dimanche 5 mai 2013

Escapade A Fréjus - Forum Julii.

                                       Lorsque je suis en déplacement - séjour professionnel ou simples vacances - mon premier souci est toujours de vérifier s'il n'y aurait pas, par le plus grand des hasards, quelques vestiges romains ou un musée archéologique à visiter. Parfois, c'est une gageure : la présence gallo-romaine à Brest, par exemple, ne peut pas être qualifiée de manifeste. Dans d'autres cas, il est beaucoup plus simple de trouver des lieux à explorer et il arrive même que la difficulté consiste justement à établir des priorités, et à déterminer quoi visiter en un laps de temps réduit. Voilà précisément le problème auquel j'ai été confrontée en passant quelques jours à Fréjus, dans le Var, où l'on tombe sur des ruines antiques à chaque coin de rue, et où les références à Rome vous prennent par surprise, au moment où vous vous y attendez le moins. Un seul exemple : je logeais près de la place d'Actium, à côté des Quais Octave, Agrippa, Cléopâtre et Marc Antoine ! De quoi rendre hystérique la forcenée que je suis, et plonger mes compagnons de voyage dans une sorte de lassitude résignée. (Du genre : "Nous y voilà ! Elle a encore dégotté un truc Romain !")  Puisque j'ai joyeusement arpenté les rues de cette jolie ville varoise armée d'un bloc-notes, d'un guide, et de mon fidèle appareil photo, je vous propose de vous joindre à moi : remontons 2000 ans en arrière, et découvrons la Fréjus antique.


UN PEU D'HISTOIRE FREJUSSIENNE.



                                       Son nom dit clairement son origine romaine : Fréjus dans l'Antiquité, c'était Forum Julii - qu'on pourrait traduire par "le marché de Jules". Nous y reviendrons, mais cette appellation montre bien que la ville est née de la volonté de Rome (et de Jules César plus précisément, mais vous l'aviez sans doute deviné). Avant la conquête romaine, la région était occupée par des peuples ligures, qui cassaient joliment les pieds des Massaliotes, eux-mêmes ayant établi des comptoirs dans le Sud de la Gaule. Ça commence à bien faire : ces Grecs installés à Marseille en appellent à Rome, qui intervient d'abord en 154 avant J.C., puis une nouvelle fois vers 124 avant J.C. Malgré ce qu'en pense Obélix, ils ne sont pas fous, ces Romains : ils en profitent pour s'installer en Gaule méridionale, ces premières campagnes leur ayant ouvert un passage vers l'Espagne. Cette période est notamment marquée par la fondation et l'émergence d'Aquae Sextae (Aix en Provence) et de la Colonia Narbo Martius (Narbonne). En 43 avant J.C. apparait pour la première fois le nom de Forum Julii, sous la plume de Cicéron, qui le mentionne en évoquant la guerre civile opposant Antoine et Lépide à Octave :
"En vingt-quatre heures un pont a été jeté sur l'Isère, grand fleuve qui baigne la frontière des Allobroges, et le 4 des ides de mai j'y ai fait passer mon armée : en même temps, sur l'avis que Lucius Antoine avait poussé une reconnaissance jusqu'à Forum-Julii avec de la cavalerie et des cohortes, j'ai fait partir mon frère le 5 des ides, à la tête de quatre mille chevaux, pour aller à sa rencontre." (Cicéron, "Ad Familiares", X - 15.)
Forum Julii, choisie par Antoine comme point de ralliement, était donc déjà une cité importante sur le plan stratégique.

Buste de Jules César. (Musée d'Arles Antique.)


                                       Ce nom est une référence implicite à Jules César, probable fondateur de la ville en 49 avant J.C. - le nom des Julii étant parfois employé comme un simple hommage. On ignore également s'il s'agit d'une fondation à proprement parler ou de la réorganisation et du développement d'une bourgade moins importante. Il est toutefois évident que la cité fait partie des marchés (fora) établis par Rome entre l'Italie et l'Espagne, et le choix de l'emplacement ne doit rien au hasard : échappant au contrôle des Massaliotes, port naturel au bord de la Méditerranée, ouvrant sur une vaste plaine fertile, protégé des inondations fluviales par une butte, au cœur d'un réseau de communications formé par la Via Julia Augusta, la Via Domitia et la Route des Maures, le site présente de nombreux avantages, stratégiques autant que commerciaux.

                                       C'est pourtant grâce à Octave, petit-neveu et fils adoptif de César (et accessoirement futur Empereur Auguste) que la ville gagne en importance, et devient une colonie romaine. A ce titre, ses habitants sont citoyens romains de plein droit, c'est-à-dire possesseurs des droits civils (droit de mariage, de commerce, d'ester en justice, d'héritage et de transmission) et des droits publics (droit de vote et d'éligibilité dans la cité mais aussi à Rome), et la ville est dotée d'une Curie, sorte de Sénat local gérant les affaires publiques. Pline l'Ancien en parle ainsi, dans son "Histoire Naturelle" :
"En revenant à la mer, Tricorium ; puis, dans l'intérieur, les régions des Tricolles, des Vocontiens et des Segovellaunes, puis des Allobroges ; sur la côte, Marseille des Grecs Phocéens, alliée ; le promontoire Zao, le port Citharista ; la région des Camatulliques, puis les Sueltères ; et au-dessus les Verrucins ; sur la côte elle-même, Athénopolis des Marseillais ; une colonie de la huitième légion, Forum Julii, ou Pacensis, ou Classica ; il y passe un fleuve appelé Argenté ; la région des Oxubiens et des Ligaunes, au-dessus desquels sont les Suètres, les Quariates, les Adunicates; sur la côte, la ville latine d'Antipolis (Antibes) ; la région des Déciates; le Var, qui descend du mont Céma, de la chaîne des Alpes." (Pline l'Ancien, "Histoire Naturelle", III - 5.)

L'Empereur Auguste. (Photo via Flickr, ©David Paul Ohmer.)

                                       Cette dénomination de Pacensis ( de Pax - la paix) semble célébrer la paix retrouvée après la bataille d'Actium (31 avant J.C.), où la victoire d'Octave sur la flotte de Marc Antoine et Cléopâtre mit un terme à la guerre civile. C'est en effet à Fréjus que le vainqueur transféra les navires pris à ses ennemis :
"Deux flottes, l'une à Misène, l'autre à Ravenne, protégeaient l'Italie sur l'une et l'autre mer; et des galères qu'Auguste avait prises à la bataille d'Actium et envoyées à Fréjus gardaient, avec de bons équipages, la partie des Gaules la plus rapprochée." (Tacite, "Annales", IV - 5.1)

La Bataille d'Actium. (Lorenzo Castro.)

                                       Le port, creusé dans des marécages et relié à la Méditerranée par un canal, abrite des bâtiments militaires au moins jusqu'au IIème siècle, faisant de Fréjus le troisième port de guerre de la Méditerranée occidentale  après Misène et Ravenne. Cependant, la paix rétablie sur le territoire romain met un frein à cette activité militaire, transformant la ville en un pôle commercial et son port, en port de commerce. De nombreuses légions sont licenciées, et les vétérans installés dans des colonies - d'où, sans doute, le nouveau statut de Forum Julii, colonie de droit romain rattachée à la tribu romaine des Aniensis. Prenant le nom de Colonia Octaviorum, elle accueille alors les vétérans de la VIIIème légion et est élevée, en 22 avant J.C., au rang de  chef-lieu de la nouvelle province proconsulaire de Gaule narbonnaise. Dès lors, la ville ne cesse de se doter de grands bâtiments et d’infrastructures : théâtre, amphithéâtre, égouts, thermes, aqueduc, phare, etc. - dont la plupart datent du règne de Tibère.  Elle s'agrandit aussi, couvrant plus de 45 hectares sous le règne des Flaviens. Fréjus devient un pôle urbain et une place économique importante : son port situé sur une voie maritime très fréquentée, son marché, sa proximité avec un arrière-pays agricole producteur de vin et d'huile d'olive, l'importance de la pêche en mer ou en viviers (grâce à laquelle on produit l'allex, variété de garum), la présence d'exploitations minières de grès vert et de porphyre bleu et l'implantation d'un artisanat potier largement diffusé dans l'Empire (on a retrouvé des amphores à Ostie) en font un centre commercial écoulant la production artisanale et agricole de la région.

Fréjus antique. (Extrait du Point - 13/08/99)
 
                                       Pendant les siècles suivants, le dynamisme de Fréjus ne se dément pas. L'Antiquité tardive est marquée par l’établissement du Christianisme, ses structures se substituant peu à peu à celles héritées de l'Empire. Fréjus est l'un des premiers et plus important évêché de Gaule, avant même la reconnaissance du Christianisme comme religion officielle. Est construit à cette époque l'un des ensembles épiscopaux les plus anciens de Provence. Le premier évêque de la ville, Acceptus, assiste au concile de Latran en 374. A partir du règne de Dioclétien, le nouveau découpage territorial de l'Empire place Fréjus en Narbonnaise Seconde, dans le diocèse de Viennoise - situation qui perdure au moins jusqu'au Vème siècle, malgré quelques soubresauts (la province de Narbonnaise Seconde disparaissant puis réapparaissant au cours du IVème siècle, au gré des réformes administratives.)  Ce seront finalement les invasions des Musulmans et les incursions des pirates, entre le VIIème et le IXème siècles, qui sonneront le glas de la cité romaine : les monuments tombent peu à peu en ruines et la mer gagne l'intérieur des terres, bouchant le port qui n'est plus qu'une plaine marécageuse.

SUIVEZ LE GUIDE !


                                       Jouissant du fait de son statut de colonie d'un lien particulier avec Rome, enrichie par le commerce, l'artisanat et l'exploitation des ressources de l'arrière-pays, Fréjus s'est dotée au cours de son Histoire de nombreux édifices dont subsistent aujourd'hui plusieurs vestiges remarquables.

Musée archéologique.


                                       Avant d'évoquer les ruines archéologiques encore visibles, une brève visite du musée archéologique de Fréjus s'impose. Bien qu'il soit de taille modeste, la présentation thématique des collections, pertinente et fort intéressante, mérite un détour. Plusieurs axes ont en effet été retenus pour mettre en valeur les divers vestiges retrouvés sur le territoire de la ville antique, chacun illustré dans une des quatre salles du bâtiment : la production locale de poteries et céramiques, la villa augustéenne, les rites funéraires qui sont évoqués grâce aux nécropoles mises au jour dans les années 80, et enfin la statuaire.

L'Empereur Tibère.
                                         Les trois premières salles sont donc centrées sur la vie quotidienne des habitants de Forum Julii: des maquettes permettent ainsi de mieux comprendre l'organisation d'une villa au début de l'Empire ou le fonctionnement d'un four de potier, tout comme des reconstitutions offrent un aperçu des nécropoles romaines.


Maquette d'une domus, période augustéenne.




Amphores vinaires.
S'y ajoutent des vitrines présentant des objets retrouvés lors des fouilles, des épingles à cheveux aux biberons en passant par les miroirs ou les basalmaires, et une jolie collection d'amphores vinaires et d’antéfixes. A l'étage, le hall d'accueil montre une reproduction de la Fréjus antique en elle-même, tandis que la salle consacrée à la statuaire contient les plus belles pièces du musée. Entre autres, une tête de l'Empereur Tibère, la splendide mosaïque polychrome dite "de la panthère", et surtout le magnifique Hermès bicéphale, devenu le symbole de la ville.



L'Hermès bicéphale...

... que l'on retrouve même sur les arrêts de bus !

                                       Bien sûr, ce sont cependant les monuments antiques qui ont fait la réputation de Fréjus. Ramassés sur un petit périmètre, ils ne sont pas toujours bien indiqués et il faut savoir ouvrir l’œil...
  

Place Agricola.


                                       Au détour d'une rue du centre ville, voici la place Agricola. Qui n'a pas grand-chose d'antique, puisqu'elle appartenait autrefois au Couvent des Minimes. Mais, rebaptisée après la révolution, elle porte aujourd'hui le nom d'un Général romain originaire de la cité, Gnaeus Julius Agricola, dont la statue trône au centre de la place. Né en 40, Agricola suivit le cursus honorum jusqu'au Sénat et, gouverneur de Bretagne romaine en 77, il acheva la conquête de l'île et organisa sa circumnavigation, avant d'être, peut-être, poussé au suicide par la jalousie de l'Empereur Domitien. Sa vie nous est connue par l'éloge qu'écrivit son gendre, l'historien Tacite.

Agricola.

Porte des Gaules.


                                       Non loin de la place Agricola, au Sud-Ouest de la ville en direction d'Aix en Provence se dresse la Porte des Gaules. N'en restent plus aujourd’hui que les traces d'un dallage et d'une enceinte semi-sphérique flanquée de deux tours rondes. Comparable à la Porte Auguste de Nîmes, elle comportait une porte large, destinée à la circulation charretière, et deux portes latérales plus étroites, pour le passage des piétons. Les baies ont été obstruées à la fin du XIXème siècle, mais l'ensemble permet tout de même d'imaginer à quoi elle pouvait ressembler sous l'Empire.

Porte des Gaules, tour visible à gauche.


Porte d'Orée.


                                       Autre arche remarquable, la Porte d'Orée se trouve au Sud de la ville antique. En réalité, il ne s'agit pas d'une porte, mais d'une des arches du frigidarium des thermes. Elle ouvrait sur une vaste piscine d'eau froide et les fouilles ont révélé, grâce aux dimensions impressionnantes de l'ensemble, qu'il s'agissait d'établissements thermaux comparables à ceux de Rome, et parmi les plus importants de Gaule Narbonnaise.

Porte d'Orée.

Butte Saint-Antoine.


                                       Située sur un promontoire rocheux, la butte jouxtait le port antique. Au départ occupée par des habitations construites selon les techniques romaines, elle fut ensuite cernée d'une muraille comportant une tour, longtemps considérée comme un phare. On y construisit ensuite un vaste bâtiment symétrique, comportant plusieurs pièces et des cours à portiques - vraisemblablement une résidence officielle ou le siège d'une administration provinciale. 


Enceinte Romaine.


                                       A certains endroits de Fréjus subsistent des traces de l'enceinte, longue de 3750 mètres, qui protégeait la ville. Il n'y a pas de certitude quant à la datation de ces murs, probablement édifiés en plusieurs temps. Le mortier de blocage mêlé à de la pierraille et l'appareil régulier en moellons de grès brun est cependant caractéristique de la construction fréjussienne du Haut-Empire. Entre autres traces visibles, on signalera celles situées dans la zone du Clos de La Tour, un peu en arrière du théâtre, qui comprend la partie la mieux conservée des remparts, dont une des tours circulaires.

Vestiges visibles près du Clos de La Tour.

Amphithéâtre.


                                      A l'Ouest de Fréjus, à l'extérieur des anciens remparts, s'élève le monument le plus célèbre de la ville : l’amphithéâtre romain, bâti au cours du Ier siècle. Sa date exacte de construction n'a pas été établie avec certitude, certaines sources la situant  autour des années 20-30 quand d'autres avancent une période plus tardive (fin du Ier siècle - début du IIème.) De forme elliptique, il mesurait 113 m sur son grand axe et 83 m sur le plus petit, et sa piste s'étendait sur 68 m de long pour 39 m de large. Sa capacité d'accueil avoisinait les 10 000 spectateurs, ce qui le place derrière celui d'Arles, mais devant les arènes de Cimiez à Nice.

Vue aérienne des arènes. (©INRAP)

                                       En dépit de sa dégradation, les recherches archéologiques ont permis de mieux comprendre comment l'édifice avait été érigé. Le nord de l'amphithéâtre a été bâti à flanc de colline, permettant d'économiser sur la maçonnerie, en évitant la construction de murs de soutien. Autour de la piste, les gradins reposent sur 52 murs rayonnants, reliés par des voûtes. Les murs sont constitués d'un mélange de pierres et de mortier de chaux, recouverts de moellons de grès vert. La façade, aujourd'hui disparue, était en bloc de grès. Elle était constituée de trois niveaux d'arcades sur 21 mètres de hauteur. L'entrée située vers la ville était flanquée de deux pilastres, tandis que deux piliers en pierre de taille encadraient l'entrée du côté de l'arène. Sur les corniches au sommet étaient fixés les mats de bois permettant de déployer le velum, bâche actionnée à l'aide de cordages et de poulies afin de protéger les spectateurs du soleil.

Mur au parement de moellons.

                                       De part et d'autre de l'entrée Sud-Ouest se trouvent plusieurs pièces fermées, peut-être les coulisses ou une ménagerie. Les gladiateurs et animaux pénétraient dans l'arène par des couloirs reliant ces espaces à la piste, ou par une fosse cruciforme creusée en son milieu et recouverte d'un plancher de bois.

Ambulacre.

                                       Parmi les vestiges nettement visibles, on remarque en particulier le système de circulation horizontale (ambulacre) et verticale (vomitoire), qui permettait à chacun de gagner la place qui lui était attribuée en fonction de la classe sociale à laquelle il appartenait. En effet, les gradins étaient divisés en trois sections distinctes, séparées entre elles par un parapet : au premier étage s'installaient édiles et notables, les classes moyennes occupaient le deuxième, tandis que la plèbe et les esclaves se pressaient au dernier. Sur les gradins Nord, on peut encore deviner les vestiges d'une loge d'honneur.

La piste des arènes.

                                       L’amphithéâtre de Fréjus a été utilisé jusqu'à l'interdiction des combats de gladiateurs par Constantin (IVème siècle), avant d'être abandonné puis, comme de nombreux monuments antiques, utilisé comme carrière de matériaux afin d'édifier d'autres bâtiments, et notamment le groupe épiscopal et la ville médiévale. Une léproserie puis un couvent dominicain s'installèrent dans les ruines vers le XVIème siècle. Ce n'est que grâce à Victor Hugo et Prosper Mérimée que l'on prit peu à peu conscience de la valeur de ce patrimoine historique architectural, et il fallut attendre 1840 pour que les arènes soient classées monument historique.

"Il sort de tous les lieux pleins de souvenirs une rêverie qui enivre et qui fait qu'on marche ensuite longtemps au hasard. Après avoir quitté l'hôtel de la Poste, je me suis trouvé tout à coup hors de la ville, sans trop savoir par quel chemin j'étais venu. Deux ou trois archivoltes romaines qui s'enfonçaient à ma droite derrière une masure m'ont réveillé. Je me suis avancé sous cette voûte, et au bout de quelques pas j'entrais dans une vaste enceinte circulaire qu'entoure de toutes parts un entassement magnifique de gradins défoncés, d'arcades rompues, de vomitoires comblés. Ce sont les arènes de Fréjus. Entre les blocs réticulaires croissent pêle-mêle des figuiers sauvages et des térébinthes, rattachés par des guirlandes de ronces. Les caves des bêtes fauves, fermées avec des claies de roseaux, abritent de vieilles futailles. Je voyais un paysan descendre les marches encore presque neuves de l'escalier des empereurs. J'étais sur la place même où se tordaient, il y a deux mille ans, les lions, les gladiateurs et les tigres. Il y pousse maintenant une herbe haute que broutait paisiblement autour de moi une troupe de chevaux maigres, errant dans le cirque la clochette au cou. Que de sang, et que de sang humain, il y a dans les racines de cette herbe!" (Victor Hugo, "En Voyage".)


L'amphithéâtre aujourd'hui...

                                       Depuis, l’amphithéâtre a été scrupuleusement étudié et a subi de nombreux travaux de restauration - d'ailleurs fort critiqués puisque l'édifice est largement bétonné, et même dénaturé selon certains.

Théâtre Antique.


                                      Autre bâtiment important, le théâtre antique n'a pas été épargné par le temps : il n'en reste que le squelette, et quelques vestiges du mur de scène. Si elle n'est pas établie avec précision, on estime sa date de construction aux alentours des années 20 - 30. D'une profondeur de 65 mètres pour 84 mètres de large, il formait un hémicycle classique, fermé par un mur de scène au décor sculpté. La façade et les gradins étaient probablement en bois, tandis que le bâtiment de scène avait été bâti en pierre. Se tenaient dans l'édifice des spectacles populaires, comme les mimes ou les pantomimes. Sans doute abandonné au cours des IVème - Vème siècles, il a aujourd'hui été réhabilité et, muni de nouveaux gradins, il a renoué avec sa vocation d'origine et accueille à nouveau le public.

Vestiges du théâtre.


Port Romain Et Lanterne d'Auguste.


                                       L’Histoire antique de Fréjus est d'abord celle d'un port, aménagé dans une lagune naturelle au pied de la cité, sans doute au cours du Ier siècle avant J.C. On peut cependant supposer que le site était déjà exploité avant la présence romaine, mais c'est véritablement Octave qui en fait un port de première importance. (Voir ci-dessus). En y transférant les navires pris à la flotte d'Antoine et Cléopâtre, il transforme la ville en port militaire et, au moins jusqu’à la fin du IIème siècle, Fréjus reste la plus grande base navale de Gaule, et la troisième de l'Empire après Misène et Ravenne en Italie, ainsi que je l'ai déjà dit. Le bassin, à l'époque antique, forme un polygone irrégulier couvrant une superficie d'environ 17 hectares, et il est entouré de quais et limité au sud par un parapet de 560 m de longueur.

Anciens remparts du port romain.

                                       J'ai déjà souligné la position hautement stratégique de Fréjus, primordiale sur le plan militaire - au point que Tacite en parle comme de la "clé de la mer" (claustra maris). Se tournant petit à petit vers le commerce, le port reste fonctionnel durant plusieurs siècles. Il est encore utilisé au Moyen-âge et jusqu'au XVIIème siècle, où on le surnomme alors "L’Étang", du fait de superficie réduite. Ce n'est qu'à cette période que le bassin, envasé, est finalement comblé.

Lanterne d'Auguste.

                                       Il reste aujourd'hui quelques vestiges, et notamment la Lanterne d'Auguste. Au sud de Fréjus, au bout d'une route étroite partant vers l'Est, on peut admirer cet étrange édifice hexagonal couronné d'un toit pyramidal, dont on ne connait pas d'équivalent dans l’architecture portuaire romaine. Cette tour de 10 mètres de hauteur, dont le sommet n'est accessible ni de l'intérieur ni de l'extérieur, remplissait la fonction d'amer, soit une balise signalant l'entrée du port. Elle marquait le début du mur de protection abritant le quai du canal rattachant le port à la mer - mur dont on peut encore voir des traces le long de la route.

  

Les Nécropoles.


Urne funéraire.
Deux grandes nécropoles gallo-romaines ont été mises au jour à proximité des remparts de la ville antique, laissant apparaitre un ensemble de plus de 500 tombes : la nécropole de Saint-Lambert à l'Est et celle du Pavadou au Nord. La première, traversée par la Via Aurelia, était constituée de mausolées disposées de part et d'autre, tandis que la seconde comportait des enclos quadrangulaires. Ces deux zones ont permis de mieux appréhender les rites funéraires d'inhumation et d'incinération de l'époque romaine, et on a retrouvé de nombreuses offrandes qui accompagnaient le défunt dans l'au-delà : cruches, miroirs, lampes, basalmaires, bijoux, voire biberons dans le cas des enfants morts en bas-âge. Autant d'objets visibles dans le vitrines du musée municipal.




Biberons et récipients retrouvés dans des tombes.

Colonnes de Saint-Tropez.


                                       Au sortir de la ville, en direction de Puget-Sur-Argens, se dressent deux colonnes constituées au total de 8 tambours d'environ 2 mètres de diamètre. J'avoue ne pas avoir compris ce qu'elles fichaient là : provenant des carrières de Carrare, elles étaient sans doute destinées à un ensemble monumental (peut-être la Maison Carrée de Nîmes, m'a-t-on dit...) mais ont mystérieusement échoué au bord de la Nationale 7 ! Qu'importe : c'est tout de même un beau témoignage de l'architecture monumentale dont étaient capables les Romains.

Colonnes de Saint-Tropez.


                                       Quelques exemples de l'immense richesse de Fréjus, qui mérite bien son titre de "Ville d'Art et d'Histoire". Il paraît que la localité jouit également de nombreuses infrastructures nautiques et sportives, d'un remarquable quartier Belle Époque, d'une chapelle conçue par Jean Cocteau, et de bien d'autres musées et monuments intéressants... Et d'un climat des plus agréables - ce que mon séjour pluvieux ne me permet pas de confirmer ! En revanche, je peux attester de la gentillesse des Fréjussiens (En particulier un chauffeur de taxi, que je salue s'il lit ces lignes.) Bref, vous l'aurez compris, Fréjus vaut le détour , et surtout pour les passionnés d'antiquité romaine. Mais pas que...


Vestiges visibles gratuitement, sauf exceptions :

Amphithéâtre - 2 € - 9h30 à 12h30 et 14h00 à 17h00. (18h00 en été). Fermé le Lundi.
Théâtre antique - 2 € - mêmes horaires.

Musée archéologique - 2 € - mêmes horaires.

A noter : Le Fréjus' Pass, à 4€60 (tarif plein) permet d'accéder à ces trois sites, ainsi qu'au musée d'histoire locale, à la chapelle conçue par Jean Cocteau, au Groupe épiscopal et à la mosquée soudanaise, pendant 7 jours consécutifs. Renseignements :

Pour en savoir plus, deux sites et deux livres :

Site de Fréjus : http://www.ville-frejus.fr/
Un excellent site retraçant l'Histoire de Fréjus : http://forum-julii.pagesperso-orange.fr/

"Fréjus, Le Guide : Ville d'Art et d'Histoire" - Éditions Du Patrimoine - 12 € - lien ici.
"Fréjus, Guide Touristique" - aimablement fourni par l'Office du Tourisme.


dimanche 28 avril 2013

Zénobie, Reine De Palmyre.


                                        Je vous ai répété à plusieurs reprises que je choisissais le sujet de mes billets selon mon humeur, de façon totalement arbitraire. Et bien, ce n'est pas toujours exact. Il arrive que je réponde à des demandes d'internautes ou de personnes de mon entourage, qui me suggèrent de poster un article sur un thème en particulier. Du style : "Tiens, pourquoi tu ne parlerais pas de ceci ?" ou encore "Et Machin ? Tu voudrais bien me faire un article sur Machin ?" En l’occurrence, Machin est une Machine, et pas n'importe laquelle : Zénobie, Reine de Palmyre !

                                        Pour être franche, j'ai d'abord fait la moue - je venais juste de terminer un texte consacré à Boudicca, la Reine des Icènes, et les Reines ennemies de Rome, je commençais à en avoir ras la tresse. Sauf que, par quelques-unes de ces coïncidences croquignolesques dont le hasard a le secret, j'ai retrouvé cette souveraine légendaire au détour de livres et de reportages, à plusieurs reprises en quelques jours - alors que jusqu'ici, je n'avais fait que la croiser sous forme de notes de bas de page ou à peu près, dans des ouvrages dédiés à l'Histoire de Rome. Or, je suis sensible aux signes (sans doute un vieil atavisme romain), raison pour laquelle j'ai décidé de m'exécuter.  Et voilà pourquoi je vous parle aujourd'hui de la légendaire Zénobie. Je précise d'emblée que le qualificatif de "reine de Palmyre" a quelque chose de légèrement abusif, puisque techniquement, Palmyre était une ville rattachée à Rome et s'était auto-proclamée royaume indépendant. Mais c'est bien sous ce titre que Zénobie est passée à la postérité, et c'est donc ainsi que je la désignerai tout au long de ce billet.


Vue du site de Palmyre.

Bref aperçu de Palmyre.



                                        Tout d'abord, quelques mots sur Palmyre - Tadmor en Araméen. La ville date environ de 2000 ans avant J.C. et se situe dans une oasis du désert syrien. Son emplacement géographique fait d'elle une étape importante sur la route marchande reliant la Mésopotamie à la Méditerranée, lui apportant prospérité et richesse. Conquise par Alexandre le Grand, elle fut rattachée au royaume des Séleucides à la mort de ce dernier (323 avant J.C.), avant de tomber dans l'escarcelle de l'Empire romain en 63 avant J.C., grâce à Pompée. Du moins en théorie car, dans la pratique, Palmyre continuait à mener sa propre politique, se fichant de Rome comme de son premier dattier, et il fallut attendre le règne de Tibère pour qu'elle intègre l'Empire et qu'un semblant de rapprochement se dessine. Obtenant le statut de cité libre sous Hadrien en 129, elle devint colonie romaine sous Septime Sévère. Palmyre demeura pourtant indépendante, conservant ses propres souverains, tout heureux d'inclure le nom de "Septimius" à leur titulature. L'époux de Zénobie, dont nous n'allons pas tarder à reparler, s'appelle ainsi Septimius Odaenathus - bien qu'il soit connu sous le nom d'Odenath ou Odenat - et a été nommé par l'Empereur Valérien.


Zénobie : onomastique, origines et portrait.


                                        Tant que nous y sommes, réglons tout de suite la question du nom de Zénobie. Vous la rencontrerez sous diverses appellations : Julia Aurelia Zenobia (son nom romain), Septimia Zenobia, Septimia Zenobia Augusta chez les Grecs et les Romains ; Zanobia, Zeinab, Hind et parfois Al-Zabbaa chez les Arabes ; Bat-Zabbaï en araméen. Elle-même signait de ce dernier patronyme. Côté étymologie, on rapproche parfois le prénom du mot Zeinab qui désigne en arabe un arbre du désert aux fleurs colorées et odorantes, mais il existe bien d'autres hypothèses.

"Dernier Regard De Zénobie Sur Palmyre" (Toile de Herbert Schmalz.)


                                        Mystère également en ce qui concerne les origines de la jeune femme. Elle serait née en 240 à Palmyre et y aurait grandi mais, ensuite, tout se complique : certaines sources arabes font de Zénobie la fille d'un prince de la tribu des Banou Sumayyda tandis que d'autres prétendent qu'elle appartenait à la même tribu que son futur mari Odenath, les Amlaqi. Plus vraisemblablement, si l'on s'en réfère aux noms présents dans sa famille, elle serait issue d'une lignée araméenne. Son père, gouverneur de Palmyre en 229, portait le nom romain de Julius Aurelius Zénobe - la gentilice Aurelius démontrant que ses ancêtres paternels avaient reçu la citoyenneté romaine sous la dynastie des Antonins.  Zénobie se revendiquait de la lignée des Séleucides, à laquelle appartenait Cléopâtre, et prétendait descendre de Didon, la reine de Carthage, et de Sampsiceramus, le roi d'Emèse. Si tel était le cas, l'hypothèse la plus probable ferait de Zénobie une descendante de Drusilla de Maurétanie, la petite fille de Cléopâtre Séléné II - et donc l'arrière-petite-fille de Cléopâtre et de Marc Antoine - mais rien ne vient étayer cette thèse. De plus, nous verrons que cette prétendue généalogie ne devait rien au hasard...

Pièce à l'effigie de Zénobie.

On ne connaît aucune représentation avérée de Zénobie, à l'exception des effigies figurant sur les pièces de monnaies. Les textes classiques la décrivent comme une femme d'une grande beauté et s'accordent sur son intelligence : parlant couramment le grec, l'araméen, le palmyrien et l'égyptien, maîtrisant le latin, elle s'entourait de philosophes et de poètes, et se lia avec Longin d'Emese et Paul de Samosate, dont je vous dirai quelques mots plus loin. A cela s'ajoute une force de caractère et un tempérament affirmé.



"Elle se disait descendue des anciens rois macédoniens qui régnèrent en Égypte : sa beauté égalait celle de Cléopâtre, et elle surpassait de bien loin cette princesse en valeur et en chasteté. (...) Zénobie était encore la plus belle des femmes. Elle avait le teint brun, les dents d’une blancheur éclatante, une voix forte et harmonieuse, et de grands yeux noirs, dont une douceur attrayante tempérait la vivacité. L’étude avait éclairé son esprit, et en avait augmenté l’énergie naturelle. Elle n’ignorait pas le latin ; mais elle possédait au même degré de perfection le grec, le syriaque et la langue égyptienne." (Edward Gibbon, "Histoire De La Décadence Et de La Chute De l'Empire Romain" - Chap. XI.)

Possible buste d'Odenath.
Zénobie avait épousé la roi de Palmyre Odenath en 258. Celui-ci avait un fils, Herodianos (ou Hairan), issu d'un premier mariage. Depuis quelques années, Palmyre avait accru son influence et contrôlait une vaste zone de l'Orient romain. Profitant du front ouvert en Asie Mineure par le roi Perse Sapor Ier, qui s'était emparé d'Antioche, Odenath avait conforté sa sphère d'influence : il avait vaincu ces mêmes Perses, repoussés par-delà l'Euphrate, et s'était octroyé le titre de "Roi Des Rois". Il s'était aussi débarassé des Macriens, les usurpateurs qui tentèrent de ravir le trône de Rome à Gallien. En retour, celui-ci lui octroya les titres de Dux romanorum ("chef des Romains"), et Corrector totius orientus ("co-régent de tout l'Orient") - sans doute autant pour le récompenser que pour flatter cet allié inespéré mais dangereux, et en pleine ascension.



Zénobie s'en va en guerre (mironton, mironton...) et sa politique intérieure.


                                        En 266, Zénobie donne naissance à un enfant, Lucius Julius Aurelius Septimius Vaballathus Athénodore ou Wahballat en arabe ("Don d'Allah"). Peut-être y a-t-il eu deux autres enfants issus de ce mariage, Herennianus et Timolaus, mais on ne sait rien à leur sujet et leur existence n'est pas avérée.  En tous cas, c'est là que ça se gâte : Odenath et son fils Herodianus sont assassinés, peut-être victimes d'une conspiration ourdie par Zénobie. Mais peut-être pas : l'influence grandissante du petit royaume et de son souverain n'avaient pas fait que des heureux, et pourraient avoir excité la jalousie. Toujours est-il que Zénobie règne alors sur Palmyre, exerçant la régence au nom de son fils Wahballat âgé de 1 an - en dépit des réticences du Sénat romain, sensible aux rumeurs qui faisaient de la veuve éplorée l'assassin de son défunt mari.


Carte de l'Orient. (Source https://www.mtholyoke.edu/artmuseum )
Menacée par les Perses et sous la tutelle d'une Rome fragilisée par la mort successive des Empereurs Gallien et Claude II le Gothique, Zénobie prend immédiatement les choses en main et poursuit l'expansion territoriale engagée par Odenath. En paroles, elle ne remet pas en cause la domination de Rome sur son royaume mais, dans les faits, il en va tout autrement. Et c'est là qu'on comprend tout l'intérêt de l'hypothétique et lointaine parenté avec Cléopâtre puisque, à la tête d'une armée, Zénobie attaque l’Égypte. Une première tentative échoue, mais la deuxième est la bonne : le nouvel Empereur Aurélien (ça défile toujours sur le trône, à Rome) est alors empêtré dans les révoltes barbares à la frontière des Balkans, et en 270, Zénobie prend possession d'Alexandrie et destitue le gouverneur Romain. Les frontières de Palmyre s'étendent désormais d'Égypte à l’Asie Mineure, en incluant la Syrie, et une partie de la Palestine et de l’Arabie. En 271, Antioche est prise : Palmyre domine l'Orient, et les provinces romaines d’Arabie, d’Arménie et la Perse reconnaissent son autorité. Le royaume contrôle la route commerciale reliant l'Inde à la Mer Rouge.

                                        Zénobie a laissé l'image d'une reine cultivée, protectrice des arts et de la philosophie. De fait, son règne a vu Palmyre attirer les esprits les plus brillants du Proche-Orient, dont ses conseillers Longin d’Émèse et Paul de Samosate (dont je vous avais bien dit que nous reparlerions.) Elle dote également la cité de splendides monuments. Mais cette politique culturelle et la grande tolérance religieuse dont fait preuve la reine vise un but bien précis : unifier des territoires dont les élites sont marquées par une culture gréco-romaine, tandis que le peuple dont sont issus ses officiers est resté profondément araméen. D'où le grand écart, pragmatique, entre deux hommes aussi différents que Longin et Paul de Samosate. Le premier, philosophe grec néoplatonicien, ambitionne d'œuvrer en vue d'une hégémonie de la culture hellénistique en Orient.  Le second, ministre des finances d'Odonath et évêque d'Antioche controversé car menant une vie dissolue et s'opposant à l’Église grecque d'Alexandrie, se veut le chantre du christianisme mésopotamien, plus proche à ses yeux du message originel du Christ, qui n'est selon lui qu'un homme transmettant la parole divine et non un être divin. On n'aurait pu trouver attelage plus disparate, pourtant révélateur de la politique d'assimilation culturelle gréco-araméenne menée par la reine de Palmyre.

"La Reine Zénobie Haranguant Ses Soldats" (Toile de Giovanni Battista Tiepolo.)


Pièce à l'effigie de Wahballat.
En parallèle, Zénobie continue à détacher Palmyre de l'influence de l'Empire romain, en affirmant l'indépendance de son royaume. Vêtue de la Pourpore impériale, au sein d'une cour aux fastes orientaux, elle se fait appeler "Illustrissime Reine". Pas de quoi fouetter un méhari, sauf qu'en 271, elle fait frapper des pièces de monnaie proclamant son fils Empereur, et elle prend le nom de Septimia Zenobia Augusta ! Juste ce qu'il fallait pour qu'Aurélien pète les plombs. Passe encore que cette foldingue joue à la souveraine hellénistique dans son royaume d'opérette ; à la rigueur, fermons les yeux sur l'annexion sauvage de territoires, d'autant que ça embête l'ennemi Perse ; mais qu'une femme s'attribue le titre d'Augusta et usurpe celui d'Empereur pour son rejeton, voilà qui dépasse les bornes ! Déjà que cette hystérique de Zénobie a fait main basse sur l’Égypte, grenier à blé de Rome, et a coupé les routes marchandes... Non, cette fois, c'en est trop ! Ayant mis un terme à l'anarchie qui régnait dans l'Empire, et bien décidé à en rétablir l'unité et à reconquérir les territoires perdus,  Aurélien a maintenant les mains libres pour détruire le royaume sécessionniste de Palmyre, et écraser cette virago et son sale mioche.

Buste d'Aurélien. (Photo ©Ronan.guilloux sur wikipedia.)


L'Empire contre-attaque : Aurélien en action.


                                        La riposte d'Aurélien ne se fait pas attendre : il passe à l'offensive dès le début de l'année 272, en chassant les Palmyréniens d'Asie Mineure. L'armée de Zénobie se replie sur Antioche, avant d'abandonner la ville, qui est reprise sans combat. Puis, Aurélien rejoint Émèse, où l'armée de Zénobie s'est retranchée. Aux abords de la cité, le combat est violent : les soldats de Zénobie, lourdement armés, ne font pas le poids face à la cavalerie romaine, légère et mobile. Vaincus, abandonnés par leurs alliés, les rares survivants se réfugient à Emese, protégée par d'épais remparts.

                                        Évidemment, Aurélien entreprend le siège de la ville, mais elle semble imprenable derrière ses lourdes murailles, et le ravitaillement des troupes romaines s'avère délicat. Zénobie décide de fuir avec son armée vers Palmyre, afin d’organiser la riposte et de défendre sa ville. Aurélien investit donc Émèse, sans rencontrer plus de résistance qu'à Antioche, avant de foncer à la poursuite de la reine. La traversée du désert syrien ne se fait pas sans heurts, les bédouins harcelant l'armée romaine. Nouvelle ville, nouveau siège : Aurélien organise celui de Palmyre, secondé par des renforts venus d'Égypte - reconquise au milieu de l'année. L'Empereur propose à Zénobie une capitulation avantageuse - qu'elle refuse, attendant des renforts du roi sassanide Sapor.
"Zénobie, reine d’Orient, à Aurélien Auguste. — Personne, avant toi, n’avait fait par écrit une telle demande ; à la guerre, on n’obtient rien que par le courage. Tu me dis de me rendre, comme si tu ne savais pas que la reine Cléopâtre a préféré la mort à toutes les dignités qu’on lui promettait. (...) Vaincu déjà par les brigands de la Syrie, Aurélien, comment pourrais-tu résister aux troupes que l’on attend de toutes parts ? Alors, sans doute, tombera cet orgueil ridicule, qui ose m’ordonner de me rendre, comme si la victoire ne pouvait t’échapper. "  (Trebellius Pollion & Flavius Vopiscus, "Histoire Auguste - Vie d'Aurélien", XXVII.)
Les renforts en question arriveront, mais seront mis en déroute par les Romains. Zénobie tente alors de fuir chez les Sassanides avec son fils, à dos de chameau, mais elle est interceptée au bord de l'Euphrate (Automne 272). Palmyre capitule dans la foulée : ses habitants se rendent et Aurélien leur accorde la vie sauve, mais la ville est pillée, son armement confisqué, et elle se voit infliger une lourde amende en or, argent, soies et pierres précieuses.

                                        Zénobie sauve sa tête au détriment de celles de ses conseillers : elle accuse le philosophe Longin de l'avoir incitée à se proclamer Impératrice, et il est exécuté sur ordre d'Aurélien.
"Il se fit dans l’armée un grand tumulte : les soldats demandaient le supplice de Zénobie. Aurélien, trouvant indigne de faire périr une femme, se contenta de livrer au supplice ceux dont les conseils avaient déterminé la reine à entreprendre, à soutenir et à continuer la guerre.(...)  Parmi ceux que l’empereur fit mettre à mort, on regrette la perte du philosophe Longin, qui, dit-on, avait enseigné les lettres grecques à Zénobie. Aurélien le comprit dans l’arrêt de mort, parce qu’on le prétendait l’instigateur de cette lettre arrogante, qui cependant avait été rédigée en langue syriaque." (Trebellius Pollion & Flavius Vopiscus, "Histoire Auguste - Vie d'Aurélien", XXX.)

Quant à Paul de Samosate, il est démis de ses fonctions sans qu'on en sache davantage sur le sort qui lui a été réservé. Étrangement, Zénobie est épargnée. On ignore ce qu'il est advenu de Wahballat (peut-être est-il mort au cours du voyage vers l'Italie, mais d'autres sources affirment qu'il avait trouvé la mort lors du siège d'Emese) mais sa mère, ramenée à Rome, est exhibée lors du triomphe d'Aurélien à Rome, chargée de chaînes en or (273 ou 274). L'Empereur lui aurait ensuite permis de couler des jours heureux dans le Latium, lui accordant même une luxueuse villa à Tibur ou à Tivoli, et une pension généreuse afin qu'elle puisse maintenir un train de vie digne de son rang.

"La Reine Zénobie Devant l'Empereur Aurélien." (Toile de Giovanni Battista Tiepolo.)


Mort de Zénobie et devenir de Palmyre.


                                        Concernant la mort de Zénobie, les récits sont une fois de plus contradictoires. Selon certaines versions, elle serait morte peu après son arrivée à Rome - décapitée, de maladie, ou en se laissant mourir de faim. D'autres prétendent que, retirée dans la villa offerte par Aurélien, elle aurait mené une vie de matrone romaine, épousant un sénateur avec qui elle aurait eu plusieurs filles et se piquant de philosophie. D'autres enfin affirment que Zénobie, ayant recouvré la liberté, n'aurait rien trouvé de mieux que de se mêler à un complot et que, arrêtée, elle aurait fini étranglée dans sa prison. On ignore donc ce qu'il est advenu de Zénobie après le fameux triomphe, et à plus forte raison la date de sa mort.


Et Palmyre, dans tout ça ? Elle tente de se révolter après le départ d'Aurélien mais le soulèvement tourne court et Palmyre redevient une petite ville insignifiante du désert Syrien. Peu à peu laissée à l'abandon, elle est rasée par les Arabes en 634. Redécouverte à la fin du XVIIème siècle, elle est aujourd'hui un site touristique majeur, dont les sublimes vestiges ne cessent de rappeler la grandeur passée et le rêve perdu de Zénobie, qui l'avait imaginée en royaume oriental.



                                        Personnage spectaculaire, reine guerrière au caractère affirmé, cette femme ambitieuse et autoritaire s'opposa à l'empire romain et tenta de forger un royaume gréco-romano-araméen, dont elle se revendiquait le chef légitime en tant que Palmyrénienne descendante des Ptolémées. Il y a quelque chose de fascinant chez elle, un côté tête brûlée qui ne cesse de m'étonner, et qui la rapproche à mon sens davantage d'une Boudicca que de Cléopâtre. Chef de guerre et de gouvernement, téméraire et audacieuse, femme dans un univers d'hommes, elle a marqué l'Histoire et l'imaginaire des artistes et, aujourd'hui encore, nombres de fantasmes s'attachent à son nom empreint de mystère. Et qui de mieux que l'Empereur Aurélien pour conclure cet article sur Zénobie ? Il écrivit ainsi :
"Ceux qui disent que j’ai vaincu qu’une femme ne savent pas quelle femme elle était, à quel point elle se montrait rapide dans ses décisions, persévérante dans ses projets et énergique face aux soldats." (Trebellius Pollion & Flavius Vopiscus, "Histoire Auguste - Vie d'Aurélien", XXVI.)


Pour en savoir plus, lire l'excellent entretien du site ArtsLivres.com avec Jacques Charles-Gaffiot, commissaire d'une exposition consacrée à Zénobie et au royaume de Palmyre en 2001 : ici.

mercredi 24 avril 2013

Horatius Coclès : Bon Pied Seulement. *

* Titre emprunté au "Dictionnaire Amoureux De La Rome Antique" de Xavier Darcos.

                                        Chose promise, chose due : après l'ami Scaevola la fois précédente, faisons aujourd'hui la connaissance de Publius Horatius Coclès. Et vous verrez que ce n'est pas pur caprice de ma part que de les avoir associés - j'ai même plusieurs excellentes raisons de l'avoir fait...

                                        Chronologiquement, les aventures de Coclès se déroulent à la même période mais sont antérieures à l'épisode qui voit Scaevola s'introduire dans le camp étrusque et se brûler volontairement la main en un geste de défi envers le roi Porsenna. (Voir ici pour plus de détails). Si je l'aborde en second, c'est uniquement pour des raisons pratiques - la conclusion quant aux rapports que l'on peut établir entre ces deux personnages et d'autres figures mythologiques s'articulant tout simplement mieux avec la fin de ce billet.


Lars Porsenna.
Nous sommes donc - encore ! - vers 508 / 507 avant J.C., en pleine guerre entre les Étrusques de la cité de Clusium, emmenés par le fameux roi Porsenna, et la toute jeune république romaine. Rappelons que les Romains craignent alors que leurs ennemis n'appuient Tarquin le Superbe, le Roi renversé à peine deux ans auparavant, et ne le rétablissent sur le trône. La situation n'est guère brillante :  l'armée étrusque a marché sur Rome et a attaqué la ville. Ses forces rassemblées sur la rive du Tibre, Porsenna mène l'assaut sur la colline du Janicule. Le consul Valerius Publicola se porte avec l'armée au secours des colons, mais la supériorité numérique des Étrusques a raison des Romains : les deux consuls sont blessés, et les soldats s'enfuient pour se réfugier à l'intérieur de la ville. Les troupes de Porsenna tentent de les y poursuivre, mais il leur faut d'abord traverser le pont Sublicius.


Reconstitution virtuelle du Pont Sublicius. (©E. Antolino)

                                        Le pont en question est le seul moyen d'accéder à Rome. L'ouvrage est construit en bois, afin qu'on puisse plus facilement le détruire en cas d'attaque. Tandis que les Romains refluent vers la cité, trois hommes sont restés en arrière pour couvrir leur fuite et empêcher le passage de l'ennemi : Spurius Larcius Flavius et Titus Herminius Aquilinus (futurs consuls) d'un côté et Publius Horatius Coclès de l'autre. Les deux premiers se replient rapidement et tentent d'inciter leur camarade à faire de même, mais celui-ci refuse. Il reste seul pour défendre le pont.
"Cependant un pont de bois allait donner passage à l'ennemi, sans un seul homme, Horatius Coclès, qui, dans ce jour, fut l'unique rempart de la fortune de Rome. Il se trouvait par hasard chargé de la garde du pont; lorsqu'il s'aperçoit que le Janicule avait été emporté par surprise, que les ennemis accouraient à pas précipités, et que ses compagnons effrayés quittaient leurs rangs et leurs armes, il en arrête quelques-uns, s'oppose à leur retraite, et, attestant les dieux et les hommes, leur représente que c'est en vain qu'ils abandonnent leur poste; que la fuite ne peut les sauver; s'ils laissent derrière eux le passage du pont libre, ils verront bientôt plus d'ennemis sur le Palatin et sur le Capitole qu'il n'y en a sur le Janicule. Qu'il leur recommande donc, qu'il leur ordonne de mettre en usage le fer, le feu et tous les moyens possibles pour couper le pont. Quant à lui, autant que peut le faire un seul homme, il soutiendra le choc des ennemis. " (Tite-Live, "Histoire Romaine", II - 10.)
Horatius Coclès.

                                        Un mot sur cet Horatius Coclès avant d'aller plus loin : jeune officier de naissance patricienne, il est le neveu du consul Marcus Horatius Pulvillus. On prétend même qu'il descendrait d'un des Horaces qui avaient combattu les Curiaces d'Albe La Longue (Voir ici.) Lors d'une précédente bataille, une lance étrusque lui avait coûté l’œil gauche, raison pour laquelle il portait le surnom de Coclès ("Le borgne").

                                        Notre ami est donc seul face au déferlement de l'armée étrusque, et il se bat comme un lion pour laisser le temps à ses camarades de saboter le Pont Sublicius. Il résiste aussi longtemps qu'il le peut mais les ennemis sont trop nombreux : ils prennent l'avantage sur le pauvre Romain qui a reçu de multiples blessures. Mais un cri venu de l'autre rive du Tibre l'informe que le pont est sur le point d'être détruit. Coclès s'exclame alors :  " Père Tibre, je te supplie respectueusement de recevoir ces armes et ce soldat dans un flot bienveillant." (Tite-Live, Ibid.) Et il plonge la tête la première dans le fleuve, armé de pied en cap, tandis que le pont s’écroule derrière lui, bloquant l'armée étrusque. Malgré la pluie de javelots qui s'abat sur lui, il parvient à gagner la rive à la nage et rejoint ses compagnons.


"Horatius Coclès Contre L'Armée De Porsenna" (Toile de A. Van Dyck - ©Musée du Louvre.)

                                        Selon certaines versions, Horatius Coclès s'en serait tiré sain et sauf. D'autres en revanche, parmi lesquels Denys d'Halicarnasse, affirment qu'il aurait reçu un javelot dans la jambe et qu'il resta boiteux toute sa vie - ce qui expliquerait qu'il n'ait plus jamais occupé de charge militaire. S'il n'est pas mort noyé dans le Tibre, Coclès n'en a pas moins sacrifié la vie qu'il menait jusqu'à lors puisque son infirmité a vraisemblablement entraîné, bien qu'avec les honneurs, son renvoi de l'armée.


"Horatius Coclès" (Œuvre de F. Brentel, ©M. Bertola / Musées De La Ville De Strasbourg.)

                                         Pour autant, Rome n'est pas ingrate et, en récompense d'un tel acte de bravoure, on lui érige une statue de bronze à l'emplacement des Comices. Fêté en héros par le peuple, Coclès reçoit en prime la surface de terre qu'il pourrait délimiter avec une charrue en un jour. Même les particuliers font montre de leur reconnaissance, chacun se privant pour lui offrir de la nourriture ou de petites sommes d'argent. Il faut dire qu'ils lui doivent une fière chandelle : l'action d'Horatius Coclès a permis de stopper net l'attaque étrusque au Pont Sublicius, obligeant Porsenna à opter pour un siège prolongé de Rome plutôt que pour une nouvelle offensive. Caius Muscius Scaevola fera le reste...

                                        Cette anecdote édifiante est citée, avec quelques variations, par de nombreux historiens de l'époque - Plutarque et Denys d'Halicarnasse entre autres. Mais certains de leurs collègues se montrent plus sceptiques quant à la crédibilité de l'histoire. C'est le cas de Tite-Live, qui l'interprète davantage comme une légende et s'avoue incapable de garantir la fiabilité de ses sources et, partant, la véracité du récit. Il écrit ainsi : "Au milieu d'une grêle de flèches qu'on lui lance de l'autre rive sans pouvoir l'atteindre, il rejoint ses concitoyens, après avoir osé un exploit qui trouvera dans la postérité plus d'admiration que de croyance." L’historien britannique T.J. Cornell va même plus loin, et accuse "les annalistes malhonnêtes" qui "n'ont pas hésité à inventer une série de victoires afin de sauver la face après une série de défaites".



Pièce de monnaie représentant l'épisode du Pont Sublicius.


                                        Mucius Scaevola d'un côté, Horatius Coclès de l'autre : deux histoires, peut-être légendaires, souvent mises en parallèle. Pour quelles raisons ? Il y a, bien sûr, le fait qu'elles se déroulent toutes deux lors du même conflit. De même, la mise en doute de leur véracité est commune aux deux anecdotes. Mais c'est principalement sur la plan de la symbolique que les deux épisodes se rejoignent, et se répondent étrangement.

                                        Dans les deux cas, Rome se trouve dans une situation désespérée lorsqu'un homme, totalement inconnu, agit seul et fait montre d'une bravoure hors du commun. Nos deux héros sont connus sous un cognonem qu'ils doivent à une infirmité - antérieure à l'action dans le cas de Coclès (le borgne) et conséquence directe de celle-ci pour Scaevola (le gaucher) - à quoi on peut ajouter la blessure de Coclès à la jambe, qui le rend impotent. Les récits eux-mêmes présentent une analogie puisque les deux hommes sauvent la cité autant par une action "kamikaze" (défense du pont face à toute une armée / attentat contre le roi et auto-mutilation de la main) que par leurs paroles (harangue aux soldats en fuite / discours fait à Porsenna), et qu'ils sont tous deux récompensés par des terres. Peut-être peut-on aussi voir une similitude entre la prière adressée par Coclès au Dieu Tibre  et la sacrifice que Scaevola fait de sa main, la laissant brûler dans un feu sacré... En tous cas, Coclès comme Scaevola sont des héros ordinaires, transcendés par leur intrépidité et leur patriotisme.

                                        En conclusion, je ne peux pas faire l'économie de citer Georges Dumézil qui, dans son ouvrage "Mythes et Épopées", dresse un parallèle entre la construction narrative des luttes des Romains contre Porsenna et celle des grands mythes indiens (Mahabharata) ou nordiques (Ragnarök) mettant en scène l'opposition entre les Bons et les Mauvais. Il rapproche ainsi nos deux héros de deux figures majeures du panthéon scandinave, souvent représentées ensemble : Odin et Thor.


Odin, le Dieu Borgne.

- Coclès est associé à Odin, guerrier et magicien, borgne également, qui paralyse ses ennemis par son seul regard.

- Scaevola s'apparenterait à Thor, Dieu du Ciel et de la Guerre Juste et sorte de législateur divin qui occupe une place importante dans la mythologie, notamment dans le récit suivant : les Dieux ayant appris que le loup Fenrir sera cause de leur perte, ils décident de l'enchaîner. Afin de le tromper, ils le mettent au défi de se libérer de ses chaînes, mais l'animal les brise les unes après les autres. Après plusieurs tentatives infructueuses, les Dieux décident de tenter le coup avec un lien magique. Le loup veut bien continuer à jouer, mais à condition que l'un des Dieux accepte de mettre sa main dans sa gueule. Thor se dévoue : il s'exécute et ses collègues ligotent le malheureux Fenrir... qui ne parvient pas à se défaire du lien et, furieux, arrache d'un coup de crocs la main de Thor. Et le voilà manchot !

Le Loup Fenrir Dévorant La Main De Thor.

                                        Ces rapprochements entre récits pseudo-historiques romains et épisodes mythologiques indo-européens ne font toutefois pas l'unanimité, et les études et analyses de Dumézil sont parfois contestées. Il n'en reste pas moins qu'elles font état d'hypothèses intéressantes et demeurent à ce titre un outil de réflexion éclairant au moment de se pencher sur la religion et les légendes romaines. Une œuvre érudite mais passionnante qui - oui, je vais oser ! - vaut le coup d’œil !