Ces croyances ne sont pas toujours unanimes et on rencontre parfois plusieurs versions voire plusieurs personnages différents, associés à un seul et même signe. J'ai choisi de privilégier les plus communément évoqués.


Le Bélier.


                                        Le Bélier du signe éponyme, c'est celui de la Toison d'Or. L'histoire commence lorsque le Roi de Béotie, Athamas, se lasse de son épouse Néphélé dont il avait eu deux enfants - un fils nommé Phrixus et une fille appelée Helle. Le goujat renvoie sa femme et se remarie avec Ino, qui lui donne à son tour deux fils. Jalouse des enfants de Néphélé, et craignant que Phrixus ne supplante son propre rejeton dans l'ordre de succession, Ino décide de les faire tuer. Pour cela, elle fait griller les semences destinées à la récolte de blé, rendant les graines stériles. Consterné par l'absence de moisson et la famine à laquelle son peuple est condamné, Athamas consulte l'oracle. Or, Ino a soudoyé les messagers, qui accusent Phrixus et Helle d'être responsables de la colère des Dieux. Seule leur mort pourrait les apaiser... Accablé de chagrin, Athamas se résigne à sacrifier ses enfants.

Phrixus et Helle sauvé par Chrysomallos. (Vase lucanien, ©Harvard University.)



                                        C'était compter sans Zeus : imploré par Néphélé, il envoie à la rescousse le bélier à la toison d'or, Chrysomallos. Conduit par Hermès, l'ovin divin charge les deux enfants sur son dos et s'envole allègrement par-delà les mers. Manque de chance, Helle se penche un peu trop et - plouf ! - tombe dans l'océan et se noie. L'endroit, les Dardanelles, est également connu sous le nom d'Hellespont... Quant à Phrixus, il parvient jusqu'en Colchide où il sacrifie le Bélier en l'honneur de Zeus - qui transforme l'animal en constellation. Toutefois, on avait pris garde de mettre de côté la toison d'or, offerte au Roi de Colchide. Celle-là même que viendrait bientôt chercher un certain Jason - mais ceci est une autre histoire.


Le Taureau .


                                        Les taureaux ne manquent pas dans la mythologie gréco-romaine, mais le bovin stellaire serait celui dont Zeus avait revêtu la forme pour enlever Europe. Toujours chaud comme la braise, le Dieu tombe amoureux de la belle jeune femme. Craignant cependant la colère de son épouse Héra, il se change en un éblouissant taureau blanc et s’approche de l'objet de sa convoitise, qui joue sur la plage. Sous le charme, l'innocente a l'idée saugrenue de monter sur le dos de la bête qui - ni une, ni deux - part au triple galop dans la mer et l'emmène jusqu'en Crète. Là, reprenant sa véritable apparence, Zeus s'unit à elle - avant de l'abandonner pour repartir sur l'Olympe. Plaquée, Europe se console dans les bras d'Astérios, Roi de Crète. De son union avec le Dieu volage naquirent tout de même trois fils : Minos, Sarpédon, et Rhadamanthe. Minos fera plus tard construire un labyrinthe afin d'y enfermer un autre genre de taureau : le Minotaure. Mais ceci est une autre histoire.

"L'enlèvement d'Europe." (Toile de Noël-Nicolas Coypel - Philadelphia Museum of Art.)

Les Gémeaux.


                                        L'un des signes doubles de l'astrologie, les Gémeaux évoquent les jumeaux Castor et Pollux, également connus sous le nom de Dioscures. Ils sont les enfants de Léda, épouse de Tyndare, et de... Zeus, décidément toujours aussi entreprenant. Le Dieu choisit cette fois de se matérialiser sous la forme d'un cygne pour s'unir à Léda ; la même nuit, la coquine visite la couche de son époux légitime. De cette double union naissent deux œufs : le premier contient Hélène et Pollux (fils de Zeus) le second Clytemnestre et Castor (fils du Roi.)

                                        En grandissant, les deux garçons s'attachent profondément l'un à l'autre et une grande complicité les unit. Bon sang ne saurait mentir, les jumeaux multiplient les exploits, accompagnent par exemple Jason dans sa conquête de la Toison d'Or. Mais les jumeaux sont tués au combat et Zeus place son fils Pollux parmi les étoiles. Or, celui-ci refuse d'être immortel s'il doit être séparé de son cher Castor. Il supplie son père de partager l'immortalité avec son frère et Zeus y consent, réunissant les deux frangins au sein de la constellation des Gémeaux. Pendant ce temps-là, leur sœur Hélène a été enlevée par Pâris, qui déclenche ainsi la guerre de Troie. Mais ceci est une autre histoire.


Castor & Pollux. (Statue de Joseph Nollekens - Victoria & Albert Museum.)


Le Cancer.


                                         Cette fois, Zeus n'y est pour rien ! Le Cancer est l'un des rares signes que le Roi des Dieux n'a pas lui-même placé au firmament. La créature - carcinos en Grec, soit écrevisse - est liée au mythe d’Héraclès.

                                        Parmi ses douze travaux, le héros doit combattre l'hydre de Lerne, monstrueux serpent multicéphale (Vous savez : dès qu'on lui coupe une tête, il en repousse deux à la place.) Or, cette charmante créature n'est pas la seule occupante de Lerne puisqu'on y trouve aussi le futur Cancer, placé là par Héra qui exècre notre héros. L'idée, c'est que l'écrevisse détourne l'attention d'Héraclès pour donner l'avantage à l'Hydre. Malheureusement pour l'écrevisse (et pour l'Hydre), le plan ne fonctionne pas comme prévu : la bestiole mord bien Héraclès au talon, mais celui-ci l'écrase d'un simple coup de pied. Magnanime, Héra  récompense toutefois le sacrifice du Cancer en le plaçant parmi les constellations. Et Héraclès extermine l'Hydre et passe aux travaux suivants. Mais ceci... (Vous avez saisi l'idée ?!)


Héraclès attaqué par Carcinos, tandis qu'il combat l'hydre. (Vase attique - ©Bibi Saint-Pol via wikipedia.)


Le Lion.


                                        Revoici Héraclès puisque le lion zodiacal n'est autre que le lion de Némée, que le Héros affronte au cours du premier de ses douze Travaux. Fruit des amours d'Echidna et de de Typhon, ce fauve redoutable élevé par Héra terrorise la vallée de Némée. Héraclès tente d'abord d'abattre la bête de ses flèches, mais celles-ci effleurent à peine la peau de l'animal. Il n'a pas davantage de succès lorsqu'il essaye de le tuer à coups d'épée ou de massue : la massue s'abat sur le crâne de l'animal dans un choc formidable... et se brise en mille morceaux ! Désarmé, Héraclès saisit alors le lion par le cou, et il l'étrangle à mains nues. Au passage, il dépèce le cadavre et endosse la peau du monstre, qui s'est avérée si solide, pour s'en faire une armure. Pour commémorer l'exploit de son fils, Zeus place le Lion au nombre des constellations.


"Hercule étranglant le lion de Némée." (Esquisse de Pierre-Paul Rubens - ©Harvard Art Museum.)


La Vierge.


                                        Il est déjà plus difficile de relier la Vierge à une légende mythologique précise. On la rapproche de plusieurs divinités - comme Isis ou Déméter - mais sans lui attacher un récit spécifique. Cependant, on évoque le plus souvent Astrée : sœur de la Pudeur, cette jeune femme vertueuse, Déesse de la justice, était la fille de Zeus et de Thémis. Aux temps heureux de l'Âge d'or, où les Hommes ne connaissaient que la paix, l'amour et la prospérité, elle vivait parmi les mortels. Mais c'était trop beau pour durer : la situation dégénéra avec l'apparition des guerres et des crimes, et tout partit en vrille. On était entré dans l'Âge de Bronze, et ça n'allait pas s'améliorer ensuite... Désabusée par les perversions de l'âme humaine et la déliquescence du monde, Astrée mit un terme à son séjour terrestre et se retira dans les Cieux, sous la forme de la constellation de la Vierge.


"Astrée quittant les bergers." (Toile de Salvador Rosa - The Yorck Project via wikipedia.)

7 commentaires:

Sylviane a dit…

Fidèle au poste, non à ton blog même en cette fin d'année….et peut-être savoir ce que mon signe zodiacal me réserve! Tous mes voeux pour 2015 !

minvtio a dit…

Il en manque je n'ai pas eu droit à mon signe, c'est une injustice quand je pense à mon signe. La suite dans le prochain magasine hebdomadaire
C'est drôle comme le chiffre 12 à de l'importance dans le monde des hommes, l'astrologie chinoise les Babyloniens ...
Mais ça c'est une autre histoire

Mathis Nzoulou a dit…

Merci pour cette article très intéressant,j'ai découvert des choses et c'est rare ^^

Cela dit,j'ai toujours penser que la vierge était liée a Atalante mais après vérification c'était moi dans ma tête

Bonne fêtes et merci encore

Anonyme a dit…

Le meilleur pour la fin.
Et je ne dis pas ça parce que je suis poisson.

Bonne année 2015 à l'auteure du blog et aux lecteurs!

Mounir.

FL a dit…

Réponse en tir groupé, en cette période de fêtes : et oui, il faut attendre la seconde partie pour découvrir les autres signes ! Étant cancer, je ne peux pas dire qu'on garde le meilleur pour la fin... disons que certains savent se faire désirer :-)

Quant à Atalante pour la Vierge : après tout, pourquoi pas ? Il y a tellement de variantes chez les Anciens et d'explications différentes que chacun peut bien choisir celle qui lui plaît.

Bonne année à tous, en tous cas - et merci, merci pour vos commentaires.

Anonyme a dit…

Laura : SVP la suite !!!! j'ai hâte de la lire merci d'avance

FL a dit…

Bah, je ne dis rien : vous avez trouvé la suite toute seule :-)