vendredi 5 avril 2013

FELG 2013 : Héros Antiques Et Superhéros.


Steve Reeves, alias Hercule.

                                       En matière de cinéma, lorsqu'on prononce le nom de Reeves, on pense  immédiatement à Steve Reeves qui s'est illustré dans de nombreux péplums et est surtout connu pour son interprétation d'Hercule.  Mais à une lettre près, le nom de Christopher Reeve  - alias Superman - peut aussi venir à l'esprit. Le hasard, parfois, est malicieux. Car, à y regarder de plus près, Hercule et Superman ne feraient-ils pas partie de la même famille, celle des Superhéros ? Plus largement, les héros de l'antiquité ne seraient-ils pas les ancêtres de nos modernes justiciers ? Voilà la question posée par Robert Delord dans sa conférence : "Héros et Superhéros : des héros antiques aux nôtres." Un sujet qu'il a choisi pour sa dimension ludique et pour l'engouement suscité depuis quelques années par les superhéros, avec l'idée de les resituer dans la lignée des héros antiques. Oh, et par goût personnel aussi : notre homme en connaît un rayon (laser ?) sur le sujet, c'est le SuperComics de la ligue des Superhéros Latinistes, qui luttent sans relâche pour sauver le Grec et Le Latin...

Robert Delord.

                                        Y a-t-il quelque chose des héros de l'antiquité chez les protagonistes des comics ? La réponse est dans le titre de l'intervention de M. Delord. Certains auteurs ou créateurs l'admettent d'ailleurs volontiers, à l'instar d'un George Lucas qui reconnaît avoir largement puisé l'inspiration pour sa "Guerre Des Étoiles" dans les aventures d'Ulysse, quand d'autres le nient, comme Stan Lee - pape des comics US. Dans certains cas, le parallèle est pourtant évident.

                                        Voyons d'abord ce qu'est exactement un "Héros" : un personnage réel ou fictif, dont les hauts faits méritent d'être contés et sont passés dans la légende populaire. Il peut s'agir d'un demi-Dieu, d'un surhomme, d'un être doté de pouvoirs magiques ou encore d'un homme lambda animé de son seul courage. Appartiennent à cette dernière catégorie des personnages comme Andromède, Electre ou... Batman, que leur abnégation et leur bravoure permet de hisser au-dessus de leur condition humaine.

Mythologies à la source des comics.


                                        Les comics s'inspirent donc énormément des mythologies antiques, en premier lieu en réutilisant les héros qui s'y illustrent, ou en les "recyclant" dans d'autres personnages. La mythologie gréco-romaine permet ainsi à Superman d'emprunter certains traits à Hercule ou à Atlas, et Captain Marvel acquiert ses pouvoirs grâce au mot magique SHAZAM (acronyme de Salomon, Hercule, Atlas, Zeus, Achille et Mercure, dont il possède les qualités de Sagesse, Force, etc.).

Captain Marvel.

Mais ce n'est pas la seule : la mythologie égyptienne fournit les comics en super-méchants, la mythologie nordique a bien sûr donné naissance à des héros tels que Thor ou les Walkyries, et même la mythologie mésopotamienne se retrouve dans ces bandes dessinées, sous la forme du héros Gilgamesh.

Gilgamesh.
 
Certains superhéros tirent même quelques caractéristiques de personnages bibliques : Superman encore, recueilli par une famille terrienne après que ses parents ont été contraints de l'abandonner dans un berceau envoyé dans l'espace, afin de lui permettre de survivre à la destruction de Krypton, tout comme Moïse avait été recueilli par une famille égyptienne alors que sa mère l'avait placé dans un berceau d'osier dérivant sur le Nil... Au-delà des mythologies existantes, les comics ont aussi créé leurs propres panthéons au fil du temps : the Olympians, le Panthéon, ou the Teen Titans - série de 1964 dans laquelle on retrouve les acolytes des grands superhéros comme par exemple Robin, sans Batman.

The Teen Titans.
 
                                        D'autres personnages de comics portent des noms renvoyant directement à la mythologie, reprenant plus ou moins les mêmes attributs sous une forme identique ou vaguement similaire. En rafale : Cyclope (X-men), Colossus (X-men), Phénix / Jean Grey (X-men - qui possède les mêmes pouvoirs télépathiques que l'oiseau... et une chevelure rousse flamboyante !), Circé (Strange Tales), Medusa (Les 4 Fantastiques - qui se sert de sa chevelure comme d'une arme), Elektra (Daredevil), Jocaste et Antigone (Avengers).

Cyclope.

                                        Enfin, on trouve parfois de simples homonymes, dont seul le nom rappelle la mythologie : Callisto, Janus, le Dr. Minerva, Agamemnon, Ajax, etc. On peut leur associer les personnages dont le patronyme comporte une connotation antique, comme Barbarus, Victor Von Fatalis, Gladiator, King Hannibal, Midas, Oculus, Omega, Ultimatum... (A ce stade, 90% d'entre vous sont certainement dans le même cas que moi : personnellement, je n'avais jamais entendu parler des 3/4 d'entre eux ! Par contre, je connais Captain 3 Rivières et Force Mustang - mais c'est une autre histoire que seuls les fans d'Hero Corp comprendront !)



Des super-pouvoirs... antiques.


                                        Un autre point commun entre héros mythologiques et superhéros tient aux (super)pouvoirs, dont disposent nos deux catégories de surhommes. On pense évidemment en premier lieu à une force physique surnaturelle et, ici, celle d'Hercule, d'Achille ou de Gilgamesh préfigure celle de Wolverine, Superman ou Hulk. Le vol est également une caractéristique que l'on retrouve chez les héros : le Dieu Hermès et Icarus (dont on soulignera au passage le nom) ont tous les deux des ailes, tandis que le Icare mythologique et Batman ou Iron Man ont recours à des machines et à la technologie pour décoller.

Superhéros volants - remarquez Pégase en arrière-plan.

Les héros modernes ont l'avantage d'avoir, parfois, à leur disposition des moyens technologiques ou des gadgets, leur permettant de compenser une puissance physique assez relative. Dans le même ordre d'idée, la sagesse ou la ruse d'un Salomon ou d'un Ulysse, l'intelligence ou la subtilité d'un Persée ou d'un Œdipe se retrouvent chez nos superhéros actuels et, dans tous les cas, le héros antique ou moderne est avant tout un homme loyal, fidèle et désintéressé, qui s'oppose à un super-méchant systématiquement égoïste et animé par la seule recherche de son intérêt ou, plus bêtement encore, par son seul désir de détruire le monde. (Pourquoi ? Parce que c'est un super-méchant, et puis c'est tout : pas la peine de chercher plus loin !) A noter que la magnanimité est aussi une constante des héros, qui épargnent fréquemment leurs ennemis... Cela dit, ça arrange autant l'éditeur que le lecteur : voilà au moins un méchant que l'on est certain de revoir dans un prochain album !

Le reporter Peter Parker.
                                        Si l'on considère que le héros est avant tout un personnage dont les exploits méritent d'être racontés, on comprend que la gloire et la renommée forment une autre similitude entre héros antiques et modernes. Encore que la renommée en question et l'exposition médiatique ne soient pas recherchées par les superhéros (qui sont de fait souvent masqués), à plus forte raison quand, paradoxalement, ils évoluent eux-mêmes dans l'univers des médias. C'est le cas par exemple du journaliste Clark Kent / Superman, de Peter Parker / Spiderman, ou encore de Tony Stark / Iron Man.

Ice Master.
Torche Humaine.
 En marge de ses pouvoirs, le héros peut (qu'il soit mythologique ou issu d'un comics) parfois maîtriser les éléments climatiques ou physiques. Les exemples sont nombreux parmi les superhéros : le feu (Torche Humaine chez les 4 Fantastiques ou Sunfire chez les Xmen), l'eau (Namor le Prince des Mers), la terre (Gaea de la série Dr Strange), mis aussi le climat (Tornade), les températures (IceMaster chez les Avengers ou le méchant Mr. Freeze chez Batman ont tous deux un pouvoir de pétrification) ou même le temps (Kronos de Iron Man ou Quicksilver des Xmen) sont autant d'éléments obéissant à nos héros. Dans la mythologie, c'est surtout l'image d'Orphée, charmant les animaux au son de sa lyre, ou celle des Satyres, qui viennent à l'esprit lorsqu'on évoque la domination exercée sur la nature. On peut aussi mentionner les pouvoirs de régénération et de télépathie, que maîtrisait déjà en son temps le phénix.

                                        De même, les nombreuses métamorphoses animales racontées par les récits mythologiques (celles d'Athéna ou Zeus par exemple) évoquent fortement l'assimilation existant entre certains superhéros et un animal-totem : Batman (l'homme chauve-souris), Spiderman (l'homme araignée), Antman (l'homme fourmi), Wolverine (et le loup) ou Catwoman (la chatte bien sûr). On remarquera que chacune de ces créatures appartient au monde chthonien, animaux menaçants et/ou à connotation plus ou moins négative, qui renvoient à la part sombre du superhéros.
 
Wolverine.


Le costume fait le héros...


                                        Force exceptionnelle et super-pouvoirs sont sans aucun doute deux grandes caractéristiques du superhéros, mais elles ne suffisent pas : tout le monde sait qu'un superhéros sans costume, ce n'est pas un superhéros ! De prime abord, le justaucorps, le collant et la cape de Superman n'ont pas grand-chose à voir avec les courtes tuniques ou les peaux de bête dont l'imaginaire collectif affuble volontiers Achille ou Hercule. De prime abord seulement car, à y regarder de plus près, il apparait que ces costumes moulants et voyants relèvent finalement d'une esthétique proche de celle de l'Antiquité, où la nudité des statues met en exergue une musculature poussée à l'extrême, voire parfois caricaturale. Ces disproportions, que l'on peut observer à l'identique chez certains superhéros (abdominaux surnuméraires par exemple.), sont révélatrices du fantasme d'un corps idéalisé, rêvé, le plus souvent montré en action - quand Hercule est représenté lors d'un de ses 12 travaux, Spiderman s'affiche dans toutes sortes de positions acrobatiques.


                                        Même la cape, attribut classique des superhéros, se prête à un rapprochement, par le biais de plusieurs lectures : on peut par exemple  l'interpréter comme une référence au péplum (dont l'âge d'or coïncide avec celui des comics) ou à celles portées par les chefs militaires et les soldats de l'Antiquité. C'est ainsi le cas pour des héros comme Captain America ou Captain Britain, deux superhéros patriotes apparus dans les magazines en temps de guerre, qui poursuivent la tradition des héros antiques combattant pour leur patrie.


Captain Britain.

Mais la cape peut aussi renvoyer à une idée de justice, en ce qu'elle évoque les tenues des avocats. Les personnages de Judge Dredd et Daredevil (alias Matt Murdock, avocat dans le civil) illustrent le lien existant entre superhéros et justiciers, au sens le plus littéral.

Superman, collection printemps-été.

 ... Et les armes aussi !


Thor.



Flash.
De la même manière que les pouvoirs ou le costume, des attributs similaires voire identiques se retrouvent chez les héros antiques et modernes. La foudre symbolisant le personnage de Flash renvoie ainsi à la foudre de Zeus, tout comme l’Égide, bouclier d'Athéna, est lié au personnage bien nommé de Aegis. Même chose concernant les armes que les superhéros de comics ont à leur disposition : un marteau pour Thor comme pour le Dieu scandinave éponyme, un arc pour Green Arrow, ou encore la peau de lion semblable à celle du lion de Némée, dont se couvre Kraven. Et que dire de Wonder Woman, amazone moderne qui a reçu des Dieux les présents qui composent sa panoplie : bracelets anti-balles, bouclier, lasso, etc.


Wonder Woman : elle ne vous rappelle personne ?!

                                        Les similitudes ne s'arrêtent pas aux noms, aux pouvoirs ou à la panoplie. La mythologie a également fourni aux auteurs de comics une large palette d'aventures et d'exploits dans lesquels piocher, pour alimenter leurs récits. Le cheval Pégase est par exemple présent, sous des formes à peine différentes, dans de nombreux albums ; l'At-At de "La Guerre Des Étoiles" ne peut manquer de faire penser au cheval de Troie ; et la célèbre Batmobile n'est rien d'autre qu'un véhicule intelligent à l'image de la nef Argo.

L'At-At.

Des êtres à part.


                                        Enfin, la dernière grille de lecture permettant de souligner la filiation entre héros antiques et superhéros concerne leur marginalité. Car les héros, supers ou antiques, sont par définition des êtres à part, et cette spécificité trouve le plus souvent son origine dans des traits communs. En premier lieu, l'enfance d'un héros est rarement de tout repos : dans l'Antiquité, les personnages d’Œdipe ou de Romulus illustrent bien cette dimension, tout comme Flash, Captain Marvel, Superman ou Spiderman du coté des comics. Nos surhommes ont aussi, en règle générale, une faiblesse, une faille ou, pour le dire clairement, un "talon d'Achille" : quand Superman succombe à la kryptonite, Iron Man vire carrément alcoolique... Le parallèle le plus surprenant concerne toutefois Œdipe et Daredevil, aveugles tous les deux : le premier se crève les yeux lorsqu'il comprend qu'il a tué son père et épousé sa mère et perd donc la vue lorsqu'il accède à la vérité, tandis que le second, aveugle suite à un accident, dépasse sa cécité pour devenir le superhéros que l'on sait. Dans les deux cas, la perte de la vue est donc liée à la transcendance du personnage.

Iron Man dans une mauvaise passe.

                                        Un autre marqueur évident du superhéros tient à son identité secrète, que j'ai déjà brièvement évoquée : cachés sous des masques ou sous de faux noms, les superhéros dissimulent leur vraie nature, tout comme Ulysse et Œdipe avant eux. Au point, d'ailleurs, qu'il arrive fréquemment qu'on les prenne pour des super-méchants - dont l'apparence ne diffère finalement pas tant que ça...





                                        Pour terminer, on mentionnera le héros "furieux", qui devient l'esclave de ses pouvoirs ou de sa force, au point d'en perdre la raison : Hulk en est l'archétype chez les superhéros, mais on songe aussi à Anakin Skywalker qui, dans "La Guerre Des Étoiles", assassine sa femme - tout comme Hercule, avant lui, avait tué son épouse et leurs enfants. Au grand soulagement des fans, Anakin aura au moins épargné Luke et Léia, ouvrant la porte aux épisodes futurs (ou passés, en l’occurrence !) de la célèbre saga de George Lucas.


Conclusion.


                                       En conclusion, on peut donc dire que Robert Delord a su démontrer que les héros antiques sont bien les ancêtres de nos superhéros, au cours d'un exposé-fleuve didactique et très documenté. Un seul regret : cette formidable prestation aurait bien mérité davantage de temps, tant le sujet semble vaste et plus profond qu'il n'y paraît. A approfondir en tous cas - dans une expo, un livre ? Pour ma part, je n'ajouterai qu'une chose : "PINAAAAAAAAGE !" Et encore une fois, fans d'Hero Corp, je vous salue.



 


2 commentaires:

Devenir héros a dit…

Merci pour l'article.

Anonyme a dit…

Trop bien